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Minimalisme sentimental
Entretien avec celui qui collectionnait les coeurs.
Chapeau : Lorsque nous avons rencontré Christian Boltanski l’hiver dernier, il n’avait qu’une vague idée de ce qu’il présenterait au Grand Palais, dans le cadre de Monumenta, début 2010. Cela n’a pas empêché l’artiste de revenir sur les obsessions – la mort et la mémoire, la vie et l’art, la paresse et la liberté – qui irrigueront sans doute cette prochaine machine éphémère.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : entretien (Mots-clés : )
Genre Ressource : entretien
Genre Agenda : arts visuels
Apparence :
Rubrique : 53
Christian BOLTANSKI artiste visuel
Valérie Da Costa et David Samson, avec Guillaume Gesvret rédacteur
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Texte : Christian Boltanski est né en 1944. Il vit et travaille à Paris. Son travail, qui a fait l’objet de nombreuses expositions personnelles, a été récemment montré à La Maison rouge-Fondation Antoine de Galbert (Paris) en 2008 avec son projet
Les Archives du c½ur. Il sera l’artiste invité de Monumenta au Grand Palais en 2010.
Lors du dernier Festival d’Automne, vous présentiez une pièce dans laquelle vous proposiez aux visiteurs d’enregistrer les battements de leur c½ur : ces Archives du c½ur seront ensuite stockées sur une île dans la Mer du Japon, qui pourra accueillir des visiteurs…« Les
Archives du c½ur rentrent dans un type d’activité que je pratique depuis très longtemps. Collectionner des c½urs, des images anonymes ou des noms (comme
Les Abonnés du téléphone, la pièce avec les annuaires qui se trouve au musée d’art moderne de la Ville de Paris, par exemple), c’est pareil. J’ai de toute façon très peu d’idées, malheureusement. Les choses sont toujours à peu près les mêmes… En ce moment, j’ai plusieurs projets un peu du même genre, avec lesquels je m’amuse à construire des fictions qui soient des réalités. Car
Les Archives du c½ur, c’est comme le début d’une nouvelle :
“Il y a une île dans la Mer du Japon où battent des milliers de c½urs…” Mais en même temps, si c’était seulement une nouvelle, ce serait du sous-Borges minable. Là, les travaux sont en cours, le lieu devrait ouvrir en 2011. Je trouve bien que ces fictions soient vraiment quelque chose. Dans le même ordre d’idée, j’ai en ce moment un autre projet amusant. Un milliardaire qui a construit une fondation en Tasmanie était venu à Paris pour m’acheter des ½uvres. Je lui ai dit que lui vendre une ½uvre ne m’intéressait pas tellement, mais que j’avais envie de travailler avec lui parce que c’est un homme qui a battu le hasard (il a gagné toute sa fortune au jeu), et il est rare de rencontrer quelqu’un qui est plus fort que le hasard. Nous avons donc conclu un accord : je lui vends ma vie en viager. C’est-à-dire que dans cet atelier où je vous parle, il y aura, comme dans
Loft Story, des caméras, qui retransmettront en direct tout ce qui se passe ici, jour et nuit, dans une caverne en Tasmanie. On gardera les bandes et on ne pourra s’en servir qu’après ma mort. En revanche, la caverne sera visitable. La Tasmanie est loin, je risque peu de chose, mais si on y va, on peut me voir me mettre les doigts dans le nez ou essayer de faire quelque chose… Ce qui m’amuse, c’est le fait de lui vendre ça en viager, moyennant une somme qu’il me verse chaque mois, et que nous avons fixée à huit ans de ma vie. Si je meurs dans deux ans, il est gagnant. Si c’est dans dix ans, il est perdant. C’est comme de jouer avec le diable, ça m’amuse.
Date de publication : 08/12/2009
Mots-clés : boltanski, arts visuels, transmission, beaux arts
Inséré le : 08/12/2009 16:09