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Occuper le monde

Quinzaine active. Une sélection bimensuelle d’événements à venir

Chapeau : Occuper le monde pour occuper son temps. Une saine occupation – en plus de celle du 104 – que de se répandre dans le désir de savoir et l’éventail du monde : tel est le programme extensible de la quinzaine avec Montaigne, Rambert, Meschonnic, Grandville, du foot, des traders…

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Genre Agenda : divers

Apparence :

Rubrique : 2010

Thierry BEDARD Metteur en scène
BRIGITTE SETH ET ROSER MONTLLO-GUBERNA chorégraphe-interprète
Tânia Carvalho chorégraphe
Olivia GRANDVILLE chorégraphe
Pascal Rambert chorégraphe
Eric Demey rédacteur

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du 31/03/2010 00:00 au 30/06/2010 00:00
Salle : Partout en France




Texte : Désir de savoir. Au lycée on s’esclaffe sur son « branloire pérenne ». Chez Montaigne, il y a ce sentiment baroque de l’éclatement, de l’instable, de l’incertain et de l’éternel mouvement. C’est pourquoi les Essais ne sont que des tentatives d’appréhension, des approches de soi et du monde condamnées à demeurer provisoires. Elles laissent le philosophe dans un désir de savoir éternellement inassouvi. A la Villette, Thierry Roisin posera sur un tapis roulant le mouvement branlant du penseur qui fit trembler l’univers. Savoir encore, sexe toujours, depuis que l’homme a mangé la pomme, le désir de connaissance est lié à celui de l’autre. Reprenant la libido sciendi augustinienne dans un sens plus freudien, Rambert propose une danse de deux corps nus pour explorer la sexualité. « Parce que la connaissance de l’autre se fait par le rapport au corps, la scène devient le lieu du désir physique, soit une définition possible de la danse. » Un spectacle créé à Montpellier Danse 2008. Dialogue entre soi et le monde, entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’un et l’autre pour une redéfinition réciproque et perpétuelle : ce pourrait également être une métaphore du coït. Encore une fois, « tous les projets présentés ici parlent de la manière dont on existe dans nos espaces extérieurs ou intimes, avec soi ou avec l’autre ». Danses pour architectures intérieures explore à Mains d’¼uvres, à St-Ouen, l’investissement des « textures des mondes qui nous construisent ». Jusqu’à nous enfermer ? Tania Carvalho chorégraphie et met en musique une claustration universelle à la Bastille, dans From Me I Can’t Escape, Have Patience !? Ce poème de Patricia Caldeira au titre évocateur suggère en effet à la chorégraphe portugaise qu’il faut s’échapper de soi pour quitter la solitude, pour devenir « capable de montrer tout ce qui traverse mon esprit ». Bien que s’arrêtant sur le seuil de la maison d’Anna Akhmatova, poétesse russe, Lydia Tchoukovskaia, qui est écrivain et critique, se lance dans ce mouvement à la rencontre de l’autre. Dans Le Journal d’une autre, elle apprend par c½ur les poèmes qu’Anna écrit sur un papier et brûle ensuite. On pense à Farhenheit 451, mais aussi, encore une fois, à la libido sciendi. Qu’il s’agisse de se dévorer l’un l’autre par la bouche ou par les mots, on en revient à l’insatiable désir de se co-naître. Et oui, on ne compte vraiment que ce qui transforme, ce qui renouvelle, ce qui ravive. Meschonnic, auquel les Ouverture(s) de Vitry rendent hommage à travers un spectacle de la Compagnie des Limbes, écrivait : « Toute ma vie est dans mes poèmes, mes poèmes sont le langage de ma vie. Pour moi, un poème est ce qui transforme la vie par le langage et le langage par la vie. C'est mon lieu et je le partage. »

Eventail du monde. Dans les plis du passé, commençons par les plus enfouis. Brigitte Seth et Roser Montllo Guberna mélangent musique, théâtre et danse pour rendre hommage à « Juana la Loca, fille des rois catholiques dans l’Espagne du XVe siècle, qui fut écartée du pouvoir pour son trop grand penchant pour l’amour et les arts ». Puisse cet heureux malheur frapper notre ministre de la Culture. Le titre – Genre oblique – salue au passage tous ceux qui s’écartent des normes. Plus proche, plus froid, 6 Giselles, la dernière mise en scène d’Olivia Grandville, propose de revisiter le ballet romantique et les mythologiques Willis germaniques – « que ne renieraient pas nos adolescents gothiques d’aujourd’hui ». C’est au Centre national de la danse. Plus proche encore de nous : c’est par un concert-performance intitulé Arkhéion 1 que Wilfried Wendling explore la poésie engagée du XXe siècle. Apollinaire, Pérec, Maïakovski ou Pasolini sont à redécouvrir à la Maison de la poésie, au sous-sol plus exactement où, à travers « une trentaine de haut-parleurs, les spectateurs entendront surgir des murs les voix de ceux qui, selon la formule de Sartre n’ont “pas envie de parler pour ne rien dire” ». Et voilà donc, que du passé et de l’ailleurs, nous reviennent ces paroles de révolte qui doivent régénérer. Rosa la Rouge, mis en scène par Marcial di Fonzo Bo, en sera l’une des évocations lors de ce Printemps de l’Utopie que propose la Ferme du Buisson. Et à l’Echangeur, le controversé 47 de Raharimanana, évoquant la sanglante décolonisation de Madagascar de 1947, revient dans une mise en scène de Thierry Bédard. Révoltante aussi, cette énième défaite de la France face à l’Allemagne. Ce n’est pas 70 ni mai 40, mais bien celle de 1982 qu’aborde le Théodoros Group dans un récit historico-footballistique qui prend acte que le football se substitue aux guerres dans l’histoire des rapports entre les nations. D’émancipation plus récente encore, la Macédoine est à l’honneur pour le 6e Printemps balkanique proposé par l’association Balkans-Transit. Pendant deux mois, cinéma, littérature, théâtre, musique, etc. sont à découvrir en Basse-Normandie avec, par exemple au programme, la représentation d’un excellent texte moderne, allégorique et provocateur de Dejan Dukovski : Quel est l’enfoiré qui a commencé le premier ? Passé proche et même futur à venir sont deux thèmes à l’½uvre dans ce dernier pli de l’éventail Electronic city, repris au Monfort théâtre, où le collectif MxM s’empare de la parole frontale et frondeuse de Falk Richter. Et puisque nous avions commencé par un pied de nez au ministre de la Culture, terminons avec un clin d’½il à celui de l’Education Nationale : lors du festival Plans d’avril qui se déroule au Point éphémère, Thomas Gornet amènera le jeune public à découvrir sa mise en scène d’un texte de Christophe Honoré traitant de la découverte du Sida chez son frère : Tout contre Léo.


Montaigne mis en scène par Thierry Roisin, du 9 au 17 avril au Théâtre Paris-Villette, www.theatre-paris-villette.com

Libido sciendi conçu par Pascal Rambert, du 8 au 17 avril au Théâtre de Gennevilliers, www.theatredegennevilliers.com

Danses pour architectures intérieures, d’avril à juin à Mains d’½uvres à St-Ouen, www.mainsdoeuvres.org

From me I can’t escape, have patience ?! conçu par Tânia Carvalho, du 6 au 10 avril au Théâtre de la Bastille, www.theatre-bastille.com

Le Journal d’une autre mis en scène par Isabelle Lafon, rendez-vous mensuel en avril et mai, www.theatre-paris-villette.com

Ouverture(s)d’avril au studio-théâtre de Vitry, les 9 et 10 avril, studio-theatre-vitry.bleu.net

Genre oblique de Roser Montllo Gurba et Brigitte Seth, du 8 au 17 avril à l’espace 1789 à St-Ouen, www.espace-1789.com

6 Giselles d’Olivia Grandville, au Centre national de la danse, du 7 au 10 avril, www.cnd.fr

Arkhéion 1 conçu par Wilfried Wendling, à la Maison de la poésie, du 31 mars au 25 avril, www.maisondelapoesieparis.com

L’utopie fait le printemps !?, du 10 avril au 1er mai à la Ferme du Buisson, www.lafermedubuisson.com

47 mis en scène par Thierry Bédard, du 31 mars au 3 avril à l’Echangeur, www.lechangeur.org

France-Allemagne du Theodoros Group, du 31 mars au 19 avril au théâtre de l’Atalante, latalante.theatre.free.fr

6e printemps balkanique, du 31 mars au 28 mai, www.balkans-transit.asso.fr

Electronic city par le collectif MxM, du 31 mars au 11 avril au Monfort Théâtre, www.lemonfort.fr

Plans d’avril, du 9 au 11 avril au Point éphémère, www.pointephemere.org

Crédits photos :
Une : Libido sciendi de Pascal Rambert, au Théâtre de Gennevilliers. Photo : Vincent Thomasset.
Article : On Being an Angel, chorégraphie de Grazia Capri, à Mains d'¼uvres. Photo : Jérôme Delatour.

Date de publication : 31/03/2010


Mots-clés : occuper, savoir, désir, libido, utopies,
Inséré le : 31/03/2010 12:14
Thèmes : danse contemporaine, théâtre,