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Réfléchir l’éternité
L’exposition Deux éternités proches réunit Bill Viola et Thierry Kuntzel au Fresnoy
Chapeau : Jusqu’au 25 avril, le Fresnoy propose une mise en perspective croisée des travaux de Bill Viola et Thierry Kuntzel. Deux amis, dont les vidéos méditatives ont en partage de confronter les possibilités de l’image en mouvement aux confins de la condition humaine.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu (Mots-clés : )
Genre Ressource : compte rendu
Genre Agenda : arts visuels
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Rubrique : 2010
BILL VIOLA artiste
Thierry KUNTZEL artiste
Pascaline Vallée rédacteur
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du 06/04/2010 00:00 au 25/04/2010 00:00
Salle : Le Fresnoy studio national des arts contemporains
03 20 28 38 00
Tourcoing 59200 France (Nord-Est)
Texte : « Le monde que l’on voit est une façade. Le vrai monde nous est montré par le cœur. » Campé devant son installation
He Weeps for You (« Il pleure pour toi »), Bill Viola a des allures de philosophe, tendance bouddhiste. Il évoque la mort de sa mère, la naissance d’un de ses enfants, les larmes que les deux sentiments (la perte et la joie) peuvent provoquer, les cycles de la vie. Ses paroles sont ponctuées d’un « gong » sonore, celui des gouttes d’eau qui tombent une à une sur un tambour amplifié. Une caméra, fixée sur la goutte naissante, projette sur un écran l’image inversée de la personne que l’on voit au travers.
D’images, de reflets et de cycles, il est partout question dans
Deux éternités proches. Reprenant sept œuvres marquantes de Bill Viola et de Thierry Kuntzel, l’exposition présentée sous la voûte assombrie du Fresnoy réunit deux conceptions à la fois proches et différentes du monde. Les œuvres de deux amis aussi, qui ont fait des expositions ensemble depuis les années 1970 jusqu’à la mort de Kuntzel, en 2007. Mais, si l’émotion de son absence est palpable, l’hommage n’est pas mortifère. Et pour cause, c’est une exposition de la vie.
Une vie toute faite de
« réflexion », selon le mot de Bill Viola, mot plus que jamais à saisir dans son double sens. Ainsi le
Reflecting Pool de Bill Viola, jeu d’eau-miroir et de disparition d’image, côtoie
Reasons for Knocking at an Empty House, véritable expérience de méditation pour l’artiste. En face, ou plutôt dos à eux, Thierry Kuntzel trône.
Echolalia et
Time Smoking a Picture, deux vidéos longues et esthétisantes, appellent elles aussi à voir les choses autrement. Et la fascination pourrait bien durer, si l’installation magistrale de
La Peau n’appelait à se retourner pour la contempler.
7m sur 5 ne suffisent pas à encadrer toutes les peaux du monde, mais celles qui défilent sous nos yeux sur cet écran géant en donnent un bon échantillon. Lisses, fripées, poilues, tachetées, de soie ou de cicatrices, elles se déroulent en un fondu adroit. D’ailleurs le titre, « La Peau » en dit assez sur la volonté d’universalisation de son auteur. Thierry Kuntzel l’avait pensée pour une exposition au Fresnoy en 2007.
« Heureusement qu’on ne l’a pas montrée à ce moment là, on n’aurait pas eu assez de place », sourit Raymond Bellour, commissaire.
Et de fait, l'œuvre prend de la place, non seulement physiquement mais aussi mentalement. Au total, l'exposition ne présente que sept pièces, six vidéos et une installation, mais qui prennent l’envergure d’un trésor, à la fois esthétique et incarné. Les deux artistes filment une sorte d’éternité physique des corps, présents par leur couleur, presque jusqu’à la texture. A l’image de l’homme noir de Hiver de Thierry Kuntzel, qui prend ses couleurs au fur et à mesure des aller-retour de la caméra sur le linceul.
« Le mouvement des caméras, explique Bill Viola, est comme le mouvement de la vie. Nous sommes entre la mort et la naissance, dans une zone au milieu. C’est notre place dans le cosmos : une place mouvante. » Quand on l’interroge sur cette conception toute bouddhiste, l’artiste confie en souriant :
« Mon maître zen m’a appris plus sur l’art que mes professeurs. Ceux-là ne disent jamais ce qu’il faut faire une fois qu’on est seul enfermé dans un atelier pour créer. » Sans aller jusqu’à l’opposition Orient/Occident, il y a dans
Deux éternités proches une forme de renouveau, marquée à la fois pas les œuvres et la scénographie.
« Raymond Bellour, le commissaire, reprend Bill Viola,
a fait ici un travail très important, en ne basant pas la scénographie sur une pratique muséale occidentale, mais sur le concept d’un mandala. D’habitude, on a toujours une sorte de route jusqu’à quelque chose qu’on appelle la fin. Ici on a un endroit où se placer : au centre d’un espace équilibré. » En effet, au centre de l’expo, un puits de lumière, entre les quatre petits écrans silencieux. De là, toutes les distances sont égales, tous les parcours possibles.
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Thierry Kuntzel, Bill Viola, Deux éternités proches, jusqu’au 25 avril au Fresnoy, Tourcoing.
Crédits photos: Kira Pero
Date de publication : 06/04/2010
Mots-clés : bill viola, thierry kuntzel, vidéo, mandala, scénographie, orient, méditation
Inséré le : 06/04/2010 16:04
le site du Fresnoy -
http://www.lefresnoy.net