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Une geste du travail
Ascanio Celestini
Chapeau : Puisés dans les usines, les hôpitaux psychiatriques, les zones obscures du travail précaire, les récits de l’Italien Ascanio Celestini ont une dimension épique. Ce conteur, dont l’art renouvelle la tradition du « théâtre de narration » à l’italienne, porte sur le monde du travail un regard qui vise à en faire vivre la mémoire. Et à exercer la nôtre.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : propos recueillis (Mots-clés : )
Genre Ressource : dossier
Genre Agenda : théâtre
Apparence :
Ascanio Celestini artiste
Jean-Louis PERRIER rédacteur
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Texte : Biographie / Né à Rome en 1972, Ascanio Celestini est l’un des représentants les plus complets du « théâtre de narration » à l’italienne. Il pratique l’art du conteur, sous toutes les formes (oral et écrit, filmant et filmé) au service d’un travail de mémoire ancré dans le présent. Il revisite le massacre des fosses ardéatines (
Radio clandestina, 2000) ; le labeur des sidérurgistes (
Fabbrica, 2002) ; l’histoire familiale (
Récit de guerre bien frappé, 2004) ; met en perspective l’institution psychiatrique (
La Brebis galeuse, 2005) ; ou la condition des employés des centres d’appel (
Parole sante, 2007).
La mémoire est un plat qui se mange chaud, al dente. Elle se conjugue au présent. Le révisionnisme historique, vise, lui aussi, le présent. C’est même le seul temps qu’il connaisse. Quand il ne parvient pas à anticiper le présent, il s’efforce de lui donner forme. Quitte à le piétiner au passage. Depuis toujours, le révisionnisme historique efface ce qu’il ne parvient pas à corrompre. Les sophistes du
« Ma conviction est », les trafiquants du
« Je m’en tiens aux chiffres », les communicants du
« Cela n’entre pas dans mon périmètre » pratiquent le révisionnisme historique au présent. Ascanio Celestini se glisse derrière eux et travaille à rétablir une certaine vérité, dans des termes qui contribuent à écrire l’histoire sans s’y soumettre. Ascanio est un conteur. La mémoire qu’il éveille n’est pas de surface. Il y plonge. Nous y plonge.
Ascanio fait chanter l’histoire là où elle paraît avoir été frappée de mutisme. A pointer les zones de silence des grands conflits, il ne pouvait que s’intéresser à cette bataille un peu particulière qui porte le nom de travail. Il a ses armées, ses généraux et sa piétaille, ses fronts, ses vainqueurs et ses vaincus. Ascanio aborde le travail sous l’angle de l’enquête et de la reconquête. Pas celle des territoires, mais celle d’une mémoire qui a été soumise et qu’il délivre d’une phrase avisée. Il donne à ses récits, puisés dans les usines, les hôpitaux psychiatriques, les zones obscures du travail précaire, une dimension épique, en y injectant du mythe, envoyant Hérodote réviser, loin devant, chez Homère. Le négationnisme, nous révèle Ascanio, n’est pas seulement à l’½uvre dans ses terminaisons extrêmes, fascistes ou post-fascistes, il l’est, plus souterrainement encore, dans l’effacement du travail au quotidien.
A la différence des Italiens, les Français ne pratiquent guère le « théâtre de narration » au présent. Le théâtre de narration s’embarrasse rarement de personnages physiques, ces corps pétris de muscles que s’échinent à représenter des acteurs. Le théâtre de narration est un art tout d’oreille, qui ne craint pas de s’attaquer au monopole de la rétine. Le théâtre de narration part à la man½uvre en tenue de ville, une guitare à la main. Il est l’apanage du barde et parfois du performeur, d’un griot qui ne chanterait plus les louanges des grandes dynasties, mais découvrirait les liens cachés de réseaux jusqu’alors dissimulés, qu’Ascanio, rendrait à la lumière et à l’histoire.
Entretien / La question du travail, de sa mémoire, est au centre de votre démarche. Pourquoi est-elle si importante ?« J’ai toujours cherché à travailler sur des histoires rapportées par des personnes qui avaient vécu un rapport de subordination avec une grande institution (usine, hôpital psychiatrique) ou un grand événement historique (fascisme, nazisme). Parce que ces personnes ont de grandes difficultés à raconter leur histoire, telle qu’elles l’ont vécue. A l’opposé, nous ne manquons pas de mémoires d’hommes illustres, qui n’ont aucune réticence à raconter l’histoire mondiale parce qu’ils l’ont vécue sans la subir. Normalement, l’usine, la prison, l’hôpital psychiatrique ne se racontent pas.
N’y a-t-il pas une langue particulière du travail, un vocabulaire singulier ?« L’ouvrier n’apprend pas son travail par une explication verbale mais par l’exemple visuel, puis par l’engagement du corps. Il apprend en regardant et en reproduisant. Voilà pourquoi il lui est si difficile de raconter son travail. Parce qu’il n’en parle jamais : il le fait et
basta. Aux premières questions posées aux ouvriers sur leur travail, ils me répondaient :
“Je ne sais pas.” – “Que faisais-tu à l’usine ?” – “Je travaillais.” Mais souvent, ils accompagnaient la réponse de gestes.
Date de publication : 09/09/2009
Période traitée : 2009-04-01
Mots-clés : asiano celestini, théatre, usine, la fabbrica
Inséré le : 09/09/2009 15:50
Thèmes : théâtre, société, travail,