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Scène de résurrection

Lazare

Chapeau : Lazare. Un nom qui porte, et qui destine sans aucun doute celui qui le porte. Un nom qui appelle plusieurs vies, et la renaissance, de l'une à l'autre. Lazare aurait pu se perdre, sans doute, dans un monde qui ne l'a pas épargné, et le théâtre l'a « sauvé », aidé en tout cas à montrer que la vie n'est jamais univoque. Grâce au théâtre, son cri de désespoir s'est mué en geste d'amour.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : portrait (Mots-clés : )

Genre Ressource : portrait

Genre Agenda : théâtre

Apparence :

Rubrique : 52

Lazare écrivain
Bruno TACKELS rédacteur

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Texte : Pour les artistes, souvent, le théâtre se révèle comme un destin. Pour eux, comme élus par la scène, le chemin y conduit, même s’il semble faire des détours. Pour Lazare, il en aura fait beaucoup… Rien, visiblement rien, ne devait le conduire au théâtre. Et puis à une croisée, l’impossible est là, à portée de la main. Au TGP de Saint-Denis, alors dirigé par Jean-Claude Fall, il découvre le travail de Claude Régy, qui présente La Mort de Tintagiles. Le metteur en scène est célèbre pour tous ces textes inconnus qu’il découvre, mais il est aussi, et c’est moins connu, un immense accoucheur d’acteurs, un pédagogue d’exception. Un fin limier qui traque le talent, presque infaillible. « Claude Régy, il est partout où l’herbe pousse. » C’est Dominique Froh qui le dit, et elle est bien placée pour en parler. Venant de nulle part, sans « pedigree », Lazare voit de la lumière et pousse la porte du théâtre. Claude Régy le reconnaît. Il le sent en même temps fragile, et pour tout dire à la dérive. Il faut lui trouver du travail. Il en parle à Marie Raymond, qui est la secrétaire générale du théâtre, et qui veille… Le lendemain, Lazare est « ouvreur » au TGP : la figure devenue mythologique, il est vrai, de l’ouvreur qui devient acteur – le-grand-artiste-qui-a-commencé-commeouvreur… Le mythe a ses raisons, bien sûr : l’ouvreur voit du théâtre tous les soirs, et surtout, il revoit le spectacle, sans relâche, il répète – son regard « répète », au sens propre. Et cette répétition est une magnifique école. Lazare, donc, a fait école. De lui, Claude Régy écrira : « Lazare, c’est une écriture sauvage, un langage puissant, heurté, une blessure intérieure. Cette parole spécifique, comme inachevée, demande à être testée dans un espace, à être travaillée avec une équipe d’acteurs. » Il ne tardera pas à être entendu.
C’est alors que Stanislas Nordey arrive à la direction du TGP. L’époque est à l’effervescence : des rêves refont surface, en une période qui les a soigneusement écrasés, et l’utopie s’installe, provisoirement dans les murs du théâtre. Même s’il déborde un peu, passionné, fiévreux, Lazare est définitivement adopté. Il profite de toutes les rencontres qu’il peut faire, tisse des liens, construit sa vie d’artiste. Il fait entendre à ceux qui le veulent ces poèmes incandescents qu’il a écrits dans la nuit. Nordey lui donne un espace pour expérimenter son théâtre. D’emblée le ton est singulier, même si l’ombre d’Artaud pourrait bien l’étouffer. Mais l’image du poète maudit n’arrive pas à masquer cette voix nécessaire qui se fraie un chemin, et tente de faire entendre sa vérité, par une profération hallucinée. Lazare prend des forces et montre son travail au Lavoir Moderne Parisien, puis au Limonaire.
Lorsque Stanislas Nordey est nommé responsable pédagogique de l’école du Théâtre National de Bretagne à Rennes, il emmène Lazare dans ses bagages, comme « auditeur libre ». Celui-ci y retrouve Claude Régy, et s’immerge dans l’univers d’artistes précieux comme François Tanguy, Loïc Touzet, Bruno Meyssat, Marie Vayssière, Renaud Herbin, Philip Boulay, François Verret. Accompagné, entouré (mais pas trop), Lazare grandit et trouve sa voix. Commence à aimer la sienne, à oser la faire partager, avec d’autres, ses semblables. Dix ans plus tard, sa voix commence à trouve sa forme, elle peut compter sur un groupe d’acteurs et de musiciens magnifiques, qui la révèlent et la mettent au travail. L’Abbaye de Royaumont et les Bouffes du Nord ouvrent leurs portes à Lazare pour des improvisations accompagnées de musiciens comme Benjamin Colin, Jean-François Pauvros ou, plus récemment, Ballaké Sissoko.

Date de publication : 10/09/2009


Période traitée : 2009-07-01
Mots-clés : lazare, théatre, passé je ne sais où qui revient, claude régy
Inséré le : 10/09/2009 15:48
Thèmes : théâtre, écriture,