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Les MJC, carrefours populaires

Entretien avec Laurent Besse

Chapeau : Depuis une soixantaine d’années, les Maisons des jeunes et de la culture font partout en France l’expérience de l’éducation populaire. Retour sur leur action de transmission avec Laurent Besse, spécialiste d’histoire sociale.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien (Mots-clés : )

Genre Ressource : entretien

Genre Agenda : politique

Apparence :

Laurent Besse historien
Naly GERARD rédacteur

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Texte : Dans les Maisons des jeunes et de la culture (MJC), on tente, depuis une soixantaine d’années, d’envisager la culture comme une voie vers l’émancipation personnelle et collective, selon les principes chers à l’éducation populaire. Au temps de leur âge d’or, entre 1965 et 1980, ces lieux pluridisciplinaires, destinés à la jeunesse puis ouverts aux adultes et aux enfants, ont embrassé l’aventure de l’utopie éducative. Dans les petites villes et les banlieues, plus d’un millier d’associations ont donné corps à des carrefours d’échanges, des lieux de convivialité et d’agitation, de conflit aussi. Elles occupaient un espace social laissé libre par l’Etat qui n’avait pas encore établi les institutions culturelles de proximité, un espace vierge situé entre l’espace scolaire, le militantisme et la culture bourgeoise. C’était avant les scènes conventionnées et les scènes de musiques actuelles.

Dans ces maisons, le loisir se mêlait à l’expression artistique, l’apprentissage côtoyait la « réception » des œuvres. On pratiquait « un peu de tout » en dilettante, le plus souvent sans analyse ni réflexion ; ce qui valu aux animateurs « socio-culs » un mépris durable de la part des professionnels de la « Culture ».

Pourtant, comme le souligne l’historien Laurent Besse, cette grande polyvalence était aussi leur force principale. Leur capacité à s’appuyer sur les énergies multiples, à s’adapter à la diversité était en effet un moteur. Ces lieux du « faire » ont été des laboratoires, enracinés chacun dans leur réalité locale et humaine, diablement brouillons et disparates, mais vivants comme le sont les lieux de brassage actif. Et pendant une vingtaine d’années, ils ont été des foyers communs pour un grand nombre d’habitants, et un moyen pour beaucoup de faire sien la culture, au sens le plus large. Voilà pourquoi on peut considérer cette mémoire des MJC comme un patrimoine et un moyen d’éclairer aujourd’hui la question de la transmission de la création artistique.

Laurent Besse enseigne l'histoire de l'éducation populaire à l'IUT Carrières et sociales, à Tours. Il est l’auteur de Les MJC de l’été des blousons noirs à l’été des Minguettes, une histoire des Maisons des jeunes et de la culture de 1959 à 1981.

Entretien
Lorsque la Fédération des Maisons des jeunes et de la culture voit le jour en 1948, il s’agit avant tout d’un projet tourné vers la jeunesse. La dimension culturelle était-elle alors secondaire ?
Laurent Besse :
« Oui. La base du projet des MJC est alors l’intégration des jeunes dans des cadres civiques et politiques, dans une visée émancipatrice. A l'origine, la perspective n’est pas celle de la démocratisation culturelle, mais le développement d’une culture entendue comme vision du monde permettant d'agir collectivement. Les questions esthétiques ne sont pas abordées. On rejoint cette vision de la culture héritière de cette espèce d'humanisme polyvalent d'après-guerre : il faut permettre à l'individu de goûter à différentes formes d'expression ; le sport, les pratiques artistiques, les pratiques éducatives, la détente... C'est la vision de l'honnête homme “scolaire”, hors du champ scolaire. La MJC est le lieu de tout cela. Dans l'immédiate après-guerre, ce qui prime c’est l'expression, au sens de polis, les affaires de la cité : le débat, le cercle d'études, y compris le théâtre.

Date de publication : 19/10/2009


Mots-clés : MJC, éducation populaire, action,
Inséré le : 19/10/2009 12:11