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Mort à l'art!
Chapeau : Les espaces d'expression et les moyens accordés à l'art s'effilochent dangereusement. Le réalisateur Pascal Kané tire la sonnette d'alarme.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : texte d'artiste (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'artiste
Apparence :
Pascal KANÉ rédacteur
Pascal KANÉ réalisateur
Texte : «(...)Il est inquiétant que, dans le nouvel ordre des choses, l'activité artistique soit, de divers côtés, la cible d'attaques meurtrières.
-De la part du patronat d'abord, qui trouve que le statut des intermittents du spectacle fait tache dans l'uniformité générale des régimes, mais aussi des propos tenus dans ce pays. Et que ses membres devraient bien rentrer un peu dans le rang, quitte à manier le couperet économique... (2% de baisse du pouvoir d'achat -pour commencer-, ce n'est pas énorme bien sûr, mais c'est avant tout une blessure symbolique, qu'on n'oserait infliger à aucune autre catégorie sociale).
-De la part aussi de ceux qui attendent la même rentabilité du spectacle que de n'importe quelle industrie, et qui font tout pour empêcher Canal+ de «gaspiller» son argent même si Canal France s'en sortait parfaitement. Peut-être que si l'on respectait plus le fric, les mœurs s'amélioreraient aussi dans ce pays...
-De la part encore de ceux qui méprisent tellement la création télévisuelle qu'un petit cadeau électoraliste aux Français sera toujours plus rentable qu'une télévision de qualité qui verrait la redevance augmenter. Comme si le niveau culturel des Français volait tellement haut qu'il ne faille surtout pas se préoccuper de l'élever. Une injure au génie national!
-De la part des censeurs de la littérature et du cinéma enfin, dont le projet est au fond de mettre fin à cet exorbitant privilège de l'art de ne pas se plier, à volonté, à la pression du discours «social». Là encore, il s'agirait de rentrer dans le rang!
Et ne parlons pas du risque de liquidation des maisons d'édition de Vivendi, de la fermeture brutale des squats d'artistes, de l'annulation de l'expo internationale de Seine-Saint-Denis (juré: nous n'avons rien à montrer au monde), etc.
Il fut un temps où la France était fière de ses artistes, et prête à leur prodiguer quelques marques d'intérêt. Il semble que ces temps soient en train de changer.
En comptant donc sur la baisse imminente des crédits du ministère de la Culture et sur quelques autres restrictions dans l'air du temps, faut-il aussi nous attendre à ne plus avoir comme interlocuteurs que des comptables et des censeurs à qui il faudra rendre des comptes à la dimension de leur étroitesse de vues?»
(Ce texte, revu par l'auteur pour parution dans
l'Humanité, est extrait d'une réflexion publiée par
la Lettre de la SRF, n°83, automne 2002).
Date de publication : 28/10/2002
Mots-clés : censure
Inséré le : 28/10/2002 00:00
Thèmes : politique générale, politiques culturelles,