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Transat embarque pour quatre jours
L’association caennaise Transat Vidéo fête ses 15 ans
Chapeau : L’association caennaise de diffusion de l’art vidéo, une des plus réputées du genre, Transat Vidéo, fête ses 15 ans cette semaine, avec un programme de projections, spectacles et rencontres à l’image de leurs multiples activités. L’occasion de revenir sur ces structures singulières qui évoluent en marge de l’institution culturelle, intermédiaires nécessaires et fins connaisseurs.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Genre Agenda : arts visuels
Apparence :
Rubrique : 2009
Transat Vidéo association
Eric Vautrin rédacteur
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du 15/12/2009 00:00 au 20/12/2009 00:00
Caen 14 000 France (Nord-Ouest)
Texte : Au troisième étage avec ascenseur d’un immeuble de Caen, trois bureaux, l’un aux murs couverts de livres et d’archives diverses, l’autre bourré à craquer de DVD, la salle de bains bricolée pour une popote sommaire. C’est là qu’officient Luc Brou, Tiphaine Guyon et Brent Klinkum, les trois membres de l’association Transat Vidéo. Ils n’ont pas pignon sur rue, mais depuis 15 ans ils mènent ainsi une sorte d’activité parallèle, relevant d’une économie occulte de l’art – ce qui tient davantage à leur objet d’intérêt et à ses circonstances institutionnelles qu’à leur plaisir de la marge. Ils défendent, présentent, représentent la création vidéo en France. Ils fêtent ça cette semaine, et cela fleure le bon plaisir.
D’habitude, ils sont plutôt discrets. Leur logo orne les affiches de nombreuses manifestations culturelles normandes et françaises. Sans lieu fixe, ils participent et proposent, conseillent et prennent en charge des pans de programmation vidéo dans les contextes les plus variés, et leur semaine anniversaire est à l’image de leurs activités. Ils avaient préparé le terrain cet automne en proposant trois séries d’expositions, dans lesquelles ils opposaient deux artistes, leurs façons et leurs regards (expositions
3fois2 au Pavillon de Normandie : Françoise Bérot et Katia Kameli, Christophe Bouder et Thomas Kvam, Adrian Paci et Lorena Zilleruelo). Mardi 15 décembre, ils proposent au Cinéma Lux le célèbre
Chelsea Girls de Warhol, sommet de l’art pop versant cinéma, traversée intense et jouissive dans l’ambiance délurée des sixties, et le film sera visible dans ses conditions originales de projection, en double écran. Puis, de mercredi à dimanche, Transat s’installe dans les nouveaux locaux de l’école des arts et médias de Caen, pour des projections, des rencontres et des installations. Le mercredi, on verra s’exprimer leur côté « rencontre de c½ur et d’esprit », à travers une invitation à la cinéaste, documentariste et écrivain Danielle Arbid. Elle présentera deux ½uvres à la frontière du documentaire et de l’essai vidéo,
Conversation de salon et
This smell of sex, deux films intimistes dans lesquels hommes et de femmes se racontent, au Moyen-Orient ; dans le premier, des femmes de la bourgeoisie libanaise, bavardant de tout et de rien, des tristesses et des joies dans la retraire protégée d’un salon, dans l’autre des anonymes décrivant librement leur vie sexuelle, jouant avec la langue arabe pour trouver les termes adéquats.
Jeudi, vendredi et samedi s’ensuit une programmation vidéo avec quelques uns des artistes que Transat suit, mêlés à des ½uvres historiques : on aura ainsi l’occasion, souvent exceptionnelle, de voir les ½uvres d’Antoine Boutet, Corinna Schnitt, Ant Farm, Mark Lewis, Carolee Shneemann ou Valérie Mréjen, entre autres. La soirée de jeudi accueillera la remarquable installation-spectacle du groupe Berlin,
Bonanza. Enfin, samedi soir, une conclusion festive de cette bouillonnante programmation avec Thibault Jehanne, Tha Trickhaz et DJ Bluff, au Cargö.
Cette programmation à la fois dense et hétéroclite, mêlant les genres et les modes de présentation de la vidéo contemporaine, est à l’image de leur métier. Organisateurs d’événements, intermédiaires entre artistes et galeries, musées, festivals ou tout autre agent culturel, l’association Transat Vidéo prend toutes les formes de l’intermédiaire. Elle intervient comme conseillère ici, maître d’½uvre là, médiatrice ailleurs – experte finalement de la chose vidéo, dans l’ensemble de ses composantes liées à sa diffusion : technique, sensibilisation et médiation auprès du public, mais aussi connaissance des esthétiques contemporaines comme des professionnels de la question. Ils peuvent compléter une programmation de festival, proposant des projections en contrepoint de la sélection officielle, aussi bien pour le Festival du film de La Rochelle que pour le festival de musique électronique Nördik Impakt, par exemple ; conseiller des galeries ou des artistes, les aider dans la production de nouvelles ½uvres à l’occasion ; servir d’intermédiaire entre des grandes galeries internationales et des événements culturels ; organiser événements, expositions ou soirées de projections régulières, notamment au cinéma Lux, pour présenter trouvailles et coups de c½ur – ce sont leurs « soirées délices ». A l’instar de
Bandits-mage à Bourges ou
Est-ce une bonne nouvelle à Paris, Transat Vidéo a ceci de singulier que ses activités ne sont pas déterminées par un lieu ou une mission, mais par un support et l’ensemble de ce qu’il implique – la vidéo – intermédiaires essentiels d’une autre économie de l’art.
Car c’est une évidence, l’art vidéo s’est largement développé depuis sa naissance récente il y a une cinquantaine d’années, notamment depuis que les outils de production, caméra et bancs de montage, sont passés au numérique et sont ainsi devenus accessibles à tout un chacun. Après la génération de pionniers à la Nam June Paik, l’art vidéo s’est constitué à la frontière entre plusieurs disciplines : les arts plastiques, qu’il retrouve lorsqu’il se pense en installation, ou lorsqu’il joue avec la matérialité de son support ou de ses images ; le cinéma expérimental, permettant les audaces formelles et narratives les plus insensées ; ou encore le documentaire, la caméra vidéo étant le stylo idéal pouvant témoigner du premier événement venu, de soi comme de l’actualité. S’il peut être produit à faible coût ou parfois nécessiter des conditions de tournage proches du cinéma, sa présentation au public prend également des formes multiples, du simple moniteur à l’installation multimédia complexe en passant par l’édition de DVD. Mais de part son apparente simplicité d’accès et son évident manque de reconnaissance comme support artistique autonome, l’art vidéo reste un terrain d’expérimentation les plus ouverts de l’art actuel, où s’inventent les futurs modes de narration, de lecture de l’image, de regards sur le passé et l’histoire, sur nos corps et ceux des autres. Ne répondant ainsi ni à un genre particulier ni à un mode de production spécifique, la vidéo a nécessité une nouvelle économie, elle aussi toujours expérimentale, c’est-à-dire précaire et empirique. C’est le prix de la création, et il faut rendre hommage à ceux qui, comme Transat Vidéo, s’y aventurent, alors même que les questions des droits – des artistes, comme du droit à l’image –, des financements ou des intermédiaires culturels comme des codes esthétiques sont profondément bousculés, discutés, incertains. Le terrain est mouvant, mais ceux-là, comme d’autres – on pense également à Lightcone < http://www.lightcone.org/ >, ou à l’éditeur Dis Voir < http://www.disvoir.com/ > – ont su, à la limite de ce que permettent les structures institutionnelles actuelles, faire de cette précarité un mélange d’engagement et d’inventivité, au plus près des pratiques artistiques, mais au prix d’un réel courage.
Il ne faudra pas manquer, à la rentrée, un autre événement proposé par
Transat dans le cadre de son 15e anniversaire : ils mettent en effet à l’affiche du Lux, le 5 janvier prochain, le troisième volet de l’½uvre géniale de Gustav Deutsch
Film ist intitulé
A Girl and a gun. Ce dernier volet, composé à partir d’images du premier demi-siècle du cinéma, sera projeté en présence du réalisateur et résonnera comme un melting-pot foisonnant d’images. On ne pouvait mieux annoncer les années à venir de Transat Vidéo, passeurs d’images et de temps.
Crédits photos :
Bonanza, spectacle/installation vidéo du collectif Berlin. Photos : DR
Date de publication : 15/12/2009
Mots-clés : transat vidéo, arts numériques, vidéo, projections, vidéastes
Inséré le : 15/12/2009 15:27
Le site de Transat Vidéo -
http://www.transatvideo.org/
Thèmes : art vidéo,