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Vues directes sur le vaste monde

Le festival Cinéma du réel au Centre Pompidou

Chapeau : De la 32ème édition du festival Cinéma du réel, qui s’est tenue à Paris du 18 au 30 mars, reste en mémoire un joli nombre de films attestant la vivacité et la diversité de la chose documentaire. Du film de famille au document musical, en passant par le pamphlet, le spectre est aussi large que l’horizon ouvert pour le spectateur.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Genre Agenda : cinéma

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Marie-Violaine Brincard réalisateur
STÉPHANE MERCURIO réalisateur
Carolee SCHEEMANN réalisateur
Jérôme Provençal rédacteur

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Texte : Existe-t-il encore des esprits chagrins pensant que documentaire rime nécessairement avec somnifère ? Si oui, ceux-ci ont tout intérêt à fréquenter Cinéma du réel, festival semblable à un continent filmique, aux mille et unes facettes, donnant à voir notre monde dans toute son irréductible pluralité. L’édition 2010, qui s’est déroulée du 18 au 30 mars au Centre Pompidou et dans plusieurs salles partenaires, n’a pas dévié d’un pouce de l’impeccable ligne directrice suivie par le festival depuis sa création – par la Bibliothèque du Centre Pompidou – en 1979. S’il aspire à explorer la programmation en profondeur, le festivalier doit disposer avant toute chose d’une curiosité extra-large, l’amenant à s’intéresser sans a priori à un court métrage sur la guerre du Vietnam (Viet Flakes, 1965), un portrait de l’incorrigible Siné (Mourir ? Plutôt crever !, 2009), une évocation du génocide rwandais (Au nom du Père, de tous, du ciel, 2009) ou un concert des Rolling Stones (Get Yer Ya Ya’s Out, 1969).
Ce dernier film, présenté avec What’s happening ! (1964), qui répercute l’onde de choc que constitua l’arrivée des Beatles sur le sol américain en 1964, figurait à la fois dans le programme consacré à Albert Maysles, co-auteur des deux films et grande figure du cinéma direct made in USA, et dans la section Music in motion, dans laquelle se trouvaient aussi, entre autres, Stop making sense (1984), concert des Talking Heads brillamment capté par Jonathan Demme, The Filth and the fury (2000), l’épopée des Sex Pistols vue par Julien Temple, ou encore Villalobos (2009), portrait d’un cador de la scène techno contemporaine brossé par le cinéaste allemand Romuald Karnakar.
Viet Flakes, réalisé par Carolee Schneemann, était l’un des nombreux éléments du très riche programme, concocté par Nicole Brenez, tendant à proposer une Histoire pratique du pamphlet visuel. Divisée en dix chapitres thématiques, cette histoire délibérément chaotique couvrait un large front – des années 1920 à nos jours – et visait à un écarquillement des regards ainsi qu’à un élargissement des consciences. L’un des principaux jalons en était Que hacer ? (1970), long métrage collectif – Raoul Ruiz comptant parmi les signataires du film – qui mêle fiction et documentaire au long d’une passionnante enquête chorale sur l’élection de Salvador Allende.
Au nom du Père, de tous, du ciel, de Marie-Violaine Brincard, concourait dans la section compétitive réservée aux premiers films, tous métrages confondus. De cette section, l’on retiendra en particulier Ici-bas (2010), de Comes Chahbazian, document brut – mais nullement brutal – sur la vie quotidienne à Erevan, et Le bateau du père (2009), de Clémence Hébert, film avec lequel la (jeune) cinéaste entreprend de sonder l’histoire familiale à travers la figure centrale du père disparu. Non dénué de maladresses, le film procède toutefois d’une stimulante volonté de recherche, à la fois (auto)biographique et filmique.
Mourir ? Plutôt crever !, de Stéphane Mercurio, était inclus dans le Panorama français, aux côtés d’une quinzaine d’autres films, parmi lesquels Les dragons n’existent pas (2009), vision singulière des luttes ouvrières proposée par Guillaume Massart, et Je m’appelle Garance (2009), superbe long métrage de Jean-Patrick Lebel qui, partant d’un portrait de sa petite-fille, aboutit à un film d’une portée universelle, au long duquel ne cessent de dialoguer le réel et l’irréel. Avec une subtilité exemplaire, preuve est ici une fois de plus apportée que l’imaginaire est un carburant essentiel du documentaire.


>Le 32ème festival Cinéma du réel a eu lieu du 18 au 30 mars, au Centre Pompidou

Date de publication : 31/03/2010


Mots-clés : documentaire, festival, Cinéma du réel, Centre Pompidou,
Inséré le : 31/03/2010 11:29
http://www.cinemadureel.org