Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Chorégraphier le public

Entretien avec Meg Stuart

Chapeau : Highway 101 de Meg Stuart s'élabore au fil des villes et des espaces. La chorégraphe revient ici sur la construction de ce parcours chorégraphique dans son étape viennoise: mise en tension du singulier et du collectif dans une actualité politique particulière.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien (Mots-clés : )

Genre Ressource : entretien

Apparence :

Rubrique : 10

Christophe WAVELET rédacteur
Meg STUART chorégraphe

Texte : Est-ce la première fois que vous inscrivez l'un de vos projets hors d'un théâtre?
Meg Stuart: Non. Déjà, à Gand, en 1994, j'avais présenté un dispositif partiellement analogue à celui que j'ai élaboré ici. Le projet était intitulé This is a show, and a show is many things. Mais avec Highway 101, il me semble que je suis parvenue à une résolution générale plus satisfaisante de mon propos. La thématique de l'autoroute tient lieu d'embrayeur qui me permet d'étendre mon champ d'action. Et ici, grâce au parcours dont chaque spectateur est amené à faire l'expérience, je vois cette pièce comme une chorégraphie du public lui-même. Ce ne sont plus seulement les danseurs qui sont impliqués dans cette entreprise. Ce qui m'intéressait, dans le fait de sortir du théâtre, c'était de mettre l'accent sur ce qu'est la place du spectateur, et donc sur sa responsabilité; chacun est confronté à la nécessité de choisir ses focus successifs, mais aussi au fait que le choix d'orienter son regard implique de prendre conscience qu'on ne saurait tout voir.


Pourquoi avez-vous choisi cette thématique du «Highway», de l'autoroute? En quoi vous intéresse-t-elle?
Je pourrais vous répondre par une anecdote autobiographique... À l'époque de mon adolescence, mes parents étaient divorcés. Lorsque je partais de chez l'un d'eux, on me laissait sur une bretelle d'autoroute, où l'autre venait ensuite me chercher. Il m'est impossible aujourd'hui de faire le compte de ces départs et de ces arrivées qui advenaient littéralement au milieu de nulle part. Cela m'a évidemment marquée. Mais au-delà de la dimension autobiographique, l'autoroute représente une conception de l'espace et de son occupation qui me paraît caractéristique du type de société dans lequel nous vivons aujourd'hui. C'est un espace inhabitable, un espace de transit, de passage, qui soulève de manière particulièrement aiguë la question de ce qui fait société. On peut aussi le voir comme une métaphore du processus de parcours que je développe dans ce projet: un parcours en forme de boucle.

Comment avez-vous réagi, lorsque vous avez appris que le FPÖ serait désormais partie prenante du nouveau gouvernement de coalition en Autriche? Avez-vous envisagé d'annuler votre venue?
Non. Il me semblait d'une part que refuser de répondre à l'invitation qui m'était faite, c'eût été entériner la situation -comme si plus aucun geste de résistance n'était envisageable, comme si le sort de l'Autriche était joué une fois pour toutes. D'autre part, c'eût été me désolidariser de ceux qui, ici, quotidiennement, font acte de résistance- que ce soit citoyennement ou par les contenus et les enjeux de leurs projets artistiques respectifs. Or il ne me semblait pas que la situation fut si désespérée qu'elle justifiât pareil refus de ma part et de ceux avec lesquels je travaille. Par contre, il est certain qu'il m'était impossible de venir oeuvrer dans ce contexte comme si de rien n'était, ni même simplement dans les termes dans lesquels j'avais initialement envisagé de le faire, au moment où Hortensia Völckers m'y a invitée. C'est pourquoi, avec mes collaborateurs, nous nous sommes donné un certain nombre de priorités.

Date de publication : 01/10/2000


Mots-clés : espace, vidéo, masse, identité, intime, extrême-droite
Inséré le : 12/04/2001 00:00
Thèmes : danse, politique,