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Ils desserrent les intégrismes
d'avant
Chapeau : Autour de Sidi Larbi Cherkaoui, quatre garçons dans le chant et le mouvement, désordonnent une disjonction flottante et bouffonne, entre légende passée et mort future.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Apparence :
Gérard MAYEN rédacteur
CHERKAOUI chorégraphe-interprète
Luc DUNBERRY chorégraphe-interprète
Texte : Il faut d'abord clarifier un point. La pièce
d'avant est un projet collectif, signé à quatre corps et quatre voix. S'y sont rencontrés deux danseurs de la fameuse Schaubüne berlinoise, que dirige Sasha Waltz, Luc Dunberry, et Juan Kruz Diaz de Garaion Esnaola, et deux des non moins fameux ballets C de la B, Damien Jalet et Sidi Larbi Cherkaoui. Mais c'est bien sur ce dernier que se focalise une bonne part de l'attention, après le fracassant succès de sa précédente pièce –et première sous son nom–
Rien de rien.
Ce magnétique interprète incarne un type de danseur –décloisonné, transversal, nourri très au-delà des cercles de la danse savante– que le paysage chorégraphique belge a su favoriser, bien mieux que le français.
Et il tourne, tourne, tourne sur lui-même, lentement, longuement, les bras immuablement écartés à l'horizontale, sur la rotonde d'une mosaïque enchâssée dans l'épaisseur du plateau. Dans sa posture christique, ébouriffé sous un calot, est-il un prédicateur illuminé, à deux doigts de la lévitation? Ou bien, dans sa posture d'épouvantail à moineaux, une plaisante figurine tombée de la mécanique horlogère d'un beffroi?
On optera vite pour la seconde option: une vulgaire godasse vient le buter tel une quille. Gag. Il n'en manquera pas d'autres.
d'avant ne cesse de procéder par de secs et vifs décalages, dérapages, et renversements. Le fameux projectile a été expédié depuis un gigantesque échafaudage dressé en fond de scène, souvent masqué de pans de tissu. Sous cet aspect, c'est un genre d'infrastructure qui signale aussi bien les constructions nouvelles en cours, que les vieux immeubles enlisés dans d'improbables restaurations; chargée d'autant de ruine que de neuf, de passé que de futur, d'avant que d'après, et menaçant de tomber dans cette faille. Ce qui ne manquera d'ailleurs pas de se produire pour morceau...
Ainsi
d'avant fait-elle une pièce flottant entre l'exposition de sa construction et la démangeaison de sa déconstruction, dans un équilibre savamment chancelant, tenant dans la durée, tout en caressant ses maladresses et déphasages. Cette pièce disjonctive emprunterait la danse mais pourrait passer tout ailleurs, dans un tâtonnement troussé de virile et juvénile désinvolture en complet veston.
Ces quatre garçons donnent autant de la voix que du corps. Deux d'entre eux ont un très solide bagage musical.
d'avant compose un paysage sonore médiéval, mais en décolle l'image mentale. Sur cette matière, le profane projette des atmosphères drapées de légendes ou de ferveur sacrée, de litanies et d'implorations. Ici on verse tout à trac dans le joyeux profane, l'insolence bouffonne, par de loufoques cérémonies à grigris, et processions transformistes.
Par le souffle du chant s'insinue une digression des inflexions des danses, qui se posent avec délicatesse, remontent en souplesse, tournoient sobrement, quoique très prégnantes. Elles se nouent, se lovent, dans des tonus lâchés, des prises de catch ramolli, des verdeurs modelées, des abandons dés-innervés. Malaxant l'espace en pâte légère, délicieusement excitante, la sarabande gestuelle appelle des rapprochements de farce.
Une fois désossée la trop régulière mosaïque, une fois érigées de vaines tourelles, nos garnements vont s'autoriser, pour dernière liberté scénique, la pirouette de créer la mort.
Indisciplinaire et révélatrice des mécanismes de la représentation, comme il se doit dans la tendance,
d'avant regonfle, de surcroît, l'air du temps d'un salutaire humour, tout comme d'un plaisir assumé de danser. Cette pièce du désordre articulé élargit quelques failles, desserre les intégrismes, à commencer par ceux de la critique.
d'avant a été créé lundi 28 octobre au Théâtre de la Ville (Les Abbesses) et y reste programmé jusqu'à mercredi 30 octobre.
Date de publication : 29/10/2002
Inséré le : 30/10/2002 00:00
Thèmes : danse, musique,