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Au-delà du présent

Ce qui vient, 2e édition de la Biennale de Rennes

Chapeau : La 2e édition de la Biennale de Rennes présente des œuvres chargées de sens et de questions. Après le travail en 2008, l’avenir est dans Ce qui vient le prétexte à analyses et inventions pour une cinquantaine d’artistes, dont Thomas Hirschhorn, Michel Debroin, Mati Diop ou encore les collectifs Société réaliste et Colectivo Tercerunquinto.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Genre Agenda : événement / festival

Apparence :

Rubrique : 2010

Pascaline Vallée rédacteur
Thomas Hirschhorn plasticien

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du 30/04/2010 00:00 au 18/07/2010 00:00
Rennes 35000 France (Nord-Ouest)



Texte : Où va-t-on ? La question est universelle, déclinable à souhait, du sens le plus simple à la théorie philosophique la plus tordue. Pour la 2e édition de la Biennale de Rennes, la commissaire Raphaëlle Jeune a choisi d’y répondre au pluriel. L’à venir de chacun et de tous, mais aussi l’invention et l’analyse sont au programme d’une biennale riche en propositions, présentées dans le vaste Couvent des Jacobins, sept lieux culturels de la ville et l’espace public. Après le travail en 2008, Ce qui vient explore ainsi un second thème de société, chargé de questions. Et l’incendie volontaire qui a retranché, quelques jours après son ouverture dans un parking, le Théâtre précaire de Thomas Hirschhorn à l’intérieur d’un centre d’art, est peut-être preuve de l’urgence de ce questionnement.

271€. C’est ce qu’affiche au Crédit mutuel de Rennes un thermomètre peu ordinaire, créé par Simon Goldin et Jakob Senneby. S’inspirant des dérivés financiers indexés sur le climat, trouvaille des spéculateurs boursiers du XXe siècle, le duo a installé dans la banque un dispositif qui mesure en temps réel la valeur de la température à Rennes. Une démarche approuvée par le directeur qui, lors d’un discours filmé puis exposé, les remerciait d’interroger « les limites du business ».
Ancrée dans la crise financière de 2008 et placée sous l’égide de Jacques Derrida, la biennale propose de repenser la manière même de penser l’avenir. Notre société est-elle devenue une société du pessimisme et de l’acceptation de l’absurde ? Va-t-on changer le monde ? Si oui, encore faut-il décider une direction commune. Ce qui vient n’interroge pas l’avenir mais notre relation à lui. Car anticiper, appréhender, fantasmer, organiser sont autant de manières de préparer le futur. Côté noir, La Totalité des propositions vraies (avant), immense diagramme de Julien Prévieux, recense les risques émergents. Pirates informatiques, courants politiques, tourisme sont vues comment autant de facteurs de disparition de l’humanité, égrainée en pourcentages par un magnétophone tout proche. Une preuve de plus que la volonté de contrôle des pouvoirs économique et politique se heurte à la complexité du monde. Mati Diop montre quant à elle dans la vidéo Atlantiques le destin de jeunes clandestins sénégalais, honteux de revenir dans leur famille après avoir manqué l’évasion. Côté blanc, les œuvres de Renata Poljak ou Didier Courbot tirent le fil d’un ciel ou de marguerites pleins de promesses.
Et si nous n’allions nulle part ? L’escalier de Michel Debroin, installé dans la cour du couvent, trace un circuit proche du signe de l’infini, montant et descendant à deux reprises pour revenir à son point de départ. Après tout, la flèche du temps n’est qu’une invention humaine. Sur le nuancier de Ce qui vient, le foncé domine, mais certaines propositions laissent partagé entre rire et crainte. Ainsi, dans le Journal d’anticipation du 19 juillet 2010, journal « qui ne prévoit rien mais qui voit tout », Nicolas Moulin nous informe que, suite aux changements climatiques, le bassin méditerranéen va devenir une mégalopole de 4 Milliard d’habitants financée par la Chine. Ailleurs, Mauro Cerqueira expérimente métaphoriquement l’autodestruction humaine. Exemple de l’effet pervers de l’aléatoire, le faux camions piégé de Damien Marchal fait quant à lui exploser des bombes sonores déclenchées par des visiteurs précédents.

L’avenir du monde est-il donc entre les mains de l’Homme ? Sous des airs accusateurs, Ce qui vient appelle également à changer les choses par l’imagination. Mais soyons clairs : s’il passe par toutes les nuances, l’avenir n’est pas rose. Selon certains, il ne doit pas l’être, mais au contraire se charger de doutes et ne pas suivre une ligne tracée d’avance. « L’avenir sera dissonant ou ne sera pas », affirme l’anthropologue et écrivain Eric Chaumier dans le catalogue de la biennale. « Le futur doit être dangereux », renchérit l’artiste Dora Garcia.
Choisir ou laisser venir ? Avec J’ai tout donné, Alain Michard encourage en tout cas à être actif, proposant des ateliers pour « échauffer sa perception » et « produire des formes ». En écho, les quatre opuscules du catalogue déclinent les axes de la biennale : ce qui vient, revient, devient, survient. Les interventions d’artistes, philosophes ou écrivains, parfois dialoguant entre eux, viennent nourrir la réflexion installée par les expositions.

A travers ce programme, la Biennale de Rennes pose également la question de son propre avenir. Initiée par l’entreprise Norac, elle va passer entre les mains d’un nouveau commissaire pour les éditions 2012 et 2014. Quelle direction va-t-elle prendre ? Celle de la rentabilité et de la mise en valeur d’entreprises partenaires ou celle de la libération de l’imagination et des possibles ? En attendant, rencontres, concerts et événements divers agitent Rennes au présent.

Ce qui vient, 2e Biennale de Rennes, jusqu’au 18 juillet.

Photos :
Une : Thierry Boutonnier, Frech Egg Vending Machine, 2010.
Machine distributrice retournée. Photo : D.R.
Article : Barking Dogs United, 2008. © Claus Bach.

Date de publication : 23/06/2010


Mots-clés : art contemporain, événements, artistes
Inséré le : 23/06/2010 12:32
Les ateliers de Rennes - http://www.lesateliersderennes.fr

Thèmes : art contemporain,