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Economie du sensible
Arrêtons le gaspillage par le Théâtre des Bernardines
Chapeau : A Marseille, comme ailleurs, les tentatives se multiplient pour s’extirper d’un système de pensée et de fonctionnement de plus en plus aberrant. Dernière initiative en date,
« Arrêtons le gaspillage », proposé par le Théâtre des Bernardines :
« Un moment d’irruption dans la saison pour s’insurger contre le dérèglement du théâtre et son acharnement productiviste. »
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu (Mots-clés : )
Genre Ressource : compte rendu
Genre Agenda : théâtre
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Alain FOURNEAU directeur de théâtre
Frédéric KAHN rédacteur
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Texte : Nous serions comme des lapins, en pleine nuit, paralysés au milieu de la route, fascinés par la puissance des phares qui nous aveuglent. La collusion avec ce bolide fou qui fonce sur nous est-elle évitable ? Comment sortir de la fascination exercée par cette machine de guerre idéologique qui manie avec une habileté redoutable le double langage ? Comment s’extirper du brouhaha incessant et volontairement entretenu pour accaparer les esprits, maintenir la confusion à son comble et ainsi rendre toute tentative de pensée inaudible ?
Pourtant, nous sentons bien que le monstre est loin d’être aussi puissant qu’il le prétend. L’inconséquence du système est devenu tellement évident ; ses stratagèmes de diversion, de moins en moins efficaces, ne font plus guère illusions. De toutes parts, dans tous les espaces de la société civile, les tentatives pour proposer d’autres approches, d’autres modes de fonctionnement se multiplient. Autant de niches de réflexion, d’action, d’expérimentation, pertinentes sur leur territoire, mais encore trop isolées. Majoritaires dans les faits, cette impulsion est bien sûr marginalisée politiquement. Le défi consiste à mettre en relation, à tracer des lignes de convergence, à développer de l’efficience entre toutes ces
« alternatives » qui cherchent à emprunter d’autres cheminements. Au sens unique et hégémonique, il faudra opposer le foisonnements des pistes possibles et montrer comment ces innombrables initiatives participent d’une unité qui n’uniformise pas. De toute évidence,
« Arrêtons le gaspillage », temps de réflexion sur la fabrication artistique, initié par le Théâtre des Bernardines et son Festival de Recherche les Informelles, procède de cette dynamique.
Des modes de production et de diffusion invivablesFace à l’immensité du dérèglement, la proposition des Bernardines peut apparaître modeste. Cette humble tentative de ralentissement du productivisme théâtral consistait essentiellement à reprendre quatre spectacles (1) qui n’ont pas eu le temps de trouver leur public, le tout articulé à deux temps de réflexion avec le philosophe Heinz Wismann. Mais n’est-ce pas justement en restant à la mesure de ses possibilités, de ses compétences et de son champ d’action que l’on pourra reprendre prise sur notre environnement ?
Pour autant, il est tout aussi indispensable de ne pas se laisser enfermer dans des cadres rigides et clos qui empêchent les connaissances de circuler et les convergences d’opérer. Nous devons, à échelle humaine, envisager la multiplicité des points de vue sans pour autant nous disperser et nous éparpiller.
« Arrêtons le gaspillage » ne fut, en somme, qu’un témoignage parmi tant d’autres, spectacles, c’est-à-dire preuves à l’appui, de la nécessité de changer nos modes de fonctionnement. Et cette quête de nouveaux paradigmes ne concerne pas uniquement le champ artistique.
Ici donc, aussi, on refuse de se laisser happer par le vertige d’une consommation compulsive qui dans le domaine du théâtre conduit à accumuler les propositions sans que ces dernières n’aient la moindre chance de s’inscrire dans les corps, dans l’espace et dans la rencontre avec des spectateurs. Mais plus profondément, il s’agissait autant de souligner l’absurdité du fonctionnement du spectacle vivant que de mettre en résonance ce gâchis avec toutes les autres formes de dépossession politique, économique et sociale. Alain Fourneau, directeur du théâtre des Bernardines :
« Il suffit d’écouter le bruit du monde proche - sans même parler du lointain - pour entendre pêle-mêle : la détresse des paysans qui ne voient plus le rapport entre ce que paye le consommateur et la part qui leur est échue ; la disparition de la fierté du geste ouvrier (et bientôt du geste artisanal) ; la colère des chercheurs à qui l’on demande de plus en plus ce qu’ils vont trouver avant même de chercher ; la révolte des élèves, étudiants, enseignants, devant un système éducatif qui fait trop passer l’étroitesse de la spécialisation devant la culture générale, l’éducation artistique, etc.. » On pourrait rallonger la liste à l’infini tellement la perte du sens de la finalité de nos actes est devenue la règle. Sans même parler du désastre écologique causé par ce gaspillage. Tout simplement insensé ! Et terriblement pernicieux. La course effrénée contre le temps est perdue d’avance. Il y a urgence à ralentir. Mais, comme le rappelle Heinz Wismann :
« Tous ce que l’on produit comme résistance est récupéré par ce système d’accélération ». Pour autant, le philosophe nous encourage à ne pas céder à la mélancolie et à croire
« au potentiel de joie de la pensée ».
(1) Dans le cadre d’Arrêtons le gaspillage fut également présenté : Silence d’Argyro Chioti (Compagnie Vasistas) ; Service de nettoyage de Valentina Diana et Lorenzo Fontana (l’Associazione 15febbraio) ; 20 novembre, un projet de Léo Maratrat mis en scène par Frédéric Poinceau.
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Arrêtons le gaspillage fut présenté au Théâtre des Bernardines du 18 mars au 3 avril.
Crédits photos: Alain Battiloro et Compagnie d'A côté.
Date de publication : 06/04/2010
Mots-clés : Théâtre des Bernardines, alain fourneau, gaspillage
Inséré le : 06/04/2010 17:25
le site du théâtre des Bernardines -
http://http://www.theatre-bernardines.org/