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«Style is a corset»

Entretien avec Simone Forti, chorégraphe

Chapeau : Simone Forti a croisé toutes les avant-gardes américaines des années 50-60. D'un travail qu'elle dit «guère spectaculaire», elle ne tire aucune gloire, mais elle garde l'esprit de liberté qui traverse un parcours résolument hors-normes. Entretien.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien (Mots-clés : )

Genre Ressource : entretien

Apparence :

Rubrique : 30
Rubrique : 2

Simone FORTI chorégraphe
Christophe WAVELET rédacteur
Anna HALPRIN chorégraphe

Texte : Quelles autres sources situeriez-vous, concernant votre parcours de chorégraphe?
J'ai découvert Kurt Schwitters à l'époque où j'ai fait la connaissance d'Ann Halprin. J'ai trouvé ses écrits extraordinaires. Tous. Bob (Morris, ndlr) m'a fait lire Duchamp, qui a aussi beaucoup compté pour la suite de mes projets. En feuilletant un magazine chez Ann, j'ai découvert les activités du groupe Gutaï au Japon. La liberté de leurs performances me fascinait, et annonçait ce que j'allais vivre avec d'autres artistes peu après à New-York (Allan Kaprow, La Monte Young, Claes Oldenburg), en
intervenant pour de multiples Happenings. Par ailleurs, je m'intéressais au Zen, dans une certaine mesure. Avec mon ami John Graham, nous parlions beaucoup de théâtre, envisageant le recours à des procédures de juxtapositions et de collages qui nous semblaient inédites et intéressantes à expérimenter. «Blow your mind» était devenu pour nous une sorte de devise: il s'agissait de se rendre disponible à ce que nous ne connaissions pas, d'accepter d'être désorienté. Nous avions développé un projet pour lequel j'avais proposé le titre de «Nez: Zen», mais à l'envers.


Avez-vous reçu d'autres formations à des techniques de danse ou de corps?
J'ai bien suivi un stage d'un mois en technique Graham, en 1960, mais je ne pouvais pas rentrer mon estomac ainsi que l'exige cette technique. C'était impossible, au-dessus de mes forces. Puis je suis allée suivre quelques cours donnés au studio de Merce Cunningham lorsque nous nous sommes installés à New-York avec Morris. Je me souviens que l'enseignant montrait des enchaînements auxquels je ne comprenais rien du tout. Chacun était supposé intégrer les données de manière purement mimétique. Tout allait à une vitesse folle, j'étais incapable de rien mémoriser. Un paramètre important du mouvement semblait être l'isolation arbitraire de différentes parties du corps. Un jour, dans le studio, exaspérée par tout ça, j'ai déclaré que le travail de Cunningham était un travail d'adulte, avec ces isolations articulées, et que ce que j'avais moi à offrir était beaucoup plus proche des réactions holistes et générales qui sont celles du premier âge de l'enfance.
En fait, ayant commencé la danse tardivement, par rapport à la plupart des danseuses, je ne me sentais ni disposée ni intéressée à transformer mes pratiques corporelles dans le sens d'un modèle déjà établi, quel qu'il soit. Mais j'ai passé des heures au zoo à étudier la locomotion chez les animaux. J'aimais particulièrement les ours, et aussi les tortues, qui sont capables de nager extrêmement loin avant de revenir. Deux petits chats qui jouent et se battent en même temps ont une pratique du mouvement proche de celle d'un art martial. J'ai appris plus de ces obversations que de n'importe quel cours de danse. Et puis j'étais infiniment plus intéressée par l'étude des animaux ou le travail des «tâches-improvisations» que par je-ne-sais quelle technique balletesque ou post-balletesque, ou même que par la complexité structurelle de la plupart des danses qui se faisaient à l'époque.
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Quels ont été vos rapports avec les mouvements féministes des années 50-60?
Vous savez, au contraire des milieux picturaux de l'Expressionisme abstrait, les milieux de la danse n'ont jamais été durs pour les femmes. Il en allait pour nous comme pour les gens de Fluxus réunis dans le sillon de Macciunas, ou pour le groupe de Yoko Ohno qui se réunissait et performait dans son loft. Les femmes n'avaient pas là à souffrir de leur condition de femmes. Dès lors, il n'y avait pas de nécessité directe pour moi à militer au sein de tel ou tel groupe féministe. Compte tenu de l'éducation que j'ai reçu, j'ai très tôt considéré qu'une femme doit être payée pour le travail qu'elle accomplit, et de la même façon qu'un homme. Pour le reste, il m'est arrivé de me sentir proche d'un grand nombre de revendications émises par les différents courants féministes. Mais encore une fois, sans doute du fait d'une situation dès longtemps privilégiée, je n'ai jamais éprouvé la nécessité de devenir milita

Date de publication : 01/09/1998


Mots-clés : années 50, années 60, années 70, avant-garde, transmission, performance
Inséré le : 20/04/2001 00:00
Thèmes : improvisation, danse,