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Les aventuriers du temps perdu

L'exposition Mason et Dixon de Mark Geffriaud

Chapeau : L'exposition Mason et Dixon de Mark Geffriaud relie la Zoo galerie de Nantes à la galerie Edouard Manet de Gennevilliers par le fil d'un travail « d'écriture collective » qui bouscule les modalités spatiales et temporelles de nos perceptions.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : arts visuels

Apparence :

Rubrique : Le Vrac
Rubrique : Espace critique

Yoann Gourmel artiste
Elodie Royer artiste
Mark GEFFRIAUD artiste
Lucille Uhlrich rédacteur

petit_geffriaud.jpg (titre : petit_geffriaud / )
rect_geffriaud.jpg (titre : rect_geffriaud / )

du 26/03/2010 00:00 au 07/05/2010 00:00
Salle : Zoo galerie
02 40 35 41 55
Nantes 44000 France (Nord-Ouest)



du 15/04/2010 00:00 au 05/06/2010 00:00
Salle : Emba/galerie Edouard Manet, Gennevilliers
3, place Jean Grandel
01 47 94 10 86
UN LIEU DE CRÉATION
ET DE DIFFUSION


L’Émba/galerie Edouard Manet est dotée de 660m2 d’ateliers dont un
consacré aux nouvelles technologies, d’une galerie d’expositions de 130 m2,
d’une salle de conférences et d’un centre de documentation. C’est un
centre d’art de proximité, destiné à l’enseignement des arts plastiques,
à la production et à la diffusion de la création contemporaine.
Ses objectifs
sont de favoriser la découverte et l’accès pour tous aux arts visuels, dans
leurs diversités, par la pratique artistique et par la confrontation avec
des oeuvres et des idées novatrices.
Les expositions, les rencontres
avec les artistes et les conférences sont autant d’éléments stimulants
d’une pédagogie renforcée.
Gennevilliers 92230 France (Ile-de-France)




Texte : En nommant sa double exposition Mason et Dixon, deux géomètres astronomes à qui l'on doit le dessin de la frontière abolitionniste en Amérique, Mark Geffriaud inscrit d'emblée son exposition sous le signe d'une divagation topographique .
Zoo galerie, premier coup d'½il : un bureau, un projecteur diapo, au mur, ce qui semble être des documents agencés par association d'idées. En s'approchant, l'illusion tombe. Le mur est recouvert d'une impression photographique de laquelle émergent seulement quelques documents réels. Etonnante déréalisation de l'espace que l'on se met à longer, comme on feuillette un livre pour en décrocher quelques informations, en quête nonchalante de sens. Puis, en reculant de quelques pas, l'accrochage se révèle dédoubler ses documents sous différentes occurrences comme une variation module un thème. Au centre, un bloc de nouvelles de Raimundas Malasauskas, accroché comme un calendrier aux feuilles détachables, aborde « la simultanéité » comme « alibi » et nous met au parfum d'une ubiquité.

Les pièces de Mark Geffriaud ont un dénominateur commun : explorer leur inscription spatiale et temporelle. Elles mettent en scène une enquête archéologique de leur propre activité dont les éléments s'altèrent et s'anticipent entre eux pour confondre passé et futur et ouvrir un champ d'interprétation non linéaire, hors du cours de l'histoire. Soudain l'iconographie employée devient un relais entre archives et rêves.
Tandis que notre esprit s'emploie à organiser les documents, le cliquetis irrégulier d'un projecteur diapo nous tire de nos rêveries en projetant un bureau qui pourrait être celui d'Indiana Jones, et qui met en scène des procédés d'investigation divinatoire sous les mains de l'artiste. Dans cet étrange faisceau célibataire, l'interprétation frénétique du signe dans laquelle nous a plongé la modernité semble prête a sauter à tout moment.
Petits bouts de bois jetés sur livre coupé, flanqué d'une carte… On se met à songer à des formules libératrices.

Arrivé à la galerie Edouard Manet, le mur de documents se poursuit et ses extrémités se referment de telle manière que les deux expositions se transforment en une boucle mentale. Appuyée contre le mur, une fine torsade de terre fraîchement modelée défie par sa droiture la fragilité de son corps. Plus loin, un tapis de chutes de bois est agencé avec une précision si remarquable que chaque chute semble avoir été anticipée et dessinée dans le seul but de former cette composition. Comme dans la plupart de ses pièces, Mark Geffriaud procède avec l'agilité d'un narrateur qui reconfigure d'un regard les conditions d'apparition des différentes composantes d'une histoire. Si bien que le réel semble dépliable selon un simple principe d'organisation d'hypothèses. Ce renversement de la méthode résiste d'autant plus à notre entendement qu'il est ici dilué par les collaborations qui, de la famille aux amis, ouvrent l'espace à un dialogue.
Enfin, sésame de l'exposition, un rideau de papier accroché au mur affiche un alphabet noir et délicat mais dont les lettres découpées au cutter ne se laissent étrangement pas fixer par la rétine. Après quelques inclinaisons de la tête on découvre que la couleur de l'alphabet n'émane pas des lettres elles-mêmes mais de l'obscurité d'une pièce entièrement tapissée de noir. Cette impression « à l'encre de nuit » réussit le prodigieux tour de force de dévoiler la profondeur de la signification tout en nous maintenant à la surface de l'énonciation… Aussitôt révélée, cette mise en relation entre espace et langage nous laisse dans la nostalgie de sa découverte et de son impossible exploration.
Mais le suspens résiste, car, le 5 mai prochain, Yoann Gourmel et Elodie Royer performeront aux côtés de Mark Geffriaud une « préface » à l'exposition qui manipulera l'ambiguïté chronologique d'interpréter un texte en amont du texte. La rumeur dit que l'espace qui fait gouffre à l'alphabet sera alors investi.

De bout en bout, Mason et Dixon, fait donc de son terrain un ailleurs, pris dans les faisceaux croisés du passé et du futur, comme le présent. Les différentes pièces se relaient dans une course contre leur temporalité. Cette évasion désamorce dans sa cavalcade tout ses ancrages pour disparaître dans un hors champ. Sur fond de soleil couchant. (Musique).

>Et Mason et Dixon, double exposition qui relie la Zoo galerie à la galerie Manet de l'Ecole des Beaux-Arts de Gennevilliers (avec la participation de Alex Cecchetti, Yves Geffriaud, Yoann Gourmel et Elodie Royer, Géraldine Longueville, Raimundas Malasauskas, Charles Mazé et Coline Sunier,
Aurélien Mole, Bruno Persat.)

> Et Dixon, du 26 mars au 7 mai à la Zoo galerie, à Nantes.
Et Mason, du 15 avril au 5 juin à la galerie Manet de l'Ecole des Beaux-Arts de Gennevilliers.

Crédits photos : Mark Geffriaud et gb agency, Paris.

Date de publication : 26/04/2010


Mots-clés : aventuriers du temps perdu, Mason et Dixon, Mark Geffriaud
Inséré le : 26/04/2010 11:56
Le site de la Zoo Galerie - http://www.zoogalerie.fr/

Thèmes : exposition,