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A vos pinceaux!

Dernières nouvelles des Beaux-arts de Nîmes

Chapeau : Alors que la rentrée a eu lieu, et que le nouveau directeur, Dominique Gutherz, a pris ses fonctions avec d'inquiétantes déclarations, la situation s'enlise aux Beaux-arts de Nîmes. Le syndicat Sud annonce son intention d'attaquer la municipalité nîmoise devant le tribunal administratif.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Apparence :

Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
Jean-Jacques AILLAGON ministre de la culture

Texte : Alors que les étudiants à l'Ecole des beaux-arts de Nîmes viennent d'y effectuer la rentrée, ils auront pu apprécier d'emblée ce qui les attend avec le peintre Dominique Gutherz, placé par la municipalité nîmoise à la direction de l'Ecole en remplacement de René Denizot, brutalement «remercié» en même temps que plusieurs enseignants.
Dans un entretien avec le quotidien local la Marseillaise, Dominique Gutherz qualifie l'Ecole des beaux-arts de Nîmes (pourtant taxée «d'école pilote» par la Délégation aux Arts plastiques du ministère de la Culture) de «trop repliée sur elle-même dans son ghetto de l'art contemporain », dénonçant le «conformisme de l'avant-garde à tout prix» et «un certain totalitarisme artistique qui régnait dans l'école dans la mesure où les étudiants étaient relativement découragés de peindre». Continuant, dans un registre qui ne surprendrait pas dans une feuille d'extrême-droite, Dominique Gutherz donne une définition pour le moins surprenante de la modernité: «retrouver l'innocence première (...), un regard pur sur le monde».
Dominique Gutherz, peintre obsessionnel («Cela fait des années et des années que je peins des portraits et des compositions avec ma femme, elle est le centre de ma peinture») annonce en toute logique la couleur qu'il compte imprimer à l'Ecole des beaux-arts de Nîmes: «la seule chose que je voudrais faire, c'est rétablir les enseignants essentiels que sont la peinture, la gravure, la sculpture, qui étaient en réelle perte à l'école. (...) Il n'y a pas que les pratiques contemporaines et les technologies nouvelles qui doivent régner dans une école». Dominique Gutherz annonce encore son intention de «rétablir des cours d'histoire de l'art plutôt classiques» et «d'ouvrir les portes [de l'école] aux artistes de la région».
Sans même attendre de possibles réactions des étudiants, confrontés à un projet de formation qui n'est pas celui qu'ils avaient choisi, la municipalité nîmoise a cependant du souci à se faire. En effet, le syndicat Sud a décidé de saisir le tribunal administratif afin d'obtenir l'annulation des recrutements effectués: «L'argument présenté pour justifier les licenciements intervenus à l'Ecole supérieure des beaux-arts selon lequel: «les contrats à durée déterminée s'achèvent un jour» est irrecevable. (...) En poste, pour certains depuis cinq années, voire plus, quatre enseignants sont remerciés, au mois d'août, en l'absence de toute cause réelle et sérieuse. En droit du travail, cela s'appelle un licenciement abusif. En droit administratif, même si la situation est plus complexe, il s'agit d'un détournement de procédure, caractéristique de l'excès de pouvoir.
En effet, d'une manière générale, la ville ne peut recourir à des contractuels pour pourvoir des emplois permanents. Les recrutements qu'elle vient d'effectuer sont donc parfaitement illégaux d'autant qu'ils interviennent sur des postes préalablement occupés par des professeurs remplissant les conditions requises pour bénéficier des mesures mises en place par la loi dite «loi Sapin» relative à la résorption de la précarité. Ces derniers bénéficiaient du droit à prorogation de leurs contrats jusqu'au terme de l'application de la loi, soit jusqu'en 2006. Le soi-disant non renouvellement de leur contrat intervient donc en violation de leurs droits et équivaut, en réalité, à un licenciement de fait.
Au-delà, nous tenons à exprimer notre inquiétude devant des décisions qui semblent ignorer le caractère spécifique, au sein du service municipal, de l'École supérieure des beaux-arts de Nîmes. Sa mission première, faut-il le rappeler, consiste à dispenser une formation supérieure sanctionnée par des diplômes dont la validation universitaire est étendue à l'espace européen, le DNAP (3 ans) équivalent licence et le DNSEP (5 ans) équivalent DEA ou mastère.
À ce titre, elle est bien évidemment placée sous la tutelle du Ministère de la culture qui en définit les contenus pédagogiques et valide leur mise en oeuvre, conformément à la loi du 6 janvier 1988 et aux dispositifs réglementaires pris pour son application par les autorités nationales de l'Etat. C'est donc dans ce cadre défini, même si sa souplesse permet à chaque école des expérimentations pédagogiques, que les enseignants des écoles des beaux-arts exercent leur mission et non au gré de leur fantaisie, de leur choix artistiques, de la couleur de la municipalité en place ou pourquoi pas, de l'âge du capitaine!
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A ce jour, et dans l'attente d'une entrevue que le maire de Nîmes, Jean-Paul Fournier, devait avoir à la mi-novembre avec le ministre de la Culture, la municipalité nîmoise continue de faire profil bas. Jean-Jacques Aillagon, lui, n'en pense toujours rien. Plus de deux mois après le début de cette affaire, le ministre de la Culture n'a toujours rien dit. Entre la peur de fâcher un ami de Jacques Chirac et le désaveu de la Délégation des Arts plastiques qui est sous son autorité, le ministre semble avoir choisi son camp. Instructif, non?


Date de publication : 23/10/2002


Mots-clés : enseignement, Nîmes, ministère de la Culture, censure, liberté
Inséré le : 24/10/2002 00:00
Thèmes : politique, politique générale, politiques culturelles, arts plastiques,