Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
« Merce-Art Forever »
Manifeste
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : portrait (Mots-clés : )
Genre Ressource : portrait
Genre Agenda : danse
Apparence :
Merce CUNNINGHAM chorégraphe
Foofwa d'Imobilité rédacteur
Texte : En tant qu’ancien danseur de la Merce Cunningham Dance Company (MCDC), en tant que chorégraphe admirateur du travail de Merce et de John Cage, et en tant qu’amoureux de l’histoire de la danse, je lance un appel pour que le travail de Merce reste vivant dans le corps de sa danse et non seulement dans les poussières et ruines des archives terpsichoriennes. Et je désire, par le présent manifeste, défendre la continuité des énergies entreprises par Merce lui-même.
Que se passera-t-il après la tournée de deux ans célébrant Merce si la MCDC est dissoute ? Que décideront les quatre dirigeants du Cunningham Trust à propos du sort du Studio (CDS), le seul endroit référence de l’enseignement de la technique Cunningham ? L’idée d’une tournée de deux ans célébrant Merce et les derniers danseurs entraînés par lui directement me réjouit. Cependant un grand flou entoure le Living Legacy Plan, ce document écrit par Merce et la Cunningham Dance Foundation (CDF). Comme sa technique et ses chorégraphies, le Plan reste sujet à interprétation et diverses voix contradictoires s’élèvent déjà.
1. Comment imaginer que l’un des plus grands ré-inventeurs de la danse au XXe siècle ne soit représenté que par des compagnies de répertoire, souvent versées dans le néoclassique ? Merce aimait que son travail soit interprété par diverses compagnies, mais ces versions sont intéressantes en comparaison avec la MCDC, et non pas en tant que seules représentantes de son œuvre.
2. Appréhender toute l’étendue du travail de Merce nécessite une connaissance approfondie de sa technique. Il m’a fallu trois ans pour commencer à intégrer toutes ces spécificités, malgré mes connaissances en techniques de danse classique et moderne. Comment penser qu’il n’y ait plus de centre référence où l’on puisse apprendre la technique Cunningham si le CDS ferme dans quelques mois ou années ?
3. Parce que Merce était un innovateur et que chacune de ces pièces est un défi au spectateur, il est certain que son œuvre doit encore être « digérée ». Il est donc essentiel qu’une troupe composée de ce qui reste de plus proche de la MCDC continue à présenter ses pièces, au-delà des deux ans limite fixé par la LLP.
4. Il est important que cette compagnie s’appelle, par exemple, Cunningham Repertory Company, pour marquer sa différence avec ce qui a été la troupe composée de danseurs uniquement entraînés par le maître.
5. Merce est mort, vive Merce-art ! Il faut conscientiser cette transition d’une compagnie dirigée par un créateur vivant à une compagnie de répertoire dédiée à la revitalisation des œuvres de Merce.
6. Une compagnie de répertoire Cunningham doit mettre en relief le passé et comporte implicitement un rapport à l’histoire de la danse. Ce rapport doit être souligné et faire partie de la ligne de présentation publique
de cette nouvelle compagnie.
7. Les danseurs doivent passer du statut de danseurs-cocréateurs à celui de danseurs-étudiants-du-travail-de-Merce, des archéologues non au milieu des ruines terpsichoriques mais dans l’élan du mouvement et de l’esprit mercien.
8. Comme la structure de l’ADN doit innover lorsqu’elle se reproduit, il faut que chaque danseur garde une ouverture d’esprit au changement et à l’évolution en équilibre avec le respect des idées de Merce. Délicat équilibre : trop d’innovation et il y a mutation ; pas assez d’inspiration vitale et la danse meurt. Merce était ouvert au changement et à l’évolution des interprétations de ses pièces. Défendre ses idées c’est trouver cet équilibre pour actualiser le passé et non pas passéifier le présent.
9. Il faut avoir la sagesse de l’évidence et savoir que cela ne sera jamais « comme avant ». Cependant, j’aimerais pouvoir imaginer qu’un étudiant en danse puisse étudier la technique et voir des spectacles de Cunningham dans 200 ans. On entretient et rénove bien les peintures des maîtres du XVIIIe siècle, pourquoi pas
les danses d’un des maîtres du XXe ?
10. La technique Cunningham est une des trois techniques dites « classiques » de la danse moderne. C’est celle qui a le plus formé les danseurs contemporains et reste une référence en matière d’entraînement. Elle est indispensable à l’exécution d’une chorégraphie de Merce. Il est par conséquent essentiel que le CDS ou un centre réservé à son enseignement existe.
11. Un réseau d’anciens danseurs de Cunningham devrait se mettre en place
pour inspirer les élèves du CDS. Déjà certains d’entre nous donnent temps et énergie pour des travaux de rénovation nécessaires à l’entretien du lieu. Mais sa survie nécessite plus de coordination et d’implication de tous ceux qui ont aimé danser pour Merce et veulent partager son enseignement.
12. Défendre la survie d’un centre référence pour la technique de Merce, c’est défendre les particularités et l’unicité de cet enseignement. L’équilibre des mouvements du torse et des jambes, le rapport du corps à la gravité, l’équilibre entre mouvement et immobilité, la simplicité et la clarté du mouvement et le respect de l’individualité de chaque danseur, sont quelques-unes de ces spécificités.
13. La situation économique de la CDF et le manque de soutien public pour l’art aux Etats-Unis laissent à croire que la survie du CDS et d’une compagnie de répertoire soit impossible. Il faut dès lors imaginer que les centres de danse dans le monde mettent en place un réseau de soutien et de partenariats avec la Cunningham Trust, à tous niveaux.
Que tous ceux qui ont bénéficié de l’influence ou de la générosité de l’art de Merce
se réveillent et aident à la préservation et la survie de cette technique et de ces œuvres dans le corps de sa danse !
Foofwa d’Imobilité (foofwa@foofwa.com) est chorégraphe, il vit et travaille à Genève.
Date de publication : 10/12/2009
Mots-clés : hommage, merce cunnigham, danse contemporaine, manifeste
Inséré le : 10/12/2009 10:38
Thèmes : danse contemporaine,