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Vera Icona
Icona le barbare ou La double vie de Véronique
Chapeau : En parallèle avec la retrospective consacrée à Fellini, le Jeu de Paume accueille Francesco Vezzoli, plasticien, et Tris Vonna-Michell, conteur et performer, jusqu’au 17 janvier. Ces deux artistes sont réunis par une même envie de mettre en jeu le réel au travers de la fiction, d’interroger l’histoire, qu’elle porte un grand H ou signifie le récit.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu (Mots-clés : )
Genre Ressource : compte rendu
Genre Agenda : arts visuels
Apparence :
Rubrique : 2009
Rubrique : Espace critique
Francesco Vezzoli artiste plasticien
Tris Vonna-Michell artiste multimédia
Katia Feltrin rédacteur
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du 20/10/2009 00:00 au 17/01/2010 00:00
Salle : Jeu de Paume
1, place de la Concorde
01 47 03 12 50
Accès par le jardin des Tuileries, escaliers côté rue de Rivoli.
Accès aux personnes handicapées, par l'entrée principale place de la Concorde.
HORAIRES
Mardi (nocturne) : 12h à 21h
Mercredi à vendredi : 12h à 19h
Samedi et dimanche : 10h à 19h
Fermeture le lundi
Fermeture des caisses 30 minutes avant la fermeture du bâtiment
Fermeture des salles 5 minutes avant la fermeture du bâtiment
Fermeture le 25 décembre, le 1er janvier et le 1er mai
FERMETURE EXCEPTIONNELLE À 18 HEURES LES MERCREDIS 24 ET 31 DÉCEMBRE
Paris 75008 France (Ile-de-France)
Texte : Surfant sur la vague fellinienne, Francesco Vezzoli interroge la faculté de forger de nouveaux concepts iconiques et scrute, non sans mélancolie, le métabolisme mutant du mythe féminin.
Rappellant le décor feutré des salles de cinéma, la salle-écrin du fond renferme trois diptyques sur des caissons lumineux parodiant à leur droite une icône de l’art ancien. C’est une star contemporaine hollywoodienne, la Latino-Américaine Eva Mendès, qui donne le change à Sainte Thérèse dans
From the Ecstasy of santa Teresa to Eva Mendes (2009), à une Vénus antique dans
From the birth of Venus Ludovisi to Eva Mendes (2009), ou à celle de Canova.
A l’opposé du film
Les Avatars de Vénus de Jean-Jacques Lebel (2007, exposé dans
Soulèvements à la Maison Rouge, à Paris) – un morphing sans fin d’icônes féminines de l’Antiquité à nos jours – l’icône de Vezzoli est unique et statique. Posée sur son socle de miroir tournant, la star est réduite à l’état bidimensionnel d’une photo noir et blanc aplatie, telle une icône écrasée issue d’un Tex Avery.
Claudia Schieffer, la muse du shampooing L’Oréal, inoubliable dans son mouvement capillaire, semble elle aussi être la cible du spot publicitaire annonçant l’exposition censée sur le cartel ne pas avoir lieu, mais qui se déploie tout de même sous nos yeux.
Le trouble, créé par de cette ambiguïté entre l’énoncé d’une assertion confrontée à une réalité qui le dénonce, est largement développée au sous-sol dans la vidéo
Right You Are (If You Think You Are), une adaptation de la pièce de Pirandello
A chacun sa vérité (1917) que l’artiste a réalisée au Musée Guggenheim de New York pour Performa 2007.
Conçue autour de la muse fellinienne Anita Ekberg, cette pièce met en scène dix personnages en quête de vérité. Monsieur Ponza attise la suspicion des villageois. Il est amené à confronter sa réalité à celle de sa belle-mère Madame Frola : les deux se contredisant. La belle-mère affirme la folie de son gendre, lorsque celui-ci dénonce l'illusion de la première. Ne sachant qui croire, les villageois cherchent à déceler une faille dans leur discours. N’y parvenant pas, l’icône de la Dolce Vita est invitée à trancher entre les assertions de Monsieur Ponza et de Madame Frola.
Or, cette dernière affirme que la vérité c’est qu’il n’y en a pas, qu’elle n’est chez aucune de ces deux personnes, mais pourtant chez les deux à la fois, nous laissant ainsi pantois dans ce que Lacan qualifiait de
« vel aliénant » : une sorte de « ni l’un ni l’autre » évoquant l’intersection de deux ensembles qui se chevauchent, mais dont l’apparente fusion s’avère chimérique.
Récit discursif du « vel aliénant »Enclin également au
« vel aliénant », le « conteur » britannique Tris Vonna-Michell développe visuellement et vocalement des narrations étranges et incompréhensibles.
Pretextant une recherche poussée sur un poète français récemment disparu (2008), le dactylo-poète sonore Henri Chopin, Tris Donna-Michell scénographie son récit en nouant des liens extravagants entre des images et des objets disparates.
Photographe de formation, le conteur s’aide d’un projecteur diapo pour improviser son récit à partir d’images qu’il a, dit-il, toujours gardées
« sans savoir pourquoi ».
Même si sa recherche autour de son sujet semble documentaire, l’artiste présente le fruit de sa collecte avec une telle extravagance, qu’il semble impossible d’en déduire une quelconque source de véracité.
Tout comme Robert E. Howard, inventeur de Conan le barbare (1932), disait qu'il écrivait les histoires de Conan comme un aventurier les raconterait, c’est-à-dire dans le désordre le plus total, Tris, en désorganisant son discours, propulse son récit grâce au couple verbal/pictural (détails d’œufs de caille, gros plans énigmatiques de rebuts, feuille morte sur fond blanc…), qui rejoint étrangement la méthodologie du couple phrase/rêve développée récemment par Xavier Person dans son dernier livre
Extravague. Des blocs de phrases s’y renvoient les uns aux autres produisant une dramatisation insensée et légère :
« Trouver du sens alourdit l’intuition du dormeur, écrit-il, si de rien alors nul ne répond à l’instant de franchir, pauvre perchiste, quelque chose de plus impalpable. »(1)
En filigrane, Tris produit une narration abstraite :
« Mais en réalité, il s’agissait plus d’un récit de la forme ». Les photographies
« fonctionnaient plutôt comme les images abstraites d’un voyage […] Ce “sans raison particulière”. » (2) Agencé de la sorte, le vrai et le vérifiable s’onirisent dans les cîmes aériennes du non-sens :
« Paradoxalement, explique l’artiste,
c’est l’interprétation erronée des éléments d’information et la confusion que cela engendre qui donnent vie au tout. »(3) Ainsi, le récit de Tris Vonna-Michell révèle autant qu’il dissimule, construit autant qu’il déconstruit. Basée sur la structure de l’oralité, sa forme plastique n’est jamais fixe. L’oralité ne regarde pas derrière elle, mais avance
« sans raison apparente ».
Dans l’épopée du rêve, c’est la
gradiva, celle qui marche, ou la servante d’Aby Warbung, faille et figure païenne de la
Vie de Saint Jean-Baptiste de Ghirlandaio, qui met en tension l’image, donne sa continuité au récit, au voyageur aventurier en quête d’une représentation
« sans raison particulière ». L’icône dans le rhéume du fantasme avance, se forme et se déforme, s’improvise dans l’éternel retour de son non-sens.
Etait barbare celui qui au lieu de parler grec — de posséder le
logos, le Verbe incarné de la
vera Icona – bredouillait un babil inintelligible, une sorte d’onomatopée. Ici, de l’onomatopée verbale et visuelle. Le babil du rêve ou bien de l’art von Tris ?
(1)
Xavier Person Extravague,
Bordeaux, éditions Le Bleu du Ciel, 2009.(2)
Tris Vonna-Michell, Finding Chopin Endnotes 2005-2009,
Paris, éditions du Jeu de Paume, 2009.(3)
Op. cit.Francesco Vezzoli,
A chacun sa vérité, et Tris Vonna-Michell,
Finding Chopin Endnotes, 2005-2009, du 20 octobre au 17 janvier au Jeu de Paume.
Crédits photos :
Une :
Tris Vonna-Michell
Prologue 1 : Altermodern
Performance à la Tate Triennial 2009,
avril 2009, Tate Britain, Londres
Tris Vonna-Michell
Courtesy Jan Mot, Bruxelles
Photographie : Richard Eaton
© Tris Vonna-Michell
Article :
Wasteful Illuminations
2009
Tris Vonna-Michell
Vue de l’installation, issue de l’œuvre Wasteful Illuminations, 2008 – en cours,
The Front Room, Contemporary Art Museum St. Louis, 24 mars – 5 avril 2009.
Photographie : Nicole Stevens
Courtesy T293, Naples
© Tris Vonna-Michell
Date de publication : 29/11/2009
Mots-clés : performance, art du conte, nouveau média, célébrités, fellini, la dolce vita
Inséré le : 29/11/2009 13:44
Le site du jeu de paume -
http://www.jeudepaume.org/
Thèmes : arts visuels,