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La représentation qui ne dit pas son nom
Retour sur Uzes Danse
Chapeau : Danse
in situ ? Danse
outdoors ?
Site specific dance ? Le festival Uzès Danse vient de renouer avec les libertés et contraintes d’un manque d’équipement voué à la danse. Passionnantes fragilités
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu (Mots-clés : )
Genre Ressource : compte rendu
Genre Agenda : danse
Apparence :
Gérard MAYEN rédacteur
Christine JOUVE chorégraphe-interprète
Laurent PICHAUD chorégraphe-interprète
Marc Vincent chorégraphe-interprète
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du 12/06/2010 00:00 au 17/06/2010 00:00
Salle : Festival d'Uzes
11, place aux herbes
04 66 22 51 51
Uzes 30700 France (Sud-Est)
Texte : Cela fait quinze ans que ça dure. Quinze ans que le festival Uzès Danse rêve d’un équipement en dur, pour abriter les activités d’un centre de développement chorégraphique (CDC) pérenne, dont il émane. S’y confrontant, sa nouvelle direction avait imaginé de préfigurer des lieux d’accueil de spectacles couverts. De quoi faire droit aux fines exigences de représentation de la plupart des ½uvres. Manière aussi de défier cette molle sollicitation touristique qui confond les propositions artistiques avec des animations du patrimoine.
Mais des lieux couverts éloignés, coûteux à installer, incommodes et en proie à la fournaise estivale n’auront pas toujours convaincu, ces dernières années. Ainsi l’édition 2010 d’Uzès Danse vient-elle de renouer avec le goût de la représentation en extérieur. Et l’aura payé en renouant tout aussitôt avec les aléas climatiques, reports et annulations, imputables à un furieux printemps languedocien finissant.
Il y a quelque chose de nécessairement fragile, risqué, tendu, dans cette sortie de la danse en espace ouvert. Le mérite de la programmation de Liliane Shauss aura été de le penser tel quel ; problématiser directement les paramètres de l’intervention artistique
in situ. Journée professionnelle de débat à l’appui, animée par Jean-Marc Adolphe au nom de la revue Mouvement.
Les propositions artistiques elles-mêmes portaient les contradictions possiblement charriées par un tel débat.
Confidences, de Marc Vincent, invite des artistes à investir une réduction de telle ou telle de leurs pièces antérieures, plutôt que subir la réduction des moyens, des espaces, dévolus à leurs créations dans le contexte actuel. Une intention politique en même temps qu’esthétique.
Les chorégraphes-interprètes de
Confidences (Laurence Saboye, Chistine Jouve, Laurent Pichaud outre Marc Vincent) reprennent en solo, sur vingt minutes, et sur un plateau aux proportions restreintes, des extraits de pièces à effectifs et durée autrement développés à l’origine. Ils l’ont fait dans une cour semi-passante de la ville, un peu déclassée, au point que tant de présence artistique aura magnifié ces lieux. Au point aussi que l’intention se perd dans les proportions, en définitive ambitieuses, de l’espace. La réduction recherchée se tord en expansion, sans que se noue dans cette contradiction une conjonction suffisamment signifiante.
A l’inverse, Muriel Piqué et son équipe présentaient leur esquisse de
Live : poète versus corps dans les espaces confinés d’une petite chapelle et de sa cour attenante. En découle une relation de grande proximité entre les visiteurs et les performers. Laquelle n’est sans doute pas pour rien dans l’excitation d’une mise en tension d’actions performatives constamment relancées sur le fil improvisateur de la mise en jeu et en contact de leurs matériaux préalablement collectés et restitués en
cut-of . Cela à travers des formalisations visuelles, gestuelles, sonores. ¼uvre aussi la poétesse sonore, volontiers multimédia, Vannina Maestri, au c½ur de ce déploiement. Il y a de l’étourdissement vertigineux dans le mouvement qu’engage ce projet, encore au stade de l’essai ; cela au point qu’on s’interdira de le commenter d’abondance.
Mon nom, de Laurent Pichaud, se donne dans l’espace pleinement public de l’esplanade où s’élève le monument aux morts de la ville. C’est là aussi qu’il se prépare, au c½ur du va et vient urbain. De sorte que ses performers se demandent si l’essentiel de leur action ne produit pas mieux ses effets au cours de ces longues journées de préparatifs, plutôt qu’au moment annoncé avec lieu, heure et durée fixée dans la programmation, comme il en va en toute logique productrice appelant sa restitution en terme de représentation.
Or la question de l’
in situ semble se combiner intimement – ce qui n’est en rien synonyme de converger – avec celle de l’entrée ou pas en régime de représentation.
Mon nom fait revivre les significations, sans cela nécrosées et stratifiées, que recèle un monument aux morts. Lesquelles sont incroyablement multiples, qui touchent à la vie et la mort, l’identité et les nationalismes, les territoires et les voyages, l’attachement et la violence, la mémoire et le culte, l’énonciation et l’oraison, la confrontation, la solidarité, la puissance, la misère et la gloire. Entre autres.
Imaginons de commencer de tendre, seulement, un ruban tricolore dans l’espace. Une brise de représentations se soulève, au ras du pavé, qui d’emblée nous questionnent sur qui se trouve d’un côté de cette séparation symbolique, et qui de l’autre ; qui est reconnu appartenir à la communauté et qui en est exclu, qui se relie ou se délie, quel espace en atteste, porteur de quelles marques. Etc.
Les sept artistes de
Mon nom peuvent, trois heures durant, procéder à de fins appariements, mises en séries, suggestions plastiques, actions en solitaire ou en groupe, orchestration d’espaces, émissions de signes visuels et sonores, qui décodent la puissance symbolique du site, en excitent les contradictions, en poétisent les significations, en métaphorisent les inductions mentales. Faut-il préciser qu’on n’est pas alors à
Châlon dans la rue ? Et que se réalise dans
Mon nom un précieux alliage d’intervention manifeste, et pourtant d’élision discrète, au gré du caractère indéfiniment mouvant, effectivement déambulatoire, de son déroulement.
Tant de qualités ayant été observées, peut-on malgré tout formuler un soupçon ? Le suivant : même à travers son transport dans l’espace public, même à toucher en direct à la trame des significations que celui-ci recèle,
Mon nom continue de relever principalement d’un régime de mise en représentation. Des artistes s’y consacrent avant toute chose à nous exposer leur lecture singulière du monde. Cela plutôt qu’ils ne se consacreraient à une activation effectivement politique, agissante au contact des vivants de ce lieu, tel qu’un Christophe Haleb, autre habitué d’Uzès, le travail avec une puissance perturbatrice des conventions.
Mon nom, en égrainant ses créations à propos du monde, procèderait
on situ, plutôt que
in situ, au risque de favoriser la reproduction des cercles spécialisés de l’art. La question est ouverte.
La dense programmation d’Uzès – y compris dans sa partie demeurant en salle – appellerait bien des commentaires encore. Avec quelque assurance d’y avoir frôlé l’inouï, relevons la présence spectrale, suspendue à un souffle, hypnotique dans l’évidement de ses signes, d’Ayşe Orhon. L’absolue porosité diaphane de son solo
Hava permet de conduire très loin les projections que suggère un corps sensible à son espace. Fragile. Immense. En salle couverte aussi bien.
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Photo : Mon nom, ©DR
Date de publication : 23/06/2010
Mots-clés : festival, danse, Uzès
Inséré le : 23/06/2010 11:45
Le site d'Uzes Danse -
http://http://www.uzesdanse.fr/
Thèmes : danse, festival,