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Les illusions perdurent
Le Fresnoy présente un nouveau panorama des travaux de ses étudiants
Chapeau : Comme chaque année, le Fresnoy, Studio national des arts contemporains, expose les travaux de ses étudiants. Des œuvres abouties, parfois trop ficelées, qui forment une exposition hétéroclite souvent ancrée dans le monde industriel et technologique.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu (Mots-clés : )
Genre Ressource : compte rendu
Genre Agenda : événement / festival
Apparence :
Rubrique : 2010
Benoît Hické rédacteur
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du 05/06/2010 00:00 au 27/07/2010 00:00
Salle : Le Fresnoy studio national des arts contemporains
03 20 28 38 00
Tourcoing 59200 France (Nord-Est)
Texte : Si le Fresnoy est une « machine à produire », selon les mots de son directeur Alain Fleischer, elle est aussi une machine désirante, voire une usine à fantasmes qui turbine parfois à vide mais permet annuellement, grâce à son expo
Panorama, de prendre le pouls d'une diaspora d'artistes venus du monde entier. Comme le rappelait très pédagogiquement Fabrice Bousteau, le commissaire invité, qui a autant contribué à la sélection des candidats qu’à l’élaboration de leurs travaux, chaque étudiant du Fresnoy est d’abord un artiste porteur d’un projet, qu’il doit produire au sein de cette école devenue en 12 ans une institution reconnue. Chaque promotion bénéficie de moyens de production très impressionnants, que ce soit pour réaliser un film (le volet cinéma constitue le plus gros de la production, 9h de films cumulés cette année), une installation ou un dispositif empruntant à la photo, parfois à la sculpture. Des moyens dont on se demande parfois s’ils n’écrasent pas les étudiants sous des contraintes logistiques souvent lourdes pour des projets qui bénéficieraient
a contrario d'un jaillissement ou disons d'une certaine fragilité. La visite annuelle au Fresnoy se conclue en général par beaucoup de questions sur la passionnante mais contraignante économie d’un lieu dont la finalité est de générer des œuvres et des artistes (rappelons que 5% des étudiants sortant des écoles d'art deviennent des artistes professionnels...).
Ce qui frappe tout d'abord dans cette cuvée 2010, c’est la porosité avec le monde de l’industrie, chez certains étudiants qui ont travaillé par exemple dans le design avant d’intégrer le Fresnoy. C’est le cas du casque « modifié » de Matthieu Adrien Davy de Virville, conçu avec le CNRS et l’Institut national de recherche en informatique et en automatique. Objet fonctionnel autant que sculpture (mais en version
in progress), ce casque suit les mouvements du corps en pivotant sur son axe grâce à un système de capteurs dissimulés dans sa carcasse à la RJD2. L’artiste nous parle de porosité entre design, art et nouvelles technologies, mais on attendra une version plus aboutie avant de se prononcer sur l’intérêt réel de ce
Pharmakon pour l’instant au stade de prototype (et réduit à son processus de fabrication). Beaucoup plus intéressante, dans le même registre technologique mais tellement plus humain, l’installation d’Emmanuel van der Auwera. Cet artiste a entrepris de littéralement fossiliser nos émotions, grâce à un système d’impression en relief basée sur des captures IRM. La colère, la peur ou le désir nous sont ainsi exposés, et le face à face est très fort :
« Mon cerveau a été photographié, nous explique van der Auwera, et j’ai établi un processus scientifique qui se prolonge en une approche conceptuelle et, j’espère, poétique. » Ces
« sculptures d’émotions » disposées de manière aléatoire (et non scientifique, pour le coup) devant nous constituent bien ce
« Cabinet d’affects » revendiqué.
Mais (ouf !), le cru 2010 du Fresnoy avait également à nous montrer des œuvres qu’on placera dans un registre
low-tech, ce qui n’empêche pas une démarche maximaliste d’un point de vue spéculatif et émotionnel. On pense tout d’abord à l’imprimante 3D de l’artiste algérien Mohamed Bourouissa. Nulle photographie d’émotions ici mais littéralement une
« compression des individus », qui les scanne
« pour en faire des objets 3D virtuels », des petites figurines constituées de fil enlacé. Le public a ainsi la possibilité de repartir avec son double en miniaturise, une expérience très palpable de notre relation à la technologie (que l’artiste reprend dans son film réalisé avec un téléphone portable,
Temps mort, visible au Palais de Tokyo dans le cadre de l’exposition
Dynasty : là aussi il est question de morcellement de l’individu, capté et déformé par la technologie). La Coréenne Hee Won Lee orchestre, elle, une chorale mécanique du plus bel effet, à première vue tout du moins car si l’on se rapproche du film typographique généré par ce ballet de 108 petites boîtes à musique, on réalise que ces lettres forment des phrases très dures : le témoignage d’enfants abandonnés ou orphelins, qui forment comme un fil Twitter de la douleur. Ce Tétris d’un nouveau genre mise sur l’émotion, renforcée par les notes de musique qui appellent à des souvenirs d’enfance.
Une opposition très réussie entre la poésie du dispositif et l’effet qu’il engendre : c’est un peu ce que l’on ressent également devant l’installation documentaire interactive (en gros, un web-documentaire présenté sous forme d’installation) de Jacques Loeuille, l’une des pièces les plus réussies de ce
Panorama 12. L’artiste se dit passionné par les mythologies et folklores américains, la culture de masse. On retrouve dans ce road-movie interactif (la circulation se fait d’un geste de la main sur l’écran tactile) ces thèmes-là, sous l’angle nucléaire. On parcourt une autoroute rebaptisée
« le sentier atomique », qui dessert les vestiges d’infrastructures militaires liées à l’armement nucléaire, que les politiques de désarmement a vidées d’une partie de sa population. Certaines anciennes garnisons se sont transformées en sites touristiques très fréquentés, une « mythification » en cours que restitue brillamment ce documentaire à la forme très éclatée (mention spéciale à ce travelling au milieu des B-52 sur fond de Midlake :
« I’m so tired of America. »).
Le réel, mais cette fois-ci questionné, se retrouve au centre du dispositif d’Antonia Carrara : on y voit l’un des professeurs invités cette année au Fresnoy (le génial Luc Moullet) évoluant au milieu du Louxor aujourd’hui en ruine mais jadis un temple du cinéma (situé aux alentours du quartier Barbès, à Paris). Moullet dit face caméra, de sa manière inimitablement impavide, des extraits d’écrits de l’égyptologue relatifs au « vrai » temple de Louxor, en Egypte. Grâce à cette tension exercée entre le réel supposé et l’histoire retracée, ce docu-fiction (projeté lui-même dans un décor de carton-pâte) joue avec un certain brio sur la confusion. Et c’est aussi ce qu’on aime bien dans le travail photographique de David de Beyter, qui creuse la question de la représentation de l’ailleurs autant que de ce qui fonde la photographie quand elle prétend être une duplication du réel. L’artiste s’est intéressé aux architectures utopiques des années 1960 (voir aussi l’expo
Dreamlands du Centre Pompidou), en mélangeant des prises de vues bien réelles (de maisons-bulle, d’observatoire) à des trucages numériques qui renforcent, génial paradoxe, un grain argentique hyperréaliste. On nage en pleine science-fiction, sans pouvoir distinguer le réel du spéculatif, ce qui crée bien le « paysage mental » voulu par l’artiste. Citons enfin l'une des pièces maîtresses de ce cru 2010 du Fresnoy, une installation réalisée par une moitié de Granular Synthesis, Ulf Langheinrich, autre professeur invité cette année (avec aussi Scanner, Jean-François Peyret, Hans Op de Beeck, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige) :
Movement-X : une image est projetée comme une
« illusion stéréoscopique » en même temps que des lumières clignotantes. On devine le corps nu d'une femme, comme un spectre qui fait corps et modifie notre vision, le tout enveloppé de sons sourds. Une installation qui fait la part belle à l'expérience sensible, qu'on aurait bien aimé déceler un peu plus dans les œuvres des étudiants de la promotion 2010.
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Panorama 12, jusqu’au 27 juillet au Fresnoy, à Tourcoing
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Crédits photos :Une : HeeWon LEE,
108. Copyright : HeeWon LEE / Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains.
Article : Mohamed Bourouissa,
Edgar. Copyright : Mohamed Bourouissa / Le Fresnoy-Studio national des arts contemporains.
Date de publication : 23/06/2010
Mots-clés : audiovisuel, exposition, monde industriel, technologique
Inséré le : 23/06/2010 11:23
Le site de Panorama 12 -
http://www.panorama12.net
Thèmes : festival,