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On se met en cent quatre !

Pique-nique citoyen au 104, à Paris, samedi 17 avril

Chapeau : A l’heure où les rumeurs courent sur le recrutement à la direction générale du CentQuatre, le collectif Un autre 104 est possible ! a commencé l’inspection archéologique de l'établissement pour tenter de comprendre le naufrage actuel. Par Jean-Marc Adolphe.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : édito (Mots-clés : )

Genre Ressource : édito / chronique

Genre Agenda : politique

Apparence :

Rubrique : Espace critique

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petit_lacherez104.jpg (crédits : Cédric Lacherez / titre : petit_lacherez / )
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du 01/04/2010 00:00 au 01/05/2010 00:00
Salle : Le 104 - Centquatre
Paris 75019 France (Ile-de-France)




Texte : De Libération à L’Orient Le Jour (à Beyrouth), de paris-art.com au blog Louvrepourtous.fr, la chose a été suffisamment relayée par les médias pour qu’elle ne soit point passée inaperçue. Rappelons tout de même, pour les étourdis et les oublieux : depuis le 1er avril dernier, à l’appel de Mouvement, le CentQuatre, établissement artistique de la Ville de Paris, inauguré en grande pompe (funèbre) par Bertrand Delanoë le 11 octobre 2008, est « occupé ». Qui sont ces insurgés du 1er avril, vite rejoints par de nombreux soutiens, et pas seulement parisiens (dont celui d’Ariane Mnouchkine, actuellement à Kaboul) : des artistes jeunes ou moins jeunes, connus ou pas, des étudiants, des retraités, des militants associatifs, des habitants du quartier, etc. En s’assemblant autour du seul slogan « Un autre 104 est possible ! », les occupants du 104, qui ont d’abord commencé à se réunir au Café du 104, ont surtout fait état d’une préoccupation, culturelle et citoyenne. Comment se fait-il qu’un an après son ouverture en fanfare, ce lieu « résolument éclectique » (selon Bertrand Delanoë), sorte de laboratoire urbanistico-artistique du XXIe siècle, soit à ce point échoué dans la faillite : premiers directeurs démissionnaires, déficit conséquent (on parle de 800.000 euros, voire plus), vide abyssal qui « l’occupe » la plupart du temps ? Les deux piliers sur lesquels devait être érigé le CentQuatre se sont effondrés. Au c½ur d’un quartier populaire du 19e arrondissement, l’établissement de proximité qui devait prendre place au sein du CentQuatre a fondu comme neige au soleil : n’en reste aujourd’hui qu’une Maison des Petits (qui marche bien) et le Cinq, dévolu aux pratiques amateures. Le second pilier du CentQuatre, c’était ses résidences d’artistes, dont on croit savoir aujourd’hui qu’elles sont très fortement menacées, par manque de moyens ! Bien que la rénovation des anciennes Pompes Funèbres ait coûté plus de 100 millions d’euros ; bien que la Ville de Paris consacre au CentQuatre une subvention annuelle de 8 millions d’euros, le bâtiment est en lui-même tellement vorace (frais de chauffage sous-évalués, frais de gardiennage et de sécurité exorbitants, etc.) qu’il engloutit tout (argent public, énergies des uns et des autres, etc.) sans recracher grand-chose, et surtout, sans que cette économie ne soit vraiment redistributive.
Formé à partir de l’appel lancé par Mouvement, le collectif Un autre 104 est possible ! a commencé à conduire sa propre « inspection archéologique » du naufrage actuel. Quels étaient les « vices de forme » dans la conception du projet ? Quelles ont été les éventuelles erreurs de pilotage ou de direction ? Quel est le sens et la raison d’être du « cahier des charges » soumis aux cinquante-six candidats qui ont postulé à la succession de Frédéric Fisbach et Robert Cantarella à la direction du CentQuatre (le prochain directeur doit être désigné courant juin pour prendre ses fonctions au 1er juillet) ? Le travail en cours le dira.
Les rumeurs les plus invérifiables courent sur le recrutement en cours. Sur les 56 candidats, seule une petite quinzaine aurait été reçue par la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris : ce qui est certain, c’est que certains candidats éconduits ont déjà reçu leur lettre de « remerciements ». Indépendamment de ces « auditions » menées par la Direction des affaires culturelles, les services de Bertrand Delanoë et de Christophe Girard, son adjoint chargé de la Culture, auraient déjà établi en interne une « short list » de cinq ou six noms. Pis, selon Libération (12 avril 2010), le prochain directeur serait déjà choisi : il s’agirait de Laurent Dréano, actuellement directeur des affaires culturelles de la Ville de Lille auprès de Martine Aubry. Curieux, puisqu’en dernière instance, c’est au Conseil d’Administration du CentQuatre qu’il incombera de désigner le futur directeur. Refusant de prendre en considération ces intrigues de couloir, le collectif Un autre 104 est possible ! se situe sur un tout autre terrain. Questionnant le statut même de l’établissement, son cahier des charges et ses statuts, et la finalité de son projet (artistique et « de proximité »), il entend mener sur ces bases une large concertation citoyenne.
A cette fin, il a été demandé dès le premier jour de pouvoir rencontrer le personnel du CentQuatre : refusé. Il a été demandé de pouvoir librement disposer au sein du CentQuatre d’espaces de réunion, de travail et d’affichage : refusé, au motif exprimé par la Ville de Paris que le mouvement qui s’est formé n’a « aucune légitimité » et qu’il « ne représente que 30 personnes ». Il a été demandé que soient rendus publics, comme dans un concours d’architecture, les 56 projets déposés pour la direction du lieu : refusé. Christophe Girard, adjoint à la Ville de Paris chargé de la culture et Président du Conseil d’administration du Centquatre, a cependant accepté de recevoir une délégation du collectif Un autre 104 est possible ! Cette entrevue a eu lieu, pendant une heure et demie, le lundi 12 avril. Au cours de cette rencontre (lire communiqué de presse ci-dessous), Christophe Girard a reconnu (le contraire eût passé pour un sacré déni de réalité) les nombreux dysfonctionnements qui ont précédé l’ouverture du CentQuatre et sa mise à flots. Il a même parlé « d’incompétence générale », liée selon lui à l’aspect totalement innovant d’un équipement comme le CentQuatre. Il a reconnu la « légitimité de l’inquiétude » dont nous étions porteurs (« Toute parole, on en a besoin », a-t-il dit), sans pour autant expressément reconnaître la « légitimité » de notre mouvement. Il s’est cependant engagé (avec l’accord, suppose-t-on, des services de Bertrand Delanoë) à faire son possible « afin que l’administration actuelle nous permette de nous rassembler dans les espaces vacants afin de mener à bien notre travail d’inventaire et de proposition ».
Le ton de cette entrevue fut donc courtois, constructif, prospectif ; correspondant ainsi au désir d’occupation pacifique qui est celui du collectif Un autre 104 est possible ! Cependant, dès le mardi 14 avril, l’accès à de possibles salles de réunion et de travail nous demeurait interdit, contraignant l’assemblée générale du jour (à midi) à « squatter » la cour intérieure du Café du 104. Dans l’après-midi, la directrice adjointe du CentQuatre, nommée à ce poste par la Ville de Paris pour assurer l’intérim, disait être disposée à recevoir… nos demandes de location de salles ! Au vu des tarifs pratiqués (544 euro TTC pour une salle de 66 mètres carrés pendant six heures), cette « proposition » est de toute façon inacceptable.
Parallèlement, en matinée, Christophe Girard nous demandait de retirer de notre communiqué de presse (lire ci-dessous) deux mots litigieux : celui de « faillite » (quand nous parlons d’une « certaine faillite ») et celui, plus épineux encore, de « légitime », que l’on nous demandait de remplacer par « démocratique ». Il va de soi que notre mouvement est « démocratique » : nous n’avons sur ce point d’aval à demander à personne ! Est-il pour autant « légitime » ? La Ville de Paris semble encore avoir quelque difficulté à l’accepter.
Le collectif Un autre 104 est possible ! ne fait pourtant que situer son action dans un cadre où la municipalité de Bertrand Delanoë s’est elle-même engagée : celui de « l’agenda 21 », qui concerne le « développement durable » : « Il s’agit de revoir nos modes de production et de consommation, de concevoir de nouvelles formes de développement et d’y intégrer des principes de durabilité et de solidarité, tous principes qui sont au c½ur même du projet du CentQuatre. Et pour élaborer ces objectifs, il est indispensable de mobiliser tous les acteurs pour réaliser efficacement une telle démarche. » C’est très précisément ce que met en ½uvre le collectif Un autre 104 est possible ! Il sera donc intéressant, dans les jours qui viennent, de considérer dans quelle mesure la municipalité parisienne respecte ses propres engagements, où s’il ne s’agit là que d’un effet de vitrine avant braderie générale et dilapidation soldée de certaines valeurs politiques !
De toute façon, nous n’avons pas à demander d’autorisation de légitimité, nous lui donnons corps, jour après jour. Comme je l’ai dit lors de l’assemblée générale du 9 avril, « nous n’attendons rien de la puissance publique, car nous sommes la puissance publique ». Ce « nous » est collectif, il prend à témoin l’espace public dont il est issu. Concrètement, le mouvement ne demande qu’à s’amplifier.
L’assemblée générale du mardi 13 avril du collectif Un autre 104 est possible ! a appelé à un vaste « pique-nique citoyen », ce samedi 17 avril à partir de midi au CentQuatre. Ce temps de rencontre et d’échange, autour des objectifs poursuivis par Un autre 104 est possible !, s’inscrit au c½ur du « week-end d’ouverture des ateliers » du CentQuatre, au cours duquel sont prévus un certain nombre de « gestes artistiques » (comité de rédaction public de la revue Independencia.fr, spectacle de Maria Donata D’Urso / Sophie Loizeau dans le cadre du festival Concordan(s)e, rencontre avec la metteure en scène Marie-José Malis, projection du projet conduit par Laurent Roth, Guillaume Vieira et Kendra Walker), « gestes » auxquels peuvent éventuellement venir s’en greffer d’autres, dans l’espace public du CentQuatre. Puisque les portes sont ouvertes, ouvrons-les ! A samedi, en joie, ensemble.

Jean-Marc Adolphe



« Un autre 104 est possible ! »
Communiqué de presse du 13 avril 2010.

Une délégation du collectif « Un autre 104 est possible » a été reçue hier, lundi 12 avril, par Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé de la Culture et président du Conseil d’administration du CentQuatre.
Au cours d’une entrevue de plus d’une heure et demie, Christophe Girard a reconnu partager notre préoccupation à l’endroit du CentQuatre. Constatant avec nous une certaine faillite de cet établissement artistique de la ville de Paris, il a souligné combien était légitime que se mette en place le mouvement citoyen que nous avons initié. Aussi a-t-il garanti qu’il ferait son possible afin que l’administration actuelle nous permette de nous rassembler dans les espaces vacants afin de mener à bien notre travail d’inventaire et de proposition.
Notre entente fut donc presque parfaite à l’exception du fait que l’adjoint au maire chargé de la Culture a prétendu que le CentQuatre n’avait à ses yeux « pas encore véritablement ouvert ». Nous considérons que, malheureusement, le lieu a bien ouvert et que l’échec du projet a bien lieu, et ce en raison de fondamentaux qu’il s’agit de repenser de fond en comble. L’entrevue avec Christophe Girard nous a conforté dans la volonté de rendre publics les débats et initiatives autour du CentQuatre et, au-delà, de situer la politique culturelle dans le cadre de « l’agenda 21 » qui engage la Ville de Paris dans une démarche de concertation citoyenne.

Christophe Girard a concédé que « tout pouvait encore être repensé » à propos du CentQuatre, ce que nous ne pouvons qu’entendre avec satisfaction. Il a néanmoins souligné combien le contexte légal demeurait problématique aujourd’hui pour qui voudrait modifier les missions et les objectifs du CentQuatre. Là aussi, nous sommes confortés dans notre volonté de saisir le Conseil d’administration du CentQuatre, dont nous demandons dès à présent la tenue d’une réunion extraordinaire ; ainsi que l’ensemble des élus de la Ville de Paris.
Nous sommes sortis de cette entrevue avec deux convictions. D’une part, en constatant que les pouvoirs publics eux-mêmes s’affirment parfaitement inquiets, nous réaffirmons l’urgence de nous inquiéter de la direction que prend ce projet prétendument emblématique du 21e siècle. D’autre part, en constatant que tout doit et peut être repensé, nous en appelons à la mobilisation de toutes les imaginations afin que s’expérimente et s’invente enfin un CentQuatre vivant et hospitalier. Telle est l’ambition des groupes de travail qui se mettent en place aujourd’hui, groupes de travail ouverts à tous et appelés à se multiplier dans les jours à venir. Les fruits de ces groupes de travail se manifesteront en partie en acte in situ, et seront en outre consignés progressivement sur le blog de cette « préoccupation citoyenne » à l’adresse suivante : http://le104occupe.wordpress.com/.


« Le collectif « Un autre 104 est possible ! »


Le logo ci-dessus a été créé par crsss.

Date de publication : 14/04/2010


Mots-clés : assemblée générale, municipal, CentQuatre
Inséré le : 14/04/2010 11:27
http://le104occupe.wordpress.com