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Marthaler reste à Zurich
Sursis d'une année pour le directeur du Schauspielhaus: le Conseil d'administration revient sur ses pas et annule provisoirement le licenciement qu'il a prononcé fin août.
Le monde artistique respire à nouveau: l'«affaire Marthaler», qui secoue Zurich depuis deux mois et fait des vagues au-delà des frontières suisses, a pris fin hier. Provisoirement du moins. Le Conseil d'administration du Schauspielhaus de Zurich, plus grand théâtre de Suisse, a accordé in extremis un sursis à Christoph Marthaler, directeur de l'institution depuis deux ans et l'un des hommes de théâtre les plus réputés d'Europe.
Le Conseil a adopté ce qu'il appelle la solution «de l'espoir», et revient sur ses pas: Marthaler n'est pas licencié comme cela avait été décidé à la hâte, il y a deux mois (lire ci-dessous), mais conserve ses fonctions jusqu'à l'été 2004. Si d'ici là les spectateurs affluent, assure Peter Nobel, président du CA, «il est envisageable que Christoph Marthaler reste à Zurich jusqu'en 2005. En tout cas, nous avons renoué le dialogue.»
Mais la confiance ne règne qu'à la surface. «J'aimerais ajouter que j'ai un contrat de cinq ans», lance le directeur de théâtre pendant la conférence de presse, et insiste sur le fait que si ces prochains mois le public ne suit pas, il partira de son propre gré. Plus tard, il parle d'une «compréhension améliorée», mais ne cache pas que sa vision des choses ne correspond pas à celle des responsables politiques.
Pour lui, le bon dénoument de cette affaire est dû à «l'incroyable soutien» du comité «Pour que Marthaler reste», de nombreuses personnalités (René Gonzalez, Elfriede Jelinek, Luc Bondy, Gérard Mortier...), de sa propre équipe et des gens de la rue, qui n'ont pas hésité à manifester leur solidarité depuis l'annonce du limogeage fin août. Marthaler y voit une «victoire du monde artistique». «Sinon, ajoute-t-il, j'aurais quitté le Schauspielhaus, et accepté l'une des offres de l'étranger. J'en ai reçu quelques-unes ces dernières semaines.»
Peter Nobel, interrogé sur les raisons du soudain revirement du Conseil d'administration, parle en chiffres. S'il est possible de reconduire Marthaler dans ses fonctions, c'est «uniquement» grâce au Canton de Zurich, qui promet de couvrir une part du déficit de la saison 03/04, à hauteur de 2,5 millions de francs. Une décision qui date de mercredi dernier. Et sans cela? «On a trouvé une solution. Je refuse de spéculer sur l'issue de l'affaire au cas où ce soutien financier nous aurait fait défaut.»
L'écrivain Adolf Muschg, avec Roger de Weck l'un des membres phares du comité «Pour que Marthaler reste», comprend que Peter Nobel s'appuie sur des arguments financiers: «Il en a besoin pour défendre sa position. C'est ce que les contribuables veulent entendre. Je n'ai jamais regardé le Conseil d'administration comme un ennemi. J'ai senti dès le début de la crise que ses membres étaient divisés.»
A l'arrière-plan, Andreas Spillmann, directeur administratif du Schauspielhaus, apparaît comme l'un des négociateurs les plus importants du nouvel accord. En collaboration avec l'équipe artistique, il a élaboré un catalogue de mesures économiques pour la saison prochaine. Alors, tout est bien qui finit bien? Pour l'instant en tout cas. Reste que l'image de Zurich, dans le domaine de la gestion de ses institution culturelles, en ressort ternie. «C'est de l'histoire, répond Andreas Spillmann. Il faut tourner la page.» Et l'important, c'est que Marthaler reste.
Chronique d'un sauvetage in extremis
Janvier 1999
«Christoph Marthaler va faire du Schauspielhaus le centre du théâtre germanophone. Nous en sommes fiers. Les réussites de notre ville valent plus que de l'argent», déclare le Conseil municipal zurichois peu après l'annonce de la nomination du nouveau directeur.
Septembre 2000
Le metteur en scène prend les rênes du Schauspielhaus Zurich, le plus grand théâtre de Suisse. Deux saisons durant, il enchante les amateurs, la presse et les critiques mais irrite une partie du public, qui digère mal son attitude provocatrice et critique à l'égard de la société helvétique.
Juin 2002
C'est la crise. En deux saisons, le nombre de spectateurs du théâtre a drastiquement chuté (120'000 en 2001/2002, contre 170'000 l'année précédente). Les frais liés au Schiffbau, nouvelle scène inaugurée en 2000, pèsent sur le budget. Le déficit se creuse. Pour faire des économies, le Schauspielhaus repousse d'un mois son début de saison 2002/2003 et renonce à certaines productions.
31 août 2002
A la surprise générale, le Conseil d'administration du Schauspielhaus décide lors d'une conférence téléphonique improvisée de mettre fin au contrat du directeur de théâtre pour la fin de la saison 2002/2003. Pourtant, l'institution zurichoise vient d'être nommée «Théâtre (germanophone) de l'année» par les critiques européens. Marthaler apprend son limogeage par voie de presse.
3 septembre 2002
Une réunion de protestation réunit 1600 personnes à Zurich, autour de l'écrivain Adolf Muschg et de l'homme de presse Roger de Weck. L'assemblée exige la révocation du licenciement. Dans la suite se constitue le comité «Pour que Marthaler reste». La mobilisation dépasse les frontières suisses.
6 septembre 2002
Le CA esquisse une solution dite «de l'espoir». Si le Schauspielhaus réussit, grâce à des récoltes de fonds auprès de tiers, de combler jusqu'à fin septembre le trou de 4 millions de francs suisses qui menace la saison 2003/2004, les responsables sont prêts à accorder à Christoph Marthaler un sursis d'une année.
11 septembre 2002
Le comité fait appel au soutien de la population: une nouvelle monnaie, le «Mar-thaler» (de «thaler», ancienne monnaie allemande), vendue à 100 francs la pièce, doit renflouer les caisses du théâtre. Des affiches et des spots publicitaires incitent les Zurichois à acheter une abonnement pour la nouvelle saison. Manifestations, discussions publiques et lectures s'ajoutent au programme.
24 octobre 02
Dans une ambiance tendue, le Schauspielhaus inaugure sa nouvelle saison 2002/2003. Le sort de l'homme de théâtre n'est toujours pas connu.
28 octobre 02
Le Conseil d'administration annonce lors d'une conférence de presse que Christoph Marthaler peut rester une année de plus.
Anna HOHLER,
Publié le 2002-10-30
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Christoph MARTHALER (metteur en scène), Anna HOHLER (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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