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Postures d’écoute
Exposer le son
Chapeau : Avec 23’17’’, exposition en forme de « concert » proposée à Mains d’¼uvres, les artistes Dominique Blais, Pascal Broccolichi, Dominique Petitgand et Jérôme Poret ont voulu réfléchir ensemble aux modalités possibles d’une exposition collective d’installations sonores. Extraits de leurs réflexions croisées.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : entretien (Mots-clés : )
Genre Ressource : entretien
Genre Agenda : arts visuels
Apparence :
Rubrique : 53
BROCCOLICHI PASCAL artiste
Dominique Blais artiste
Jerome PORET artiste
Dominique Petitgrand artiste
Isabelle Le Normand rédacteur
Annabelle Rioux rédacteur
Kerwin Rolland rédacteur
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Texte : Avec sa pièce
Sound of Ice Melting (1970), dans laquelle des micros enregistrent le son de deux blocs de glace en train de fondre, l’artiste Paul Kos pose les questions de l’invisible et de l’inaudible, deux notions importantes dans votre pratique.
Comment les envisagez-vous dans votre travail, et plus précisément dans l’½uvre que vous présentez dans l’exposition 23’17’’ ?
Dominique Petitgand : « Les personnes que j’enregistre restent invisibles ; pire, elles sont anonymes. Tout ce que l’on entend dans mes installations sonores est caché, et provient d’enregistrements qui renvoient toujours, même pour le plus petit fragment, à un autre lieu, à un autre temps. L’essentiel de ce qui se dit et se manifeste (les corps absents des protagonistes, les espaces évoqués) reste invisible à tout visiteur, ce qu’il entend lui échappe. Pour qu’il y ait récit, il faut qu’il y ait un écart : écart spatial ou écart temporel. C’est cette distance qui permet le récit. Mais ce que le visiteur voit, dans mes installations, c’est toujours un espace vide avec des haut-parleurs. Je souhaite rarement cacher les haut-parleurs, par contre, je recherche toujours une certaine forme de neutralité, de façon à ce que le matériel s’efface assez rapidement, qu’il reste visible certes, mais puisse se faire oublier. Pour être plus précis, je dirais qu’un haut-parleur reste invisible tant que l’on ne l’a pas réellement regardé, qu’on ne se soit approché de lui et qu’on l’ait authentifié comme l’une des sources de ce que l’on entend. Il y a une multitude de degrés dans cette approche, de l’invisibilité des sources à leur reconnaissance. Et cette reconnaissance peut permettre à l’auditeur de commencer à comprendre la structure de ce qu’il entend, à prendre conscience de telle localisation, telle perspective, tels plans sonores. Le son a également une relation naturelle avec l’inaudible, comme le plein avec le vide. Les silences, si présents dans mes récits, sont une figure de l’inaudible. Les trous, les absences, les manques. Il s’agit pour moi, pour chaque pièce, de mettre en forme ce principe : l’essentiel (l’essentiel de l’histoire, comme on dit : le n½ud du problème) manque et se manifeste dans les creux. Ce sont ces creux qui font tenir ensemble les fragments sonores, qui font sonner chaque voix, chaque bruit, qui font s’épanouir chaque acoustique, chaque réverbération. Ces vides qui sont la place de l’auditeur, un temps pour sa pensée et un espace pour se mouvoir. Enregistrer un bloc de glace en train de fondre, c’est aussi faire ce constat que quelque chose (de fondamental ou d’accessoire) échappera toujours à toute captation. Tout une partie de ce qui existe sur terre et dans nos vies ne pourra jamais être pris en compte par un enregistrement. C’est le mouvement qui rend audible un objet ou un corps, et le monde est en grande partie rempli de choses inertes. Je dois travailler aussi avec ces absences.
Date de publication : 04/12/2009
Mots-clés : expositon, plastique du son, sonorisation
Inséré le : 04/12/2009 16:29
Thèmes : arts visuels,