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Surfaces d'habitation
Camille Chaimowicz
Chapeau : Marc Camille Chaimowicz joue des signes extérieurs de l’air du temps. Envisageant l’exposition comme un lieu à vivre, un espace de construction de soi, et les oeuvres comme autant d’objets en transit, il invite à une traversée des apparences élégante et généreuse, entre la surface et l’intérieur.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu (Mots-clés : )
Genre Ressource : compte rendu
Genre Agenda : arts visuels
Apparence :
Rubrique : 54
Marc Camille Chaimowizc artiste
Vincent Pécoil rédacteur
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Texte : Marc Camille Chaimowicz est né à Paris après-guerre. Il partage son temps entre Londres et la Bourgogne. Parmi ses expositions récentes, on peut mentionner
Enough Tyranny Recalled, exposition inaugurale du nouvel espace rénové d’Artists Space à New York (2009),
Some Ways by Which to Live… au Frac Aquitaine, à Bordeaux (2008) ; ...
In The Cherished Company of Others… au centre d’art De Appel d’Amsterdam et au Kunstmuseum aan Zee à Ostende (2008) ;
Summer’s Song… à la Synagogue de Delme (2007),
Zürich Suite au Migros Museum de Zürich (2006),
Jean Cocteau, Norwich Gallery, à Norwich (2003), ou Partial Eclipse, une performance, au Consortium, à Dijon (2005). Il a également participé à la 5e Biennale de Berlin (2008) et à la Tate Triennal de Londres (2006).
« You cannot simply be about you I cannot simply be about me My work cannot simply be about my work Simply be? » (M. C. Chaimowicz) Au début des années 1970, les activités que privilégie Marc Camille Chaimowicz – l’installation, la performance, le travail in situ – n’avaient pas encore de nom. C’était de ce fait une façon pour lui de sortir des formes établies, et de faire sien le désir de Rauschenberg de combler le fossé entre l’art et la vie.
Celebration? Realife (1972 ; 2000 et 2002 pour les versions
« Revisited » ) était une de ces oeuvres en attente d’un nom pour désigner sa forme. Cet « environnement » occupait ce qui avait été autrefois une salle de bal, et la pièce gardait la trace de cette fonction passée, rassemblant divers éléments liés à la fête – boules à facettes, cotillons, guirlande lumineuse,
glitter. Les murs de la salle, dont les volets étaient fermés, avaient été entièrement repeints avec une peinture argentée, et l’éclairage provenait de poursuites comme au théâtre. Au sol était disposé un rassemblement hétéroclite d’objets épars : un masque, des roses, des choses ayant tout au plus une valeur sentimentale (bijoux de pacotille, boîte à bijoux en forme de coeur…).
Celebration? Realife évoquait l’univers factice du glam rock, impression renforcée par l’accompagnement sonore de la pièce (entre autres Lou Reed et David Bowie). L’œuvre portait les germes d’une attitude nouvelle, car elle impliquait que l’exposition était un événement nécessitant une présence pour fonctionner. Chaimowicz y accueillait les visiteurs en leur offrant du café et du thé, et habitait littéralement l’exposition pendant toute sa durée, accomplissant à sa manière la
réunion de l’art et de la vie (plutôt nocturne, en l’occurrence).
Art domestiqueDès le départ, son travail a manifesté un intérêt, qui ne s’est jamais démenti, pour les formes liées à l’univers domestique et au design. Vers 1975, il vivait à Approach Road, à Londres, dans un lieu géré par une
housing association mettant à la disposition des artistes des squats légaux. Ces appartements étaient censés leur procurer distinctement un lieu de travail et un logement. Chaimowicz prit le parti de confondre les deux espaces et leurs fonctions, faisant de son atelier sa résidence, et de son oeuvre un travail de décorateur, en contradiction avec les usages et l’éthique puritaine du travail qui présidaient à l’octroi de ces habitations. Pour cet appartement, il créa du papier peint, des rideaux, du mobilier, des sculptures ressemblant à des éléments d’architecture. Cet appartement était une manière de revendiquer l’espace privé comme espace de construction de soi, face à un environnement ressenti comme aliénant. Il était en partie un espace fictif, comme l’« oasis » rêvée de son livre
Café du rêve (éditions du Regard, 1985), décrite parfois comme un mirage. Cette dimension fictionnelle était renforcée par l’évocation, à travers les motifs du papier peint et le mobilier, d’un intérieur viennois ou d’une chambre d’hôtel parisien. C’est aussi le début d’un travail qui touche à des questions liées à l’individuation et au genre sexuel. En développant sur ses tissus et papiers peints un répertoire formel rappelant des fruits, des fleurs ou des parties du corps, il touchait à une sorte de tabou culturel. Pendant ses études en effet, les professeurs orientaient les meilleurs étudiants vers la peinture tandis que tout en bas de l’échelle se trouvait la céramique ; c’étaient plutôt les filles qui étaient dirigées vers les arts appliqués, et les garçons vers la sculpture ou la peinture. La remise en cause du bien-fondé de ce préjugé relatif au genre des formes artistiques est sous-jacente à son œuvre depuis cette époque, et sensible dans la gamme de couleurs généralement utilisée qui est, de ce point de vue, connotée : violet, rose, vert pâle, des couleurs pastel culturellement considérées comme « féminines ».
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Exposition personnelle jusqu’au 24 janvier à la Secession, Vienne (Autriche). Crédits photos : D. R. Courtesy de l’artiste.
Date de publication : 05/03/2010
Mots-clés : Marc Camille Chaimowicz, Lou Reed, Café du rêve, Cocteau’s Room
Inséré le : 05/03/2010 14:14
le site de Secession -
http://www.secession.at