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Un Echange de langue pour sceller « le drame de nos séparations »

Franck Dimech/ fait entendre Paul Claudel en japonais

Chapeau : Présenter devant un public européen L’Echange de Paul Claudel en langue japonaise et avec des acteurs japonais relève, a priori, du contre sens le plus total. Pourtant, Franck Dimech, en s’appuyant sur cette source d’incompréhension, exacerbe la logique interne d’une dramaturgie implacable et rend l’œuvre encore plus limpide.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : théâtre

Apparence :

Paul CLAUDEL auteur
Franck DIMECH Metteur en scène
Fred Kahn rédacteur

du 01/04/2011 00:00 au 30/04/2011 00:00
Salle : Komaba-Agora Théâtre
Tokyo




Texte : Le metteur en scène marseillais Franck Dimech travaille à la jonction de plusieurs préoccupations : un souci extrême de la langue et de sa puissance de pénétration ; un théâtre d’acteur qui s’incarne dans des corps sexués, pensants et agissants ; le besoin de se confronter à l’altérité, à cet étranger qui nous habite. Son dernier projet, L’Echange de Paul Claudel, en japonais avec des comédien de la compagnie d’Oriza Hirata, s’inscrit parfaitement dans cette perspective.
Cette adaptation n’occulte en rien la poésie fulgurante de Claudel. Certes, le texte est dit en japonais et ne laisse donc rien entendre de la prosodie toute en souplesse et en modulation de la langue originelle. Et pourtant, celle-ci résonne quand même fortement en nous, comme une réminiscence prégnante. La traduction de quelques répliques projetées sur le mur en fond de salle, nous aide à replonger dans l’incroyable musicalité de ce « quatuor désaccordé ». Et s’il serait vain de chercher des correspondances entre la langue de Claudel et sa traduction en japonais, on sent implicitement que les liens existent. Les acteurs, en s’appropriant ce verbe, participent fortement à nous transmettre un sens commun, au-delà même de la compréhension. Ils deviennent ainsi de véritable médiateurs de la signification profonde de l’œuvre. Cette pièce ne révèle-t-elle pas l’incompréhension et le malentendu qui parasitent toute relation humaine ? Les protagonistes de ce drame sont portés par des intérêts divergents. Cette séparation, malgré des attractions réciproques, sera cause de leur perte. Ici, cette incompatibilité nous est notamment signifiée par le barrage de la langue. Les protagonistes n’arrivent pas plus à se comprendre que nous ne parvenons, nous, à les comprendre. Mais alors que l’on pourrait craindre que ce manque provoque de la confusion, par la limpidité de la mise en scène, la cohérence de la direction d’acteur et l’investissement de ces mêmes acteurs, il devient au contraire la condition sine qua non pour que l’Echange advienne malgré tout. Nous sommes donc bien, face à cette interprétation japonaise, dans l’expression d’une irréductible altérité. Mais une fois cette étrangeté posée, tout nous invite à négocier avec elle.

Date de publication : 16/03/2010


Mots-clés : Dimech, Claudel, japon, Belle de Mai, tokyo, Hirata
Inséré le : 16/03/2010 10:45
le site du Bulletin de la société - http://www.paul-claudel.net/societe/sommaire-bulletin.html