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Le théâtre, écran du réel

Le collectif Berlin

Chapeau : Entre performance documentaire et installation vidéo, le « théâtre filmique » du collectif anversois Berlin sonde et représente les villes de la planète, comme autant de textes disant le monde d’aujourd’hui. Après Bonanza, le groupe crée Moscou à Louvain et Bruxelles. Entretien avec Yves Degryse et Caroline Rochlitz.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien (Mots-clés : )

Genre Ressource : entretien

Genre Agenda : théâtre

Apparence :

Rubrique : 51

Yves DEGRYSE artiste
Gwénola DAVID, Jean-Louis DAVID et Yves DEGRYSE rédacteur
Bart BAELE artiste
Caroline Rochlitz artiste

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Texte : Biographie / Bart Baele, Yves Degryse et Caroline Rochlitz, trentenaires anversois passés par l’audiovisuel néerlandais (pour le premier) et les écoles de théâtre d’Anvers (les deux autres) forment, depuis 2003, Berlin. Le groupe a entrepris, sous le titre générique d’Holocène (du nom de l’époque géologique où nous nous trouvons), des portraits de villes de sept à plus de sept millions d'habitants, en images et en gestes. Suivent Jérusalem (2004), Iqaluit (2005), Bonanza (2006), et Moscou, qui doit être créé à Louvain le 7 mai, sous un chapiteau évoquant le cirque, avant son passage au Kunstenfestivaldesarts.


Jérusalem, Iqaluit, Bonanza, Moscou, bientôt peut-être Essen… jusqu’à Berlin. C’est en se glissant au c½ur des villes, dans les plis lâches du quotidien, là où se cache et résonne la complexité du présent, que « Berlin » trame une histoire de notre époque. Durant plusieurs mois chaque fois, le jeune collectif anversois s’immerge dans le territoire, mène l’enquête, recueille patiemment les paroles des habitants pour découvrir peu à peu le paysage, en comprendre les lignes de fracture, les couleurs singulières… le cadastre secret. A rebours d’une démarche journalistique, Berlin met en scène et en espace ces matériaux documentaires et recompose les dialogues par écrans interposés. Comme si le réel échappait définitivement l’unicité objective, ne pouvait apparaître que dans la confrontation des points de vue, forcément pluriels, fragmentaires, contradictoires. Comme s’il fallait en passer par la fiction pour dévoiler la réalité du monde.


Entretien / Quelle réflexion vous a amenés à lancer en 2003 le projet Holocène, série de portraits de ville qui s’échelonne sur plusieurs années ?
Yves Degryse : « Nous voulions parler de ce qui se passe maintenant. Certains metteurs en scène partent d’un texte dramatique, nous d’une ville. La démarche reste similaire pourtant. Comme dans une pièce de théâtre, nous cherchons à découvrir les résonances universelles au c½ur des petites histoires et des gens. La ville offre une représentation de la vie, de la communauté humaine dans sa diversité, ses conflits, ses contradictions. Les habitants sont nos personnages. J’avais [Yves Degryse, Ndlr.] déjà expérimenté, avec le collectif flamand SKaGen, un genre de “théâtre filmique”, qui utilise les techniques du cadrage, du montage et la transposition sur scène de dialogues de films ou de documentaires.
Vous avez exploré Jérusalem, puis Iqaluit, capitale inuit de cinq mille âmes au nord du Canada, puis Bonanza, hameau de sept habitants dans le Colorado, et aujourd’hui Moscou. Comment choisissez-vous les villes ?
« Nous devons sentir l’existence d’éléments théâtraux qui racontent plus que l’anecdotique. Nous avons aussi besoin de distance. Nous interrogeons la ville dans tous ses aspects, y compris les clichés. Nous devons donc pouvoir la découvrir, la regarder en “candides”. Lorsque nous arrivons, nous sommes comme des touristes, ou des enfants. Le choix résulte à la fois de l’intuition et d’un plan. Après l’agitation chaotique de Jérusalem, nous cherchions le silence : nous avons regardé vers le grand Nord et trouvé Iqaluit sur la carte. Puis nous avons voulu explorer une communauté encore plus petite. Un ami nous a parlé de Bonanza. Nous nous sommes renseignés et avons décidé d’y aller. Nous essayons de dessiner un trajet, avec les inflexions du hasard. Dans l’idéal, nous aimerions attendre de travailler sur une ville pour déterminer la prochaine étape.
Comment procédez-vous pour appréhender un territoire ?
« Nous opérons en trois phases. Nous lisons beaucoup avant d’arriver sur place, pour valider notre intuition. Puis nous venons en repérage tous les trois durant une quinzaine de jours. Nous visitons les lieux, rencontrons des acteurs de la vie locale, qui vont aiguiller notre recherche et ouvrir de nouvelles pistes. Ensuite, nous revenons avec toute l’équipe pour filmer, sur deux périodes d’un mois.
A quel moment concevez-vous la forme scénique du spectacle ?
« Dès l’origine du projet Holocène, nous voulions étudier chaque ville, en cerner les spécificités et définir la forme esthétique et les outils scéniques les plus justes pour en restituer le caractère. Nous voulions nous extraire de cette manie des classifications disciplinaires, qui enferment une démarche dans un moyen d’expression alors que nos attentes, nos “états d’être” et nos imaginaires créatifs changent. Concrètement, la forme commence à se dessiner après le repérage, donc avant la première période de tournage, car le dispositif scénique, le nombre d’écrans, leur mobilité, etc. influent forcément sur la manière de filmer. Lors de la seconde période, nous avons décidé de la forme et nous pouvons compléter au besoin les matériaux recueillis.

Date de publication : 04/09/2009


Période traitée : 2009-04-01
Mots-clés : documentaire, installation vidéo, théâtre, collectif Berlin, Mpscou, Yves Degryse, Moscou, Holocène
Inséré le : 04/09/2009 16:59
Thèmes : installation, monde, documentaire, histoire, théâtre,