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En anamorphose

Sous les visages, de Julie Bérès

Chapeau : A l’heure où prolifère une précarité grandissante, Julie Bérès fouille les rêves et fantasmes qui enfouissent les délitements contemporains.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : théâtre

Apparence :

Rubrique : Espace critique

GOURY scénographe
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur

carre_alain_monot.jpg (crédits : Alain Monot / titre : petit_julie beres / )
rect_alain_monot.jpg (crédits : Alain Monot / titre : rect_julie beres / )

Texte : Dans le travail de Julie Bérès, les plans se superposent, s’escamotent, se fondent. Ce n’est pas un théâtre qui s’expose frontalement, d’un seul tenant. Et c’est ce glissement qui est beau à voir. Sous les visages. Le titre, déjà, dit l’arrière-plan, l’inconscient ou tout ce qu’on voudra, la réversibilité des apparences, l’instabilité des masques, le grouillement des enfouissements par derrière les surfaces. Un espace mental. Il y a une femme, dont faute de saisir toute l’histoire (le fragment compose, aussi), on perçoit qu’elle vient de perdre son boulot, et qu’elle se réfugie dans le fantasme d’une réalité virtuelle que lui propose la pacotille télévisée. Comme en bruit de fond, des voix distordues parlent de ressources humaines et de perspectives de rentabilité. Semblance d’un monde régi par « l’entreprise », où l’on ne parle plus de licenciements mais de « plan social », où l’impératif de croissance brandi comme objectif auquel tous devraient adhérer masque la prolifération d’une précarité grandissante : inutile de crier au loup de la « délocalisation », puisque déjà, c’est ici-même que se délocalisent (et se disloquent) les repères qui tenaient lieu jusqu’alors de « lien social ».

Mais si Sous les visages travaille à l’endroit de cette réalité, c’est pour en défaire aussitôt les contours, et en faire basculer le plan. Le spectacle proposé est alors celui d’une anamorphose. Regorgeant de trouvailles visuelles, scénographiques, sonores, Sous les visages défile comme un film en reliefs de situations surréalistes, où le cauchemar sait se faire burlesque. « Dérèglements psychiques et comportementaux », « nouvelles formes d’addiction pour refouler l’angoisse de la mort », disent quelques-unes des notes d’intention qui accompagnent le spectacle. Le discours de Julie Bérès, soutenu par une remarquable équipe d’interprètes (Olivier Coyette, Virginie Frémaux, Boris Gibé, Gilles Ostrowsky, Julie Pilod, Guillaume Rannou et Delphine Simon), s’appuie sur ces délitements contemporains pour en fendre la cuirasse. Place aux rumeurs du rêve, à l’inouï de ce qui ne se parle pas, au corps des illusions qui s’incarnent en sarabandes. Le « décor » lui-même, boîte à agencements variables, ne cesse de se déformer, de se crevasser, laissant émerger des êtres surgis d’on ne sait quel terrier (et que des mottes de terre vont bientôt venir ensevelir : naissance et mort ainsi recousues), venant dresser le buffet de vaines agapes. Mêlant « effets spéciaux » (Goury à la scénographie, David Segalen aux sons, Jean-Marc Segalen aux lumières, Christian Archambeau à la vidéo) et artisanat d’un sens labyrinthique (Elsa Dourdet, Nicolas Richard et David Wahl au scénario, à la dramaturgie et aux textes ; Frédéric Gasatard à la composition musicale), Sous les visages architecture avec brio le paysage mouvant d’un monde sens dessus-dessous, et en fracture les écrans qui tiennent lieu de façade.


Sous les visages, mise en scène de Julie Bérès, du 21 au 23 avril au Granit, Scène Nationale de Belfort ; du 4 au 6 mai au Volcan, Scène Nationale du Havre : du 25 mai au 5 juin 2010 au Théâtre des Abbesses, à Paris.


Crédits photos: Alain Monot

Date de publication : 14/04/2010


Mots-clés : enfouissements, surréalistes, rêve, illusions
Inséré le : 14/04/2010 10:34
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