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Freak et chic
Première rétrospective Ulrike Ottinger en France
Chapeau : Parallèlement à la rétrospective Takeshi Kitano, qui s’étend jusqu’au 26 juin, le Centre Pompidou invite, du 14 au 25 avril, à (re)découvrir Ulrike Ottinger, activiste au long cours de l’underground berlinois. Amorcée au début des années 1970, sa filmographie révèle un univers hautement insolite, à l’intérieur duquel se déploie un système de représentation en rupture avec les codes dominants.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Genre Agenda : cinéma
Apparence :
Rubrique : Le Vrac
Ulrike Ottinger artiste
Nina Hagen chanteuse
Wolf Vostell plasticien
Tabea Blumenschein actrice
Delphine Seyrig actrice
Irm Hermann actrice
Jérôme Provençal rédacteur
carre_ottinger_aller.jpg (titre : carré_ottinger_aller / )
rect_ottinger_freak_orlando.jpg (titre : rect_ottinger_freak / )
du 14/04/2010 00:00 au 25/04/2010 00:00
Salle : Centre Georges Pompidou
Paris 75003 France (Ile-de-France)
du 16/04/2010 00:00 au 28/04/2010 00:00
Salle : Goethe-Institut
17, avenue d'Iéna
01 44 43 92 30
Paris 75016 France (Ile-de-France)
Texte : Bien qu’elle ait signé plusieurs films d’une excentricité carabinée, tourné avec plusieurs figures marquantes du cinéma d’auteur (parmi lesquelles l’inégalable Delphine Seyrig) et glané une belle quantité de récompenses, Ulrike Ottinger reste aujourd’hui peu connue en France, où son nom n’évoque sans doute rien au plus grand nombre. Les choses devraient évoluer de manière significative grâce à la grande rétrospective – la première de cette envergure organisée dans nos contrées – que le Centre Pompidou consacre à la cinéaste, du 14 au 25 avril. Née le 6 juin 1942, Ulrike Ottinger a grandi à Constance avant de partir mener des études d’art, tout en travaillant comme peintre indépendante, à Munich puis à Paris, où elle a vécu de 1962 à 1968. De retour en Allemagne de l’Ouest, elle décide en 1973 de s’installer à Berlin – ville qu’elle n’a plus quitté depuis. Prenant une part active à la vie contre-culturelle locale, elle se lance à l’assaut du cinéma avec
Laokoon et fils (moyen métrage de cinquante minutes, co-réalisé avec Tabea Blumenschein, qui va devenir l’une de ses actrices-fétiches) et
Berlinfieber (court métrage retraçant un happening de Wolf Vostell, l’un des fondateurs de Fluxus).
De toute évidence, afin de négocier au mieux cette rétrospective et se familiariser avec l’univers d’Ulrike Ottinger, mieux vaut ne pas commencer par la fin, c’est-à-dire par son dernier long métrage en date,
Le coffre de mariage coréen (2009), un documentaire sur les rites du mariage en Corée du Sud, qui pâtit d’une mise en scène trop quelconque et peine à capter l’attention. Nettement plus prenant s’avère son film précédent, Prater (2007), un autre documentaire, centré sur le célèbre parc d’attractions de Vienne : avec une extrême rigueur (justesse du cadre, précision du montage), Ulrike Ottinger parvient très bien à restituer toute la densité du réseau social de cette petite ville à l’intérieur de la grande, tout en soulignant subtilement le caractère cathartique d’un lieu traversé de frissons, de rires et de cris.
A partir de 1985, et du documentaire-fleuve (4h30)
La Chine, Les arts-Le quotidien, Ottinger s’est presque exclusivement tournée vers l’Est, et en particulier vers l’Asie. De cette deuxième période de sa carrière se détache notamment l’étonnant
Jeanne d’Arc de Mongolie (1989), qui relate les tribulations en Mongolie de quatre femmes d’âge, de nationalité et de tempérament différents – deux de ces femmes étant interprétées par la susnommée Delphine Seyrig et par Irm Hermann, actrice fassbindérienne qui s’en donne ici à c½ur joie dans le rôle d’une vieille fille en voie de rigidité avancée. Si la deuxième partie du film, se déroulant dans les somptueux décors naturels mongols suite à l’enlèvement des quatre voyageuses par une princesse, s’enlise parfois un peu dans les sables, la première partie, située tout entière dans des trains, séduit par son mélange de théâtralité assumée et de fantaisie distinguée – un mélange qui évoque aussi bien Paul Morand que Paul Vecchiali. L’ensemble, dont la lenteur (une constante chez Ottinger) constitue l’un des attributs essentiels, exsude un charme délicieusement désuet.
Traduisant un désir flagrant d’expérimentation et de transgression, la période 1973-1984 représente sans conteste la partie la plus singulière de l’½uvre d’Ulrike Ottinger. De cette période, la trilogie berlinoise, composée de Aller-jamais retour (1976),
Freak Orlando (1981) et
Dorian Gray dans le miroir de la presse à sensation (1984), synthétise pleinement l’esthétique, empruntant au dandysme fin-de-siècle comme au post-punk. Sous-titré
Bildnis einer Trinkerin (
Portrait d’une alcoolique),
Aller-jamais retour invite le spectateur à emboîter le pas, un rien titubant, d’une femme sérieusement portée sur la dive bouteille. De forme très libre, voire libertaire, ce portrait éclaté – qui est aussi celui d’une ville, alors profondément divisée – louvoie tout du long entre burlesque hiératique et cubisme erratique. Au gré de ses divagations, l’héroïne sans nom croise plusieurs personnages croquignolets, l’un d’entre eux étant interprété par Nina Hagen
herself.
Segment central de la trilogie,
Freak Orlando apparaît aujourd’hui encore comme un objet filmique radicalement décalé : peuplée de créatures plus étranges les unes que les autres (dont certaines semblent échappées du Freaks de Tod Browning), cette adaptation très personnelle du
Orlando de Virginia Woolf stigmatise la société patriarcale à travers une odyssée temporelle divisée en cinq épisodes correspondant à cinq époques différentes. S’il n’évite pas toujours l’écueil du pictorialisme désincarné (dans la lignée d’un Greenaway), le film donne à déguster un cocktail chic et choc, dans lequel le plaisir de la sophistication le dispute au goût de la subversion.
> En marge de la rétrospective, une exposition de photos d’Ulrike Ottinger est proposée par le Goethe-Institut, du 16 au 28 avril.
Vernissage jeudi 15 avril, à 19h, en présence de la cinéaste.
Date de publication : 13/04/2010
Mots-clés : rétrospective, Ulrike Ottinger, freak et chic, centre pompidou
Inséré le : 13/04/2010 15:30
http://www.centrepompidou.fr
http://www.ulrikeottinger.com
Thèmes : exposition, rétrospective,