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« Combattre la tentation de l’amnésie » ?
Chapeau : C’est de la critique radicale des mythes que nous pouvons renouer avec un avenir.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : dossier
Genre Agenda : théâtre
Apparence :
Mari-Mai CORBEL rédacteur
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Texte : Devrions-nous gober les
« rêves d’héroïsme et de radicalité » que propose aujourd’hui un théâtre national dont le nouveau patron (Stéphane Braunschweig) assure qu’un
« théâtre nouveau » peut sortir d’un renouveau de l’écriture dramatique ; alors que tel autre (Olivier Py, directeur du théâtre de l’Odéon) croit exorciser la société du spectacle par le Verbe, nous administrant l’extrême culture d’un
« projet public et civique » qui propose, en guise d’horizon,
« l’indispensable complémentarité du romantisme et de la politique » ! « Sortir des apocalypses, c’est accepter que le temps qui vient n’est pas dessiné ailleurs que dans les mythes, c’est vouloir faire de notre nostalgie une force allante. » Mais non, justement, c’est de la critique radicale des mythes que nous pouvons renouer avec un avenir ; et du ralentissement, du suspens, que nous pouvons nous réapproprier notre temps propre. Les histoires, rien de tel pour
« combattre la tentation de l’amnésie », dit l’éditorial du 63e Festival d’Avignon, quand son artiste associé, Wajdi Mouawad, se demande :
« Que faire avec le charnier que fut le XXe siècle ? […] Sur ce charnier s’érige la nécessité de résoudre l’énigme : “Que s’est-il passé ?”» Il ajoute :
« La comptabilité des années crée chez moi un malaise, une gêne, refoulant du même coup mes souvenirs et mes peurs. » Mais c’est le sujet poétique moderne, cette impossibilité du récit ! Ce bégaiement de la parole devant la fureur réaliste à nier tout ce qui n’est pas calculable, visuellement visible, scientifiquement expérimentable. Tout : rêves nocturnes, sensibilités vibratiles, désirs déroutants, sexe, visions, fantasmes, tempos intérieurs. Toute la modernité poétique est l’histoire d’un silence viral qui ruine les textes de l’intérieur. La page blanche, le fragment, le sujet mineur et obscène aux dires des braves gens, l’interruption, l’inachèvement, vont de pair avec l’écriture paniquée, effarée de Dostoïevski. Quand Freud et Proust constatent que la mémoire sensorielle s’est résorbée dans l’invisibilité du corps avec les dons narratifs, il est trop tard. Depuis lors, il n’y a de poètes ou d’artistes qui ne cherchent des expériences intérieures, restituant cette voix de survivant, d’une identité indéfinissable, d’un écart entre soi et le nom… Shakespeare n’aurait pas écrit les guerres de la pensée comme il les a écrites, s’il était né en 1960. Il aurait été Sarah Kane ; et Calderón, Rodrigo Garcia ; et Corneille, Gabily ou Koltès ; et Strindberg, Hubert Colas ; et Maeterlinck, Rambert ! Eschyle aurait dit que le théâtre, ce n’est pas l’histoire du texte ou non, de l’histoire ou pas, mais une chambre d’échos et d’apparitions fugitives où vient résonner le fond de nos vies, pour que nous en ressortions en rupture, à notre tour.
Date de publication : 14/09/2009
Période traitée : 2009-07-01
Mots-clés : théatre, avenir, mythe, renouveau de l'écriture dramatique
Inséré le : 14/09/2009 11:28
Thèmes : société, théâtre, écriture,