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Le (t)Rousseau de clés du Paradeis

Chapeau : Florence Paradeis, connue pour ses photographies, ses collages et ses vidéos, étonne en invitant Sylvain Rousseau pour un Dialogue au Crac de Sète. Proposant une enfilade de chambres colorées, l’on pourrait dire que cette invitation inattendue est le mystère de la chambre jaune…

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : arts visuels

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Florence PARADEIS artiste
Sylvain Rousseau artiste
Katia Feltrin rédacteur

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Texte : « Je les ai trouvés dans la rue, je sais ça semble incongru », chante Jane Birkin dans Les clés du paradis. Ce projet d’exposition au Crac de Sète commence un peu comme cette chanson : de façon incongrue. Quand Sylvain Rousseau apprend que Florence Paradeis l’a choisi pour exposer à ses côtés, il pense qu’il y a erreur sur le prénom, ne saisissant pas vraiment le rapport entre sa pratique et la sienne.

« Y’a ce type aussi paumé que moi. On se ressemble quelques fois. Il voudrait bien qu’on se mette en ménage, moi je lui réponds : Dégage », chante Jane.
Ce n’est sans doute pas ce que chante Florence Paradeis en donnant à Sylvain Rousseau les clés du Crac. Pourtant cette spécialiste de l’ambivalence et de la situation paradoxale sait à la fois échanger avec Sylvain Rousseau dans la première salle et le remettre à sa place dans la dernière en lui confiant un espace monographique. Les autres espaces sont entièrement dédiés à sa rétrospective : des vidéos, des collages, et surtout des photographies « trouvées ou composées » qu’elle organise en séquences et différentes chambres.
Florence Paradeis y lâche d’ailleurs pour la première fois, dans le couloir de La guerre, une soixantaine de collages originaux non rephotographiés : des éléments bruts liés à sa manière d’opérer. Elle y met « tout ce qu’on se prend dans la gueule ». Et prolonge, avec cette production entamée à New York, l’entaille du réel qui se creuse en elle face à ce flot d’images médiatiques saturées de violences. En réaction à cette agression, elle cherche à en extraire l’écharde et à la recracher illico dans des « condensés d’agressivité » – ses collages –, posant parfois avec humour les équations de situations politiques inextricables.

Placé en incipit et excipit du parcours rétrospectif, Sylvain Rousseau clôture l’enclos du Paradeis. Etymologiquement, paradis vient du chaldéen « pardès » puis du grec ancien « paradeisos » signifiant « jardin ». Florence aborde ainsi la notion de parc de plein fouet par le titre de son exposition Drink in Park, un titre qui trouve son écho chez Sylvain Rousseau. Fils de paysagiste, ce dernier a, en effet, grandi dans une pépinière.

Ces deux univers éloignés dialoguent donc, ne s’écharpent pas, évitent l’écueil des rapprochements indigestes… même si le titre en dit long sur l’effort d’une complicité consentie. Le duo fait ainsi rimer un titre anglophone. Au Drink in Park de Florence Paradeis, Sylvain répond par Lighting Dark.
D’un côté, une invitation dionysiaque à une ivresse bucolique ; de l’autre, un éclairage apollinien sur les ténèbres, la face obscure du paradis, l’arbre de la connaissance, des paradoxes, qui relie le bien et le mal.
Or, l’art de Florence Paradeis se situe justement à ce point de jonction où tout peut se renverser.
« Quand je fais des images avec des objets, Sylvain, lui, fait des objets avec des images », explique-t-elle. Des objets qui sont souvent de l’histoire de l’art réifiée.
Florence se place à cet endroit du sablier, où cela se renverse. Sylvain aussi nous assure-t-elle.

Date de publication : 28/03/2010


Inséré le : 29/03/2010 12:34