Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
De l'éducation musicale
Paroles d'artistes
Chapeau : Manque d'éducation à la composition, soulignent les compositeurs Pierre Jodlovski et Franck Bedrossian ; manque d'enseignement à la direction d'orchestre, déplore François-Xavier Roth. De son côté, Laurent Bayle, à la direction de la Cité de la Musique, dénonce un retard français par rapport à l'Europe.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : propos recueillis (Mots-clés : )
Genre Ressource : dossier
Genre Agenda : musique
Apparence :
Laurent Bayle directeur de structure
Pierre Jodlovski compositeur
Jérémie SZPIRGLAS rédacteur
rect_retard.jpg ()
petit_retard.jpg ()
Texte : Composer ne s’improvise pasPierre Jodlowski (compositeur, membre du collectif éOle à Toulouse) :
« Le système français de formation des compositeurs a le défaut majeur d’être encore très centralisé. Cela confine énormément la transmission du savoir et limite le développement de nos musiques. En Allemagne, les principales villes disposent d’écoles très pointues ce qui signifie un niveau global bien meilleur. Une autre lacune majeure de notre enseignement concerne le rapport de la musique à la scène, comme espace de performance à part entière, ce qui empêche le discours contemporain de s’émanciper du cadre classique. »
Franck Bedrossian (compositeur, enseigne à l’université de Berkeley, Californie) :
« L’étude des maîtres du passé se fait à haut niveau en France. La formation de l’oreille et le rapport à la mémoire y sont un point fort selon moi. En revanche, on pourrait regretter une spécialisation à outrance et un cloisonnement de certaines disciplines (comme l’écriture et la composition) qui ne permettent pas toujours aux étudiants de faire le lien entre ces différents savoirs. C’est l’inverse dans le système américain : moins spécialisé, mais aussi moins cloisonné. »
« Un retard considérable »Laurent Bayle, directeur général de la Cité de la Musique, souligne combien la France devrait s’inspirer de ses voisins européens.
Le projet de la Cité de la Musique comprend un volet diffusion (concerts), un volet muséal, mais aussi un volet pédagogique…« Au début, la place de la fonction éducative était double. D’une part, proposer un programme intensif d’ateliers, autour de modèles de musique collective non écrite (gamelan, percussions africaines). D’autre part, la formation des formateurs. Ce dernier aspect s’est aujourd’hui fondu dans une offre plus large de conférences destinées aux adultes, qui, tout comme la médiathèque et ses outils technologiques, attirent un public toujours plus nombreux. Enfin, nous initions aujourd’hui des opérations spéciales, orientées vers la sensibilisation de nouveaux publics. On a commencé avec
Take A Bow, en collaboration avec les musiciens du London Symphony Orchestra, et on les développera davantage dans l’avenir avec l’Orchestre de Paris, avec, en toile de fond, le modèle vénézuélien
El sistema. Mis en place en 1975, financé intégralement par le gouvernement, ce dispositif concernerait aujourd’hui 200 000 à 300 000 jeunes réunis au sein de phalanges orchestrales. Ce modèle n’est évidemment pas transposable tel quel (au Venezuela, il se substitue souvent au système scolaire – les temps de répétition sont donc très importants, et le niveau atteint, très impressionnant), mais certains aspects méritent d’être expérimentés chez nous. La question de la formation des musiciens-formateurs est cruciale dans ce genre de projet, et nous avons un retard considérable sur nos voisins européens.
A quoi attribuez-vous ce retard ?« D’abord, la France n’est pas un pays très musicien – la musique est peu présente dans le dispositif éducatif. Ensuite, le modèle économique est tout à fait différent chez nous. En Angleterre, pour toucher 100 % de son salaire, un musicien d’orchestre doit consacrer une partie de son temps aux activités pédagogiques. En France, on reste dans une perception plus traditionnelle du métier. Faire du musicien non seulement un interprète, mais un transmetteur du savoir musical, c’est bouleverser le statut du musicien dans la société. Enfin, jusqu’à récemment, les responsables du monde musical français se concentraient sur la transmission de l’œuvre elle-même – tout l’appareil pédagogique qui l’entourait était un faire-valoir, un supplément. Cette stratégie n’a finalement eu pour effet que la reproduction du public au sein de classes sociales homogènes. Les esprits ont mis beaucoup de temps à évoluer, mais l’outil qu’est la Cité de la Musique témoigne justement de ce revirement.
Les esprits ont-ils aussi évolué quant à la formation de nos musiciens professionnels ?« Des progrès considérables se sont opérés dans le secteur. Le dispositif français est aujourd’hui internationalement reconnu – en témoigne le nombre d’étudiants étrangers qu’il attire. Depuis bien longtemps, une des grandes qualités de ce système est son aspect démocratique – les frais d’entrée sont normaux, voire faibles par rapport à nos voisins européens ou américains. Naturellement, cela implique des moyens financiers plus modestes, donc des professeurs moins bien payés qu’ailleurs et l’impossibilité d’inviter des intervenants extérieurs aussi souvent qu’à la Juilliard School de New York, par exemple. On constate au passage une certaine réticence face à ce que ce modèle anglo-saxon pourrait offrir : le système est encore très lié au professeur – auquel les élèves “appartiennent” – et manque de fluidité. Certains programmes sont encore rigides et nous avons toujours de grandes difficultés à introduire des formes nouvelles – chant populaire, musiques improvisées ou cultures non européennes. »
L’enfance d’un chefC’est une évidence : on manque de classes de direction dans les conservatoires. Si les classes des CNSM offrent une excellente formation – et une possibilité de se frotter à un orchestre composé d’élèves du conservatoire –, il n’existe rien ou presque pour ceux qui n’ont pas la chance ou le désir d’y entrer, à part la célèbre classe de Nicolas Brochot à l’Ecole nationale de musique d’Evry. Une formation académique n’est certes pas indispensable : certains instrumentistes d’orchestre intéressés par la direction se forment sur le tas, développant leur gestique personnelle en observant les chefs qui les dirigent et prenant quelques conseils supplémentaires auprès de pédagogues réputés.
« Mais au manque de classes s’en ajoute un autre, dit François-Xavier Roth : le manque d’orchestres (amateurs ou de conservatoires) d’un niveau suffisant, et susceptibles d’être dirigés par des apprentis chefs. Or la pratique est indispensable. La direction ne se travaille pas seulement en solitaire, sur table, mais surtout face à l’orchestre. » Pour affiner leur technique et se confronter aux réalités du métier, les opportunités sont donc rares, sauf à remplacer un chef au pied levé…
Crédits photos :
Images extraites de
Magical World, vidéo (2005) de Joanna Billing réalisée dans une école de musique à Zagreb. Courtesy de l'artiste et Hollybush Gardens, Londres.
Date de publication : 14/12/2009
Mots-clés : éducation, musique, transmission, improvovisation, solfège
Inséré le : 14/12/2009 16:17