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La référence numérique

Le festival Elektra à Montréal

Chapeau : Du 5 au 9 mai, Montréal accueille la 11e édition d’Elektra, festival d’arts numériques et levier de création et de diffusion sans équivalent en Amérique du Nord. Une plate-forme de promotion qui se tourne chaque année davantage vers l’étranger grâce au Marché International des Arts Numériques (MIAN) et qui valait bien d’en savoir un peu plus auprès d’Alain Thibault, directeur de la manifestation.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien (Mots-clés : )

Genre Ressource : entretien

Genre Agenda : événement / festival

Apparence :

Rubrique : Espace critique
Rubrique : 2010

EDWIN VAN DER HEIDE musicien
Carsten NICOLAI musicien electronique
Alain Thibault musicien electronique
Laurent Catala rédacteur

petit_elektra.jpg (titre : petit_elektra / )
rect_elektra.jpg (titre : rect_elektra / )

du 05/05/2010 00:00 au 09/05/2010 00:00
Montréal Canada



Texte : A Elektra, on ne lésine pas sur l’expérience. Celle de pratiques artistiques audiovisuelles pétries d’une culture numérique toujours en proie à sa logique d’avant-garde, mais aussi celle d’un public constamment à la recherche de sensations. Ces dernières années, Elektra s’est imposé comme le festival référence d’une ville de Montréal devenue en quelque sorte la plaque tournante des arts électroniques et numériques en Amérique du Nord, s’arrogeant un flambeau étrangement éteint dans les autres grandes métropoles du continent. Une spécificité qui chaque année attire tout un public d’initiés, de professionnels, mais aussi de curieux sur les rives du Saint-Laurent, et qui s’articule notamment autour de performances live multimédia fortes et immersives. Des pièces comme le Motion Control 5 de Granular Synthesis ou le Spatial Sounds d’Erwin van der Heide et Marnix de Nijs ont contribué à façonner l’image d’un festival exigeant et ouvert à la dimension spectaculaire. Feed, la pièce de Kurt Hentschläger - moitié de Granular Synthesis - présentée lors des trois dernières éditions, a sans doute été un sommet du genre, faisant littéralement basculer le public dans une matrice de lumières stroboscopiques surpuissantes, de sonorités aux fréquences vertigineuses et de fumée opaques, dans une quête autant physique que psychologique des limites perceptives de l’individu. Pour la onzième floraison d’Elektra, l’expérience intensive est à nouveau confiée à Erwin van der Heide, pour un Lazer Sound Experience qui annonce « un environnement tridimensionnel composé d’une infinité de projections lasers multicolores et d’ondes sonores ». Une approche multi-sensorielle de l’œuvre performative qu’Alain Thibault, créateur et fondateur d’Elektra, pose comme un des postulats du festival. « Je considère qu'il faut pouvoir présenter des œuvres qui sont plus de l'ordre de l'expérientiel que de l'esthétique. [Dans le cadre d’Elektra] Nous avons la chance d'avoir accès à une salle exceptionnelle comme l'Usine C qui permet la présentation de telles œuvres. La performance Feed de Kurt Hentschläger fut une véritable révélation, où l'implication du spectateur a dû être totale. Celui-ci n'était plus un simple observateur mais se retrouvait carrément à l’intérieur de la performance, se demandant presque si sa vie ne pouvait pas basculer. Ces pièces font en sorte de générer d'autres types d'émotions, fortes, différentes de ce que les gens vivent face à une œuvre traditionnelle. »

Issu de la scène musicale électro-acoustique, Alain Thibault a créé Elektra en 1999 avec l’idée d’offrir au public montréalais un accès au travail des artistes internationaux impliqués dans ce champ de création singulier, et en même temps de créer un rendez-vous évènementiel mettant en valeur sa ville. « Ayant toujours été, en tant que compositeur, intéressé à travailler avec des artistes visuels, des vidéastes, je considérais comme important d'élargir les horizons de notre communauté, de sortir du milieu de la musique électroacoustique, qui devenait de plus en plus restreint, pour rejoindre celui des arts électroniques que je considérais plus proche de mes préoccupations artistiques. Montréal est une ville de festival. Donc, au lieu d'avoir une saison de concerts, je considérais que tout investir dans un plus grand événement serait plus profitable à nous tous. Ce fut le cas. Nous avons pu ainsi attirer l'attention des médias et d'un nouveau public, plus jeune. »

A titre personnel, Alain Thibault a d’ailleurs mis la main à la patte au sein du duo Purform, adepte de la synesthésie audiovisuelle, et que le public parisien a pu découvrir durant le festival Némo au CentQuatre courant avril. « Notre duo est né après une première collaboration entre moi et l'artiste visuel Yan Breuleux en 1997. Après une série de vidéos, dont l'une a obtenu une mention au Prix Ars Electronica en 1998, nous avons commencé à investir le domaine de la performance audio-visuelle, les outils numériques temps réel commençant à être disponibles, notamment pour la vidéo. Nous avons ensuite réalisé des projets plus ambitieux, en 2000-2001 avec FausTechnology autour de trois écrans synchronisés permettant d'obtenir une expérience plus immersive et panoramique, puis en 2003 avec Black_Box, performance pour son quadriphonique avec quatre sources vidéo contrôlées en temps réel et projetées sur quatre écrans formant une boîte. Après avoir tourné ces pièces, nous avons pris une pause et sommes revenus en 2009-2010 avec cette nouvelle performance AV, abcd_light, dont la version finale a été présentée au festival Némo à Paris en avril 2010. »
Musicalement, Purform évolue dans un registre techno post-industrielle qui n‘est d’ailleurs pas sans rappeler l’écurie allemande de Carsten Nicolaï/Alva Noto, Raster-Noton. Fausse coïncidence, le label berlinois sera présent à l’affiche du festival Elektra, à travers les sets d’Olaf Bender aka Byetone et Mika Vainio – moitié de Pan Sonic - dans les soirées plus dansantes qui auront lieu à l’Usine C. Un goût personnel d’Alain Thibault ? Sans doute un peu. « Je ne sais pas si c'est ma formation en musique contemporaine qui m'a amené à aimer les choses précises, bien construites, mais disons que j'ai eu mes périodes de complexité musicale, industrielle, minimale. Disons que je suis sensible au travail bien fait, avec talent, tant sur le plan de la réalisation que du concept. »

Plus largement, la programmation d’Elektra 2010 renvoie aussi à un véritable travail de développement d’une scène de création numérique montréalaise, où pointent des personnalités audacieuses comme Herman Kolgen - qui présentera une nouvelle version de son Inject et sa création filmique la plus récente, Dust -, ainsi qu’aux intrigants rapports art/technologie propres à Montréal. Avec des lieux de recherche artistique comme la SAT (Société des Arts Technologiques), le centre Hexagram des universités Concordia et UQAM, Elektra participe en effet au développement de prospectifs parallèles entre les nouvelles pratiques artistiques – dans leur dominante audiovisuelle – et les nouvelles technologies, comme en témoigne par exemple le Panoscope 360° développé par l’artiste/chercheur Luc Courchesne, qui sera présenté à la Cinémathèque de Montréal durant le festival et qui pourrait annoncer d’autres modes de diffusion – et de consommation – cinématographiques. « Contrairement au discours traditionnel en art, nous n'avons pas peur de la technologie. C'est un outil d'expression incroyable, incontournable, encore dans sa période préhistorique, et où la découverte de ses spécificités en termes de création artistique est une recherche constante. Il nous apparaît comme essentiel de présenter les travaux des artistes-chercheurs associés à ces instituts. Mais notre focus se situe surtout sur les résultats artistiques et pas seulement sur les innovations technologiques. »

Autre élément fort d’Elektra, la tenue concomitante du MIAN, le Marché International des Arts Numériques, a permis de créer un réseautage fort autour du festival, qui dépasse maintenant largement le cadre national. « [Avec le MIAN,] mon premier objectif était de créer un réseau constitué d'intervenants partageant à peu près les mêmes préoccupations en termes de diffusion de l'art numérique. Je considérais essentiel que l'on puisse se reconnaître afin de mettre en place des actions nous permettant d'augmenter notre visibilité et de constituer un réseau fonctionnel de diffusion international. C'est effectivement la première initiative du genre dans notre domaine. Les gens se trouvaient dans les mêmes festivals mais ne se connaissaient pas. Cela a permis justement de multiplier les initiatives de diffusions, notamment en ce qui nous concerne, des artistes québécois et canadiens, et de générer un nombre important de collaborations, co-diffusions, coproductions entre les diffuseurs internationaux. » Une véritable plate-forme d’initiatives et de partenariats particulièrement porteuse, notamment vers l’international, et qui constitue sans doute la marque de fabrique la plus représentative du festival Elektra. « Je dois dire que mon idée de Marché fut essentielle dans le développement d'Elektra vers l'international, notamment en France. D'ailleurs nous avons collaboré avec succès à la présentation d'un MIAN Europe en novembre dernier à Bruxelles, lors du festival Cimatics, avec une emphase sur les artistes et diffuseurs francophones. »
Vous êtes prévenus, si vous ne pouvez pas venir à Elektra, c’est Elektra qui risque prochainement de venir à vous.

> Festival des arts numériques Elektra, du 5 au 9 mai dans divers lieux de Montréal et notamment à l’Usine C.

Crédits photos : Laser Sound Performance d'Edwin van der Heide. Photo : Isabelle Dubé.

Date de publication : 27/04/2010


Mots-clés : ELEKTRA, LA REFERENCE NUMERIQUE, festival
Inséré le : 27/04/2010 17:02
http://http://www.elektrafestival.ca

Thèmes : festival,