Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Orhan Pamuk, écrire entre Orient et Occident

L’auteur publie D’autres couleurs

Chapeau : Célèbre pour ses romans (Mon nom est Rouge, Neige), l’auteur turc Orhan Pamuk signe aujourd’hui un recueil : D’autres couleurs. Rassemblant articles, conférences, nouvelles, il y révèle les liens ambigus que l’Orient et de l’Occident tissent autour de son œuvre.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : portrait

Genre Agenda : littératures

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Catherine Bédarida rédacteur
Orhan Pamuk écrivain

petit_pamuk_orhan.jpg ()
rect_pamuk_orhan.jpg ()

Texte : En installant face au Bosphore son bureau où il écrit dix heures par jour, le romancier turc Orhan Pamuk a planté son regard droit dans la suture qui unit et sépare Orient et Occident. Lien et conflit, imprégnation et refus sont au cœur de D’autres couleurs, son dernier ouvrage. L’écrivain rassemble des textes – articles de revues, conférences, nouvelles – qui traitent de l’appartenance duelle, sur le terrain politique turc comme au plan intime de sa propre vie, de ses influences littéraires.

Enfant de la bourgeoisie intellectuelle, francophile et occidentalisée d’Istanbul, il lui a fallu plusieurs décennies avant de connaître les traditions artistiques ottomanes et turques et de découvrir les chefs-d’œuvre de la littérature orientale. Aujourd’hui, à l’engouement pro-occidental qui dominait chez les élites et les peuples de sa région, succède la tentation du rejet et du nationalisme. Le prix Nobel de littérature (2006) observe « la colère des damnés », titre d’un chapitre qui analyse la montée du ressentiment anti-européen et américain dans nombre de pays musulmans et de nations du tiers-monde.

« A aucun moment dans l’Histoire, le fossé entre riches et pauvres n’a été aussi profond », en Turquie comme ailleurs, analyse-t-il. Informé par l’image et la télévision, le citoyen ordinaire des pays musulmans pauvres, des ex-républiques soviétiques ou du tiers-monde mesure la part dérisoire qui lui revient de la richesse mondiale. Souvent, il s’attribue la responsabilité de cette pauvreté, se sentant coupable « de sa bêtise ou de son inadaptation ». « Le monde occidental est à peine conscient de l’accablant sentiment d’humiliation qu’éprouve la plus grande partie de la population mondiale », alerte Orhan Pamuk.

Comment trouver sa voix lorsqu’on habite les faubourgs de l’Europe, que l’on est a priori exclus de la littérature mondiale, s’interroge-t-il, comment écrire « en pays dominé » selon la formule du romancier antillais Patrick Chamoiseau ? Le livre d’Orhan Pamuk répond à sa manière, à travers ses réflexions sur l’histoire de la miniature islamique ou les Mille et une nuits, aussi bien que sur les auteurs essentiels à son travail de romancier – Dostoïevski, Albert Camus, Thomas Bernhard, ou encore Tolstoï, Borges, Nabokov.

Les lecteurs qui ont aimé ses romans, Mon nom est Rouge ou Neige, trouveront autant plaisir à pénétrer la fabrique de ces œuvres : Orhan Pamuk livre ses journaux de bord de création et ses carnets de notes. Derrière le romancier mondialement reconnu (ses œuvres sont traduites en cinquante langues) perce tantôt le simple piéton d’Istanbul, pétri de souvenirs familiaux, tantôt l’intellectuel engagé, cible des ultra nationalistes turcs pour avoir défendu le droit à débattre de la cause kurde ou arménienne. Ce partisan de l’intégration de la Turquie à l’Union européenne déclarait alors : « Quand on essaie de réprimer les souvenirs, il y a toujours quelque chose qui revient. Je suis ce qui revient. »

D’autres couleurs, Orhan Pamuk, Gallimard, 554 p., 22,90€.

Date de publication : 20/10/2009


Mots-clés : littérature, turquie, moeurs, mon nom est rouge, neige, orhan pamuk
Inséré le : 20/10/2009 11:46
Thèmes : littérature,