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La partition intérieure, saisir l’insaisissable

Rencontre avec Patricia Kuypers

Chapeau : La danseuse et chercheuse en danse contemporaine Patricia Kuypers mène un travail anthropologique d'auto-observation de l'improvisation. Un temps de recherche ponctué de rencontres avec le public. Pour sa 3e conférence dansée à la Maison de la danse de Lyon, le 22 juin dernier, elle a invité le contrebassiste Barre Phillips pour un voyage dialogué à travers parole, musique et danse improvisée.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien (Mots-clés : )

Genre Ressource : entretien

Genre Agenda : événement / festival

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Christiane DAMPNE rédacteur
Patricia KUYPERS danseuse
Barre Phillips musicien

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du 22/06/2010 00:00 au 22/06/2010 00:00
Salle : Maison de la Danse à Lyon
Lyon France (Est)




Texte : Comment observer, noter, tirer des enseignements d'expériences improvisées qui sont par essence uniques, non reproductibles et liées à un état de corps et de conscience spécifiques ? Patricia Kuypers (1) questionne depuis six mois le solo improvisé dans le cadre de sa recherche intime de l'infime qu’elle intitule « La partition intérieure » (2). Elle observe les facteurs intérieurs sur lesquels elle s’appuie pour improviser, plutôt que sur la forme extérieure. Cette auto-observation pose un challenge. Car comment observer une chose « spontanée » sans la transformer ? L’artiste développe la notion de « témoin intérieur », un dédoublement en soi à travailler et tente de se défaire du miroir, de la séduction de la forme qui piège tout danseur. Lors de résidences, Patricia Kuypers danse seule sans public en tenant un journal d'improvisation et partage ses observations lors de conférences dansées.
Pour sa troisième rencontre, le solo s'est transformé en duo, un duo très joueur se questionnant mutuellement. Le dialogue avec Barre Phillips fut ponctué par deux moments de performance. Avec humour, le contrebassiste a interpellé la salle en déclarant : « Que la personne qui a inventé l’improvisation se présente ! » Mais il a aussi apporté des éléments de réponse aux questions de la danseuse, notamment sur les facteurs inconscients non maîtrisés alors que les artistes prétendent improviser avec : « L’involontaire devient volontaire parce qu’on le laisse vivre. »
La théoricienne de la danse n'est pas rentrée dans l'explication détaillée de sa recherche afin de donner la place à son invité et laisser la conférence s’improviser au fur et à mesure.
Rencontre avec Patricia Kuypers pour faire le point sur sa recherche singulière et exigeante.

Qu'est-ce qui vous intéresse dans le mode d'improvisation de Barre Phillips et pourquoi l'avoir choisi ?
Patricia Kuypers : « Avec sa longue expérience, Barre a développé une immense écoute et une pulsation extrêmement vivante qui peut voyager dans une palette très large d'univers musicaux, à l'écoute du moment avec les danseurs. S’il improvise avec d'autres musiciens, il a une capacité exceptionnelle à ouvrir et affiner l'écoute de tous en jouant toujours par-dessous. Il ne va jamais couvrir. En musique, on peut aller en force, être dans l’affirmation en jouant par-dessus. Barre arrive avec sa douceur à être dans un degré en dessous qui réouvre l’écoute et les possibles d’une musique qui ne s’enferme jamais.
Je l'ai invité car c'est un des musiciens qui est allé le plus loin dans sa pratique d'improvisation. Quand je l'écoute jouer, j'entends ce qui m’interroge. Il fait partie des artistes qui m'ont le plus influencée musicalement par l'inventivité de leur démarche musicale en improvisation. Dans ma pratique solitaire, j'avais le désir de passer un temps à travailler le flux de mon mouvement avec le flux musical de Barre.

Pour nourrir votre recherche, vous avez rencontré les danseuses Elisabeth Schwartz et Anne Garrigue, et le chercheur Hubert Godard. Ont-ils ouvert des perspectives non envisagées ?
« Je n'avais rien envisagé. Je suis partie à l'aventure comme si je ne savais rien sur l’improvisation pour voir toutes les questions qui surgissent quand je pratique sans certitude. J'observe ce que m'enseigne la pratique en tentant de faire table rase des enseignements reçus et donnés. Il n'y a pas un savoir mais une pratique.

Dans la conférence, vous disiez avoir reçu des techniques d'improvisation « heureusement et malheureusement ». Qu'est-ce qui l'emporte ?
« Cela fait partie des questions qui me poussent à remettre en route le questionnement sur l'improvisation. Ce mode de création est apparu dans les années 60. Ces artistes ont fait leur propre expérience et découvert des modes de fonctionnement possible qu'ils ont enseignés. Ils ont développé des outils pédagogiques et des concepts reflétant leur vision particulière. Je fais partie de la deuxième génération et j'ai reçu des stratégies d'improvisation de Katie Duck, Steve Paxton, Simone Forti, Lisa Nelson, Nancy Stark Smith…
Quand on reçoit la pratique esthétique de quelqu'un, on est dans un cadre qui s'est déjà un peu refermé. Il y a aujourd'hui des artistes de par le monde qui improvisent "à la manière de…" Si je veux identifier la source de ce qui fait sens pour moi, je dois me débarrasser de la formalisation préétablie de l'improvisation que, bon gré mal gré, mon corps a enregistré.

Date de publication : 06/07/2010


Mots-clés : concert, contrebassiste, dialogue, danse
Inséré le : 06/07/2010 11:12
Site de l’artiste - http://users.skynet.be/transition/
Site du centre de documentation bruxellois - http://www.contredanse.org/blog.php

Thèmes : concert, musique,