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Recordings 05/01/09 > 17/01/09
Chapeau : Artiste complexe autant que musicien accompli, Geoff Barrow (Portishead) profitait cet automne du premier album de son trio Beak > pour rendre un hommage mutant à ses fantômes krautrock. Et poser les bases d’un projet aux contours psychédéliques intemporels.
Date : Invada/Differ-Ant
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : chronique (Mots-clés : )
Genre Ressource : édito / chronique
Genre Agenda : musique
Apparence :
Rubrique : CD de la semaine
Beak > groupe de musique
Geoff Barrow musicien
Billy Fuller musicien
Matt Williams musicien
Laurent Catala rédacteur
beakcover-_grand.jpg (titre : carre_grand_beak / )
beakcover-petit.jpg (titre : carre_petit_beak / )
Texte : Dès le titre de l’album, tout semble clair. Un disque intitulé
Recordings 05/01/09 > 17/01/09 ne peut pas avoir pour priorité de simples velléités commerciales. Qui plus est quand on retrouve, aux commandes de cet étrange appareillage de trois musiciens (dont un déclaré autiste), Geoff Barrow, la tête pensante de Portishead, dont on sait le peu de goût qu’il a pour les honneurs – lui qui, en quinze ans, n’aura pondu que trois albums à la tête de la figure de proue du trip-hop made in Bristol. Pourtant, pas de doute. On retrouve bien chez Beak > ce souci de singularité, cet esprit un poil retors qui caractérisent Geoff Barrow. Sauf que c’est ici au service d’un krautrock métronomique et introverti que la machinerie musicale est mise en branle. Machinerie musicale, le terme n’est pas trop fort pour qualifier les douze jours de sessions intensives qui sont ici condensés pour nos oreilles, laissant toute latitude exploratoire aux parties musicales pour la plupart composées directement en studio, mais aussi découpées, remontées, complétées de prises et de
re-recordings. Car ce disque n’est pas seulement une remontée temporelle par la musique qu’il transporte, il l’est aussi dans sa conception même, pied de nez insolent aux consoles numériques et autres ProTools qui régissent les productions actuelles.
Alors, ce
Recordings 05/01/09 > 17/01/09 ? Hommage évident à Can, Neu! et autres pionniers de la
kosmische musik allemande des années 1970, avec ses synthés analogiques bien en avant. Sans doute. Geoff Barrow ne démentira pas lui-même cette influence manifeste, évidente sur des morceaux comme
I Know. Mais il y a quelque chose de bien singulier qui flotte entre les morceaux. Ce soupçon mélodique évanescent, ces nappes d’harmonies douces-amères qui évoquent de manière tout aussi évidente les contours mélancoliques propres aux compositions de Geoff Barrow, des moments éthérés et troublants comme sur le magnifique
Battery Point. D’autres influences semblent d’ailleurs également convoquées aux contours de l’album : le chant, souvent mixé très en arrière mais pointant fréquemment le désenchantement obsessionnel d’un Ian Curtis (
I Know) ou les frasques vocales d’un Genesis P.Orridge (
Pill) ; et puis une certaine lourdeur, presque doom-metal sur des pièces comme
Ham Green ou sur le massif
Dundry Hill, sur lequel vacillent des cordes criardes.
D’une manière générale, ce sont les ouvertures psychédéliques qui donnent toute leur mesure au disque, irradiant littéralement sur l’intro d’
Iron Acton, chuintées et malingres comme le souffle d’un poitrinaire, greffée à une rythmique basse/batterie entêtante malgré sa simplicité, ou transparaissant de façon plus diffuse sur les modulations
noisy de
Barrow Gurney. Dans ce contexte fluctuant, certains passages dénotent un sens de la déviance assumé. Sur
Flax Bourton, un son nasillard de cornemuse s’invite dans la ronde, puisant des résonances dans les harmonies suggestives et opiacées de la
Venus In Furs du Velvet Underground. Sur
Ears Have Ears, c’est un son de guitare traçante aussi proche de Neu ! que de Derek Bailey qui laisse courir son imagination.
Incontestablement, la musique de Beak > invite au mouvement, à cette motricité musicale héritée des parrains de la
kosmische Musik. Mais à la manière des jeunots de Fuck Buttons, le groupe sait y introduire une petite dose de modernité, comme sur ce
Blagdon Lake tournoyant autour d’un gimmick musical enchanteur, ou encore sur
The Cornubia, où le chant plaintif et doucereux semble reprendre les trames dark-folk mystiques d’Om dans un contexte pop louvoyant. Un disque qui saisit par sa dynamique intemporelle, porté par un trio d’expérimentateurs hors pairs.
Date de publication : 10/03/2010
Mots-clés : krautrock, Geoff Barrow, Portishead,
Inséré le : 10/03/2010 11:40
Le site du label Invada -
http://www.invada-records.blogspot.com
le site Myspace de Beak > -
http://www.myspace.com/beak2009
Thèmes : musique,