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Presse, pouvoir, stupre et huile de moteur

Les Requins Marteaux

Chapeau : Passés maîtres dans l’art de détourner les codes du grand capital, les Requins Marteaux investissent les murs du Lieu Unique pour une exposition auscultant les relations entre presse et pouvoir. Une résurgence de l’esprit véhiculé par la revue de bandes dessinées Ferraille Illustré au début des années 2000.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : exposition (Mots-clés : )

Apparence :

Rubrique : 51

Julie BORDENAVE rédacteur
Les Requins Marteaux éditeur

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Texte : Lancé par les Albigeois Guerse et Pichelin en 1996, repris par le triumvirat Winshluss, Cizo et Felder en 2001, feu Ferraille Illustré est devenu une référence dans le milieu de la BD indépendante. Mêlant dans ses pages auteurs reconnus (Trondheim, Pirus et Schlingo, Blex Bolex…) et talents depuis lors confirmés (Ruppert et Mulot, Morvandiau, Bouzard…), la revue, éditée par les Requins Marteaux, fut une bulle d’impertinence et de créativité dans le paysage de la BD en kiosques. Victime d’une économie chancelante, l’aventure s’arrête en 2006, avant d’avoir pu donner naissance à son dernier numéro, initialement prévu pour être « un mélange d’Entrevue et de L’Echo des savanes, avec du cul, des motos et des requins… Un numéro ultra-vulgaire, un suicide », détaille Winshluss. Car outre son rôle de laboratoire graphique, Ferraille Illustré faisait coller la petite histoire à la grande, esquissant en filigrane l’illustration de la relation nauséabonde entre presse et milieux financiers. Rachetée par le fantasmagorique conglomérat Méroll, fabricant d’« huile de friture et de moteur », la rédaction – tenue d’une main de fer par Franky Baloney, pantin fictif et moustachu – ne reculait devant rien pour faire fructifier son entreprise : délocalisation à Bama-Khou, transfert de cerveaux de dessinateurs dans des singes pour du rendement à moindre coût… Les pistes de cette mystification parsemaient les pages de la revue, au milieu de romans feuilletons ou de fausses pubs ciselées. « Ce qui était intéressant dans ce projet, c’était de raconter une histoire avec l’objet même du magazine, explique Winshluss. L’histoire nous a donné raison, puisque maintenant la presse est rachetée par des marchands de yaourts ! »
La nébuleuse Requins Marteaux. A défaut d’avoir pu être menée à son terme en kiosques, l’aventure Ferraille revit au Lieu Unique depuis le début du mois de mars. « Nous avions d’abord pensé présenter la collection d’art privé d’Edouard Michel Méroll, puis nous avons décidé de raconter l’histoire de l’huile Méroll à travers l’humanité, de la préhistoire aux 1980, en passant par le Moyen Age féodal… », explique Felder. Un historique déroulé sur tapis rouge, à travers peintures, films, ou encore sculpture monumentale « d’enfant obèse, très heureux de profiter des bienfaits des produits Méroll ». Le clou de l’exposition ? Rencontrer Edouard Michel Méroll en personne. « Il était une fois l’huile est une installation mettant en avant le côté messianique du patron des huiles Méroll », explique Winshluss. Si l’éditorial reste le c½ur pulsant des activités des Requins Marteaux (enfin salué avec le Pinocchio de Winshluss, récemment primé à Angoulême), le collectif n’en est pas à son coup d’essai en matière d’événements périphériques : expositions, goûters, épopée de Vipers (le « motocyclette club du Tarn »), courts métrages… Les ramifications sont infinies, maniant toujours un goût avéré pour les grinçantes mises en abîme se nourrissant du contexte ambiant. Le Centre culturel d’Albi leur offre un terne local au triste carrelage et froids néons pour une exposition ? Ils en font un supermarché(1), avec vente de produits aussi incongrus que foie gras de chômeur, préservatifs réutilisables et autre Subutex Mex. Démantibuler les mécanismes, se jouer d’un mimétisme perverti, détourner les codes de l’endoctrinement des masses… Le savoir-faire s’est peaufiné au fil des années : « Ce qui nous intéresse, c’est le cliché, la culture populaire, tous ces trucs désincarnés, ancrés dans l’inconscient collectif, constate Winshluss. Il faut s’en emparer et les utiliser comme des boîtes vides, en plantant une nouvelle idée à l’intérieur. »

Date de publication : 03/09/2009


Période traitée : 2009-04-01
Mots-clés : Requins Marteaux, Ferailles, bande dessinée
Inséré le : 03/09/2009 17:55
Thèmes : bande dessinée, exposition,