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Travailler le jour, rêver la nuit ?

La culture, meilleur appui pour un développement équilibré et une civilisation durable ?

Chapeau : A l’heure du sempiternel « travailler plus pour gagner plus », Jean-Marc Adolphe, directeur de la publication, revient sur le discours de Nicolas Sarkozy aux acteurs de la culture, le 13 janvier dernier à Nimes.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : édito (Mots-clés : )

Genre Ressource : édito / chronique

Genre Agenda : politique

Apparence :

Rubrique : 51

Jean-Marc ADOLPHE rédacteur

Texte : Le travail est à la Une. Ou plutôt son envers : le non-emploi. Alors que s’effondrent des pans entiers d’une économie où la part de la finance a pris une place extravagante, l’alarmante progression des chiffres (officiels et sous-évalués) du chômage vient faire la nique aux rodomontades du « travailler plus pour gagner plus » du candidat-président Sarkozy comme aux lancinants sermons sur la « valeur travail ». Or, cela fait un sacré moment que nous souhaitions aborder, dans Mouvement, la question du travail, sur laquelle nous avions organisé l’an passé une série de rencontres-débats, au Point Ephémère, à Paris. Représentations du travail dans la création contemporaine, connexions entre le « milieu de l’art » et le « monde de l’entreprise », nature du travail artistique, etc. : nous ne prétendons pas épuiser toutes les pistes avec les regards et analyses que nous proposons dans ces pages. Mais il nous semblait indispensable de ne pas fuir au préalable une compréhension des mutations du travail dans les sociétés contemporaines. C’est en ce sens que nous invitons la philosophe et sociologue Dominique Méda, à décrypter des enjeux que les politiques sont bien loin de vouloir affronter.
A preuve, cette sentence définitive, entendue le 13 janvier dernier : « Tout homme doit travailler le jour mais aussi rêver la nuit. » Son auteur ? Un certain Nicolas Sarkozy, lors des v½ux qu’il adressa, à Nîmes, aux « acteurs de la culture ». Dans son discours, notre Président sur ressorts n’a eu que des mots doux pour les artistes qui « rêvent la société, l’interprètent, prédisent l’avenir, préviennent les risques : sans les artistes la société mourrait. » Diantre ! Affirmant encore son « attachement au régime spécifique de l’intermittence » (tant mieux), reconnaissant à la culture une « valeur économique » parce que « les arts suscitent la créativité et l’innovation ; qu’ils sont adossés à des industries culturelles et qu’ils sont facteurs d’attractivité », il n’eut crainte d’affirmer : « Notre culture est notre meilleur appui pour construire ensemble les voies d’un développement équilibré et d’une civilisation durable. » Re-diantre ! Mais pour offrir à la société française ce « besoin d’identité » qui lui serait vital, et pour porter l’« ambition » de cette « pensée solaire », le budget du ministère de la Culture ne sera pas augmenté d’un kopeck, et il faudrait prendre comme « preuve d’amour » l’engagement que les crédits destinés à la création dans la loi de Finances 2009 soient effectivement versés !
Ce même 13 janvier 2009, Nicolas Sarkozy annonçait, à la surprise générale, la création d’un « Conseil de la création artistique » qu’il présidera lui-même, et dont il a confié la direction à Martin Karmitz, producteur de cinéma et propriétaire de la chaîne MK2. La presse a fait ses choux gras de cette nomination et de la personnalité de Karmitz (« Un mao chez Sarko ») sans guère s’interroger sur les finalités de ce « laboratoire d’idées ». Sarkozy a pourtant été clair et net, lors de l’installation de ce Conseil, en s’auto-attribuant le pouvoir « de donner un coup de pied dans la fourmilière ». Déplorant « l’empilement des subventions », le Président de la République donne mission au Conseil de la création artistique de « proposer une nouvelle politique culturelle tournée vers l’excellence », qui conduira à « recentrer les aides » : « Encourager la diversité sans égard pour la qualité, ce serait possible dans une ère d’abondance. A l’ère de l’économie (sic), il faut faire des choix, et des choix justes. » Comme le fait remarquer une amie artiste, et à ce titre capable de prédire l’avenir, les artistes qui n’auront pas le bénéfice d’être distingués comme excellents ont du souci à se faire pour leur travail et pour leur emploi, même intermittent. Que l’on se rassure : au rythme où gonflent les chiffres du chômage, cela se verra à peine…

Date de publication : 03/09/2009


Période traitée : 2009-04-01
Mots-clés : Sarkozy, travailler, culture
Inséré le : 03/09/2009 17:22
Thèmes : politique, politiques culturelles,