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Une archive en chantier
Jean-Marie Straub et Danièle Huillet à Anvers
Chapeau : Le centre d’art anversois ExtraCity propose une exposition consacrée au travail des cinéastes Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, remarquable non seulement parce que chaque occasion de voir ces films est un évènement en soi, mais aussi parce qu’elle échappe aux nombreux travers des expositions consacrées au cinéma.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : exposition (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Genre Agenda : cinéma
Apparence :
Rubrique : Le Vrac
Florent DELVAL rédacteur
Danièle HUILLET cinéaste
Jean-Marie STRAUB cinéaste
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du 13/11/2009 00:00 au 20/12/2009 00:00
Salle : Extra City
Tulpstraat 79, BE-2060 Antwerp
Texte : Dans la première salle de l’espace bétonné d’ExtraCity à Anvers, Chantal Akerman revient en quelques phrases sur son parcours artistique. Lorsque le public ou les modérateurs lui posent des questions, elle s’efforce de répondre de la manière la plus pragmatique et terre-à-terre possible. Si l’on évoque son travail de l’espace dans son film
Jeanne Dielman, qui vient juste d’être projeté, elle répond qu’elle filme simplement à sa hauteur, au niveau de ses yeux. Elle plaisante. Si elle démystifie ainsi le cadrage, si elle instaure une distance matérielle entre le spectateur et le personnage, c’est parce que le deuxième commandement condamne l’idolâtrie.
Un instant on aurait pu croire qu’il s’agissait d’une allusion directe au
Moïse et Aaron de Straub et Huillet à qui le centre d’art consacre une exposition… Toutefois, elle semble n’avoir que peu d’affinités avec l’½uvre de Straub et Huillet. Bizarrement, elle ne voit pas ce qui la relie à ceux qu’elle taxe de puristes et d’amateurs de grande culture européenne.
Si l’exposition proposée par Annett Busch et Florian Schneider a un but précis à atteindre, ce serait sans nul doute celui de faire la peau à ces préjugés tenaces qui, s’ils ne viennent pas de nulle part, tendent à enfermer dans une caricature théoriciste ceux qui, pendant toute une vie, ont réalisé un travail d’artisans.
Straub et Huillet, c’est un peu Jeanne Dielman : les gestes quotidiens des cinéastes derrière leur objectif ou devant leur banc de montage ont la même exigence et paradoxalement la même modestie que ceux de cette femme au foyer. D’où de nombreux malentendus, notamment à cause de leur rejet de certains formats et la règle absolue de n’utiliser un outil qu’à condition de le maîtriser totalement, que ce soit le 35 mm ou la diction classique. Depuis peu, Jean-Marie Straub, maintenant en solo depuis la mort de Danièle Huillet, travaille en vidéo. Il lui aura fallu ce temps pour maîtriser cet outil sur lequel certains se sont précipités (Godard le premier).
Pour preuve de leur incroyable savoir-faire artisanal, Straub et Huillet sont sans doute les seuls cinéastes au monde à n’avoir pas de copie de leur film. La reproduction en film étant inabordable pour des cinéastes peu commerciaux, ils se sont vus parfois contraints de présenter trois versions différentes, montées à partir de trois séries de prises différentes. Ce sont donc à chaque fois des originaux légèrement différents entre eux qui sont projetés et qui se dégradent à chacune de ces rares occasions.
Ce simple aspect de leur travail pose des questions inédites dans la conservation cinématographique et ouvre un chantier gigantesque pour les années à venir. Lancer de telles entreprises, c‘est l’un des enjeux de cette exposition si particulière qui évite le côté mortifère de la plupart de celles consacrées au cinéma (ou à la musique).
En effet, ici, il ne s’agit pas tant d’accrocher des artefacts, photos de tournages ou affiches (même si l’exposition se plie un tant soit peu à la règle du jeu), que de créer un contexte favorable à la recherche et générant du désir. Il s’agit donc à la fois d’un cinéclub qui susciterait des vocations que d’un lieu de débat, à l’image de cette vidéo de la télévision allemande où Straub et Huillet s’entretiennent avec Harun Farocki. Une simple visite est forcement déceptive, c’est un lieu à pratiquer et à travailler.
Cette exposition/atelier, dont la programmation et le contenu évoluent de jour en jour (en fonction de la disponibilité des négatifs mais aussi des rencontres etc…), est construite comme une architecture mentale. L’espace est divisé en cinq et chaque section, appelée studio, organise différemment débats, projection et documents en évitant habillement les regroupements trop clairement thématiques. Ainsi,
Of A People Who Are Missing est un événement exceptionnel non seulement parce qu’il est au service d’une ½uvre à part mais aussi parce qu’il s’agit d’une proposition curatoriale sans comparaison qui pourrait inspirer d’autres expositions, dans d’autres contextes.
(Notons que le site consacré à l’exposition mérite aussi le coup d’½il. Il propose en effet des enregistrements des interventions, des transcriptions des films etc…)> Of A People Who Are Missing, du 13 novembre au 20 décembre, à ExtraCity, Anvers.
Date de publication : 01/12/2009
Mots-clés : cinéma, straub, huillet, anvers, extra city, belgique, exposition
Inséré le : 01/12/2009 10:32
le site d'extra city -
http://www.extracity.org/
Thèmes : cinéma, exposition,