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Économie du regard, économie de moyens
Solipsisme III
Chapeau : Marc Vincent et Christophe Loyer, chorégraphe et plasticien, renversent quelques perspectives de l'image en (du) mouvement
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Gérard MAYEN rédacteur
Marc VINCENT performeur
Christophe LOYER plasticien
Texte : Un gros cylindre de tissu rouge est suspendu au plafond, légèrement flottant juste au-dessus du sol. A l'extérieur de ce cylindre est disposé un écran blanc. Le public va et vient tout autour de ce dispositif très simple.
Le chorégraphe Marc Vincent et le plasticien Christophe Loyer prennent place à l'intérieur du cylindre, devenu leur espace de performance. A travers le tissu, on ne les perçoit qu'à l'état de silhouettes mouvantes. Rien n'est suffisamment clair pour qu'on perçoive nettement la manipulation d'une caméra, à laquelle ils se livrent. En revanche, les images en sont synchroniquement retranscrites sur l'écran.
Ces images captent le tissu comme un fond incessamment mouvant, dont la surface continue serait comme transpercée, seulement épisodiquement, par l'émergence visuelle des corps en mouvement au contact de l'objectif très rapproché de la caméra, cadrés de manière toujours fugace et parcellaire.
Qui exactement tient l'engin? Qui vise-t-il dans son objectif? Quels retournements opèrent? Le regard est ainsi invité à démultiplier ses potentialités, de la structure circulaire à la structure plane, de l'intérieur à l'extérieur, du dissimulé au révélé, du singulier au duel, du mouvant au statique, du dirigé au retourné, de l'agi au retransmis. Etc. Chacune de ces mises en relation binaires mériterait sa propre réflexion critique, sans omettre le niveau supplémentaire de leurs interactions dynamiques.
Par là, le regard effectue-t-il une expérience renversante? Franchement non. Cela particulièrement ce lundi 21 octobre où la performance fut contrariée sur le plan technique. Rien qui rappelât l'incisif éclat des précédents:
Icône (usant d'une prothèse de bras pour plonger le spectateur dans l'illusion consentie du mouvement), ou bien
Chants des regards pour quatorze points de vue, qui l'ensorcelait en conjuguant l'extrême proximité et l'intermittence de la perception du geste. Il faudrait surtout appréhender ce
Solipsisme III, ainsi que le chiffre l'indique, comme séquence expérimentale intégrée à un parcours plus global.
Ainsi retrouve-t-on, chez le chorégraphe Marc Vincent, une radicalité farouche dans l'approfondissement de son lien déjà ancien à la danse américaine. Précisément la performance interrogeant les fondamentaux de l'espace et du regard. Il y a des fidélités qui ne trompent pas, et qui relativisent sévèrement la portée de l'esprit de découverte prétendument à l'œuvre dans certaines des démarches actuellement en vogue.
Mais surtout ses expérimentations démontrent de façon cinglante qu'une mise en crise de la problématique du regard -ce noyau premier de toute question de représentation– ne se fait que plus cohérente en s'en tenant à des moyens minimaux, quand de plus branchés croient nécessaire de mettre à tout coup en branle des batteries de logiciels, et déployer des murs d'écrans.
Date de publication : 23/10/2002
Inséré le : 22/10/2002 00:00
Thèmes : arts plastiques, danse, performance, vidéo,