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Tombeau d'Olivier Greif

Hommages au compositeur disparu en 2000

Chapeau : Enfin reconnu, le pianiste et compositeur Olivier Greif n’est plus là pour voir l’aboutissement de son splendide travail. Dix ans après sa disparition, son absence se fait d’autant plus ressentir, ses compositions musicales étant reprises un peu partout dans le monde. En cette saison commémorative, Olivier Greif nous accompagnera dans les festivals.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : portrait (Mots-clés : )

Genre Ressource : portrait

Genre Agenda : musique

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Olivier GREIF compositeur

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Texte : 1950-2000 : s’il n’avait été prématurément emporté par la maladie, Olivier Greif aurait eu 60 ans aujourd’hui — ce n’est pourtant qu’à présent qu’il connaît le succès qu’il mérite. Son esthétique singulière, son absorption par une secte orientale alors qu’il a un peu plus de trente ans et sa carrière discrète pour le moins lacunaire — il l’interrompt pendant une dizaine d’années, n’écrit presque plus et se produit rarement — font de ce pianiste et compositeur un personnage atypique et déroutant dans le paysage musical contemporain. Rejeté (faute de s’y plier) par les avant-gardes, il ne gagne véritablement la reconnaissance de ses pairs que dans les dernières années de sa vie — qui sont sans doute aussi les plus fertiles, dégagées qu’elles sont de son passé mystique et tout présupposé esthétique pouvant l’inhiber —, son catalogue est florissant, sa musique commence d’être jouée un peu partout, dépassant le succès d’estime qu’elle récoltait jusque-là. Sa disparition nous laisse alors avec un sentiment amer d’inachevé — et plus d’une centaine de partitions dont les promesses ne seront jamais qu’à moitié tenues.
Olivier Greif est né dans une famille juive de l’est, d’un père médecin, ancien résistant et ancien déporté. Après avoir longuement assisté le grand Luciano Berio, il s’embarque, à la fin des années 1970, dans une longue quête d’identité spirituelle. Séduit par la pensée d’un maître indien établi à New York, Sri Chinmoy (qui lui donnera un nouveau prénom, Haridas, « Serviteur de Dieu »), il devient son représentant en France, et souffrira hélas beaucoup de l’emprise du gourou. Car ce mouvement spirituel est hélas à bien des égards une secte, et cet emprisonnement l’empêchera peu ou prou de composer pendant près de 10 ans. Il parviendra à s’en sortir, en 1993, mais se sera confronté entretemps au silence : « La grandeur d’une musique, écrit-il alors, est subordonnée à la profondeur du silence d’où elle provient et vers laquelle elle nous guide. » Durant les sept années qui lui reste à vivre, la musique qu’il écrit restera ainsi empreinte d’un certain « pessimisme mystique », comme il aimait lui-même à le qualifier avec humour — les deux mots ayant égale valeur et importance sous sa plume.
Attaché — de manière significative bien qu’assez lointaine — à l’esthétique tonale (il écrit, en 1972, un Triomphe de la tonalité pour piano) et aux formes classiques de la musique occidentale de tradition écrite (il écrit des Sonates et des Concertos ou encore ce Tombeau de Ravel, hommage éloquent à un aîné engagé dans une démarche similaire de renouvellement des formes et du langage et peut occasionnellement user de matériaux et modes archaïsants), Olivier fait penser à l’une de ces étoiles isolées dans le ciel musical. En écoutant sa Sonate de Guerre pour piano, ou encore sa Battle of Agincourt pour deux violoncelles, on ne peut s’empêcher de penser à Josquin des Prés ou à Heinrich Ignaz Franz Biber. Il a ainsi une manière bien à lui de brasser des réminiscences aussi variées qu’inattendues (venant de toutes les traditions et religions), et un style incantatoire, dont on ne saurait jamais véritablement décider s’il relève du pathos ou de l’extase, tant il alterne entre l’un et l’autre. Tirant principalement son matériau musical et son inspiration du piano — dont il est un virtuose — et du jeu pianistique, il explore les possibilités des instruments classiques à dépasser leur éloquence lyrique pour suggérer, évoquer, imiter. Sans toutefois verser dans une démarche bruitiste : Olivier Greif reste toujours classique dans l’âme.
Enfin, comme son maître et ami Luciano Berio, Olivier Greif est indéfectiblement attaché au verbe — un verbe qui, en revanche, et à rebours de Berio, l’habite davantage qu’il ne le travaille. Et l’on croise, dans ses œuvres vocales comme dans ses œuvres instrumentales, des textes de ou des références à Shakespeare, Rousseau, Keats comme à des hymnes religieux (de Luther ou Parry)… Et c’est entre silence et verbe qu’Olivier Greif trouve l’espace de son épanouissement — qui s’exprime par la musique, ineffable en puissance…

Très présent dans les salles en cette saison anniversaire, Olivier Greif nous accompagnera également sur les routes des festivals. Citons parmi d’autres une journée organisée le 5 juin par Proquartet, un concert d’Henri Demarquette (créateur entre autres de son Concerto pour violoncelle qu’il a enregistré récemment chez Universal) au Festival des Arcs le 22 juillet, deux concerts au festival Musiques-sur-Ciel, les 27 et 29 juillet à Cordes (avec son Quadruple Concerto « La danse des morts ») et, le 4 août à Lisieux, un concert hommage par Alain Buet et son ensemble Syntonia, qui reprend pour partie le programme de leur disque sorti chez Zig-Zag-Territoires.
Parmi les autres manifestations, en vrac : le 5 juin, Journée ProQuartet, avec ses Quatuors à Fontainebleau ; 21 Juillet, Naufragés à Belle-Ile ; le 22 juillet, concert violoncelle et piano, sous la coupole des Arcs ; les 27 et 29 juillet, Les Chants de l’âme et le Quadruple concerto à Cordes sur Ciel ; 4 août, Quatuors en pays d’Auge ; 25 août, Requiem à Brioude ; 13 septembre, concert violon et piano à l’Athénée (Paris) ; 2 octobre, Les Chants de l’âme aux journées Ravel de Montfort-l’Amaury ; 13 octobre, Création de la première Sonate pour violon et piano à l’Athénée (Paris)…
Au disque, récemment : Concerto pour violoncelle et Sonate de Guerre, par Henri Demarquette (2010), Universal ; Quatuor n°2 et The Battle of Agincourt par l’ensemble Syntonia (2010), Zigzag Territoires ; Meeting of the Waters par S. Moraly et R. David (2010), Triton ; Pascal Amoyel plays Greif, par P. Amoyel et E. Bertrand (2010), Triton ; Le Rêve du Monde : Olivier Greif joue Olivier Greif (2010), INA mémoire vive.

Date de publication : 23/06/2010


Mots-clés : musique classique, compositeur, pianiste, hommage, festivals
Inséré le : 22/06/2010 16:56
Le site d'olivier Grief - http://www.oliviergreif.com

Thèmes : concert, musique,