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« Changer », disent-ils
Par David Sanson
Chapeau : De commémorations lénifiantes en alertes permanentes, les médias continuent d’orchestrer l’amnésie collective tout en développant une vertigineuse culture du chiffre, dans tous les sens du terme, malgré la crise. Mais quelle crise ?
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : billet d'humeur (Mots-clés : )
Genre Ressource : édito / chronique
Genre Agenda : divers
Apparence :
David SANSON rédacteur
MOUVEMENT publication
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Texte : Le monde changera-t-il vraiment un jour ? On peut en douter lorsque l’on ouvre son journal ou son poste de radio (je n’ai pas la télé) ces temps-ci : des bénéfices records et des pluies d’émoluments, bonus ou stock-options, des résultats (financiers, quoi d’autre ?) prospères, et, sur les ondes, le grand retour des comptes rendus de journées boursières, les résultats du CAC 40 et des quotidiennes fluctuations des valeurs. On croit cauchemarder. Se peut-il vraiment qu’elle ait eu lieu, cette crise dont les mêmes médias nous rebattaient les oreilles il y a quelques mois, s’accordant à reconnaître là les méfaits du culte du capitalisme financier, et se faisant dans un bel unisson les apôtres du changement ? Se peut-il que les mêmes qui, il y a peu, appelaient légitimement à une transformation de nos comportements aient pu si vite rendre les armes, reprendre leurs mauvaises habitudes, impuissants eux-mêmes à endiguer la loghorrée libérale, présente jusque dans leur manière de traiter l’information (1) ? Faudra-t-il attendre que l’on commémore (puisque c’est tout ce qu’on sait faire, et à tour de bras) le 20e anniversaire du récent sommet du G20 pour se rappeler qu’avant celui-ci, Nicolas Sarkozy comme Angela Merkel ou Barack Obama parlaient de
« réformer en profondeur le capitalisme » ? Faut-il attendre qu’il soit trop tard (et vu que tout va de plus en plus vite, trop tard,
« c’est déjà tout de suite », comme l’écrivait Gilles Tordjman), que l’on n’y croie vraiment plus ?
Aujourd’hui où, donc, l’on commémore à tout va (des 40 ans de Woodstock aux 20 ans de la Chute du Mur, en passant par les 70 ans du début de la Seconde Guerre mondiale, les 111 ans du label Deutsche Grammophon, etc. etc.) comme pour mieux oublier l’inéluctable en faisant le commerce de produits dérivés, où les seuls changements que l’on semble tolérer sont ceux que nous dicte la mode (et qui n’ont des changements que l’apparence, puisque le principe est au contraire celui du recyclage permanent, de l’incessant retour du même), on reste en France fidèle à notre posture favorite : chez nous, c’est la révolution, sinon rien – le reste du temps, on le passe à se complaire, se confire dans son orgueil.
1. Elle est préoccupante, cette « manière »-là, et d’autant plus déprimante qu’on va finir par croire qu’elle est la seule possible, car la seule que nous soyons prêt à accepter, et à acheter : à force de devoir produire du discours et faire que celui-ci soit « vendeur », on finit par ne plus traiter les choses que sous l’angle du story-telling et suivant le principe de la « rotation lourde » : entre « la tragédie du vol AF 447 »
(aujourd’hui, il suffit qu’on mette plus de 24 heures à déterminer ses causes pour qu’un événement, dramatique ou non, se transforme en « mystère » sous la plume des commentateurs) et cette épidémie de Grippe A qui « pourrait tuer 30 000 personnes en France »
, il faut presque chaque jour un nouveau « pitch »
pour rassasier notre prétendu (et prétendument insatiable) besoin d’information. Pour le reste, l’abus de superlatifs et la suprématie des tops et autres classements (« Ce qui est in / ce qui est out », « Les 10 meilleurs spectacles de la rentrée », « Les 50 albums de l’année », « Les 2 000 “plus grands écrivains américains vivants” », « Les stars de la télé les plus glamour »...), découpant l’actualité en tranches et se substituant peu à peu à toute forme d’analyse et de discours critique, ne fait qu’entériner l’hégémonie sémantique d’un monde où tout « doit » (mais au fait, pourquoi donc ?) se juger en termes de compétition, de concurrence et de performance…
2. Un nouvel album est annoncé. En attendant, les concerts de Gil Scott-Heron prévu cet été en France ont dû être annulés en raison de l’interdiction de sortie du territoire américain dont il fait l’objet, suite à des affaires de drogues.
3. Bossuet, Sermon du mauvais riche
, in Œuvres
, bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1961.Crédits photos : Image extraite de la série
Cadre moyen, de France Dubois. Courtesy de l'artiste.
Date de publication : 08/09/2009
Mots-clés : top 10, classement, médias, culte, nouvelle formule, capitalisme
Inséré le : 08/09/2009 16:56
Thèmes : médias, politique générale,