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La danse du safsari

Manta, de Héla Fattoumi et Eric Lamoureux

Chapeau : Au Théâtre de la Cité internationale du 6 au 10 avril, Héla Fattoumi se voile du hijab dans le solo Manta. Un défilé-performance de Majida Khattari, VIP (Voile Islamique Parisien), s’invite de surcroît le 10 avril.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : danse

Apparence :

Rubrique : Espace critique
Rubrique : 2010

Héla Fattoumi chorégraphe-interprète
Ghazel artiste
Majida Khattari performeur
Eric Lamoureux chorégraphe
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur

carre_manta.jpg (titre : carré_manta / )
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du 06/04/2010 00:00 au 16/04/2010 00:00
Salle : Théâtre de la Cité Internationale
17, bd Jourdan
01 43 13 50 50
http://www.theatredelacite.com
Paris 75014 France (Ile-de-France)




Texte : Bonne nouvelle, en « une » du Monde ce mercredi 31 mars : le Conseil d’Etat estime qu’une interdiction générale et absolue de la burqa ne « pourrait trouver aucun argument juridique incontestable ». Cela me réjouit parce que, nonobstant le fait que la femme (en burqa) n’est pas forcément l’avenir de la femme ; je trouve –à titre strictement personnel et privé- que le port de la dite burqa suscite une extraordinaire charge érotique. Je sais, ce n’est pas exactement le but recherché ! Mais c’est là mon côté tordu ou, comme on voudra, pervers sur les bords.
Et comme je ne suis pas à une contradiction près, bien qu’étant plutôt réfractaire à toute forme d’embrigadement religieux, je respecte totalement celles et ceux qui croient à l’islam. Certes, je le préfère soufi plutôt que salafiste, mais bon, les goûts et les couleurs… Après les attentats de New York en septembre 2001, j’ai acheté le Coran (dans la traduction de Jacques Berque) et je me suis un peu documenté. Donc, je sais pertinemment que la burqa n’est pas le hijab, et qu’à confondre voile et voile, on embrouille tout. Née à Tunis en 1965, Héla Fattoumi a grandi en jouant avec le safsari (voile blanc) des femmes tunisiennes « comme l’enfant joue à l’adulte en chaussant les escarpins de sa mère ». L’enfant qu’elle n’est plus est devenue danseuse et chorégraphe, façon pour elle d’assumer son « émancipation ». Et c’est depuis cette liberté (de femme, et d’artiste) qu’elle ré-endosse aujourd’hui le hijab pour le solo Manta. « Je ne suis pas dans la vie une femme voilée, ça se saurait, dit-elle. Mais ce qui m’a amenée à l’endosser, à aller jusqu’à le porter sur un plateau, dans un espace de représentation et à en faire un acte artistique, c’est que depuis plusieurs années, de façon de plus en plus criante et violente, dans ma propre famille, il y a des jeunes filles qui mettent ce vêtement, alors que ma mère n’a jamais eu à le porter, et je trouve ça extraordinairement perturbant. J’ai toujours été saisie par l’hypocrisie de ces femmes aisées portant sur elles les marqueurs de deux extrêmes, de la pudibonderie aux excès de la femme-objet consumériste

Ces deux extrêmes (pudibonderie et corps-objet) ne sont-ils pas, au demeurant, au c½ur de la contradiction qui habite toute tension dansante ? Or ce que danse Héla Fattoumi dans Manta, c’est précisément la charnière de ce verrou entre deux pôles opposés. En arabe, hijab désigne tout voile placé devant un être ou objet pour le soustraire à la vue ou l’isoler. Mais le voile n’est pas toujours opaque. Ce qu’il « soustrait » à la vue, il arrive aussi bien qu’il le révèle. Dans le tissu blanc, qui l’enveloppe mais qui dévoile aussi sa silhouette en ses courbes voluptueuses, Héla Fattoumi se coule dans une sensualité de la présence qui, même « dissimulée », met à nu une certaine insolence de l’être. En solo, toujours Héla Fattoumi donne densité à ce qui affleure. Avec Manta, elle se permet toutefois, sans céder à l’obscène, des moments d’une rare crudité. Comme quoi le hijab, quand bien même il serait, comme ici, emprunté à une tradition que la danseuse conteste, n’est pas en lui-même l’empêchement des émancipations. Tout dépend de ce que l’on en fait. Le blue jean, uniforme d’une autre « tradition », a priori porteur du sentiment de liberté, n’est-il pas devenu dans bien des cas le moule d’un conformisme vestimentaire et pas seulement. La seule question qui vaille, dès lors : comment habiter une présence ? En la matière, c’est peu dire que Héla Fattoumi déplace bien des frontières…
Manta a été créé en juin dernier au festival Montpellier Danse. Au Théâtre de la Cité internationale, où Héla Fattoumi le reprend ces jours-ci, elle sera en voisinage, le samedi 10 avril, avec une installation de Ghazel, qui se filme dans des courtes séquences, toujours vêtue d’un tchador ; et un défilé-performance orchestré par la Marocaine Majida Khattari. A l’enseigne du VIP (Voile Islamique Parisien), celle-ci réalise des « vêtements-sculptures » dont elle fait défilé. Elle désacralise ainsi la question du voile, qu’elle sort du religieux pour en faire un accessoire de mode.

>Manta, solo de Héla Fattoumi, chorégraphie de Héla Fattoumi et Eric Lamoureux, du 6 au 16 avril au Théâtre de la Cité Internationale à Paris.
Et aussi : VIP (Voile Islamique Parisien), défilé-performance de Majida Khattari, le samedi 10 avril à 16 h et 20 h ; ME 2000-2003 et ME 2003-2008, installation de Ghazel, le 10 avril à 15 h et 23 h.

Date de publication : 30/03/2010


Mots-clés : Manta, burqa, la danse du safsari, Héla Fattoumi
Inséré le : 30/03/2010 17:32
http://www.theatredelacite.com

Thèmes : culture, danse, installation,