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Un présent spontané

Emmanuelle Huyhn s'entretient avec Julyen Hamilton

Chapeau : Aujourd'hui installé en Espagne, Julyen Hamilton privilégie depuis 1980 la danse improvisée. Autour d'un stage auquel elle a participé, Emmanuelle Huyhn, danseuse-chorégraphe, a questionné Julyen Hamilton sur le sens de certains exercices.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : texte d'artiste (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'artiste

Apparence :

Rubrique : 2

Julyen HAMILTON rédacteur
Emmanuelle HUYNH rédacteur

Texte : Emmanuelle Huyhn: Je voudrais revenir sur la notion d'imagination dont tu parles beaucoup en atelier. Tu as dit «l'imagination change quelque chose physiquement dans le corps». Je rapproche cela de la notion de pré-mouvement du kinésiologue français Hubert Godard. Il dit que lorsque je désire te toucher, quelque chose se dispose physiquement depuis mon fond tonico-gravitaire propre, dès que j'émets le signal de te toucher. Le pré-mouvement est une sorte de préparation. Te semble-t-il juste de le rapprocher de ta notion de l'imagination?


Julyen Hamilton: Oui, tout à fait. Je dis souvent «ce qu'il y a avant le mouvement». C'est presque imperceptible mais c'est déjà du mouvement. Cela crédite le fait que ce qui est vivant, une idée par exemple, bouge. L'intention, le désir, l'imagination de bouger sont déjà un mouvement vers. J'ai étudié la kinésiologie, l'Alexander et l'aïkido dans lesquelles cette notion est présente.


E. H: Spinoza donne cette définition de l'imagination dans «l'Ethique»: «L'imagination, c'est la faculté qu'a l'esprit de se représenter quelque chose qui n'existe pas»? Qu'en penses-tu?


J. H: J'aime inclure dans ma définition de l'imagination la faculté de se représenter la réalité aussi. La danse doit commencer avec ce que nous sommes. Commencer avec ce qui n'est pas peut occasionner une grande séparation avec ce qui est. Et pour bouger il est littéralement impossible d'aller là-bas avant d'être ici. Ce n'est pas seulement une pensée philosophique, c'est une pensée mécanique. J'ai noté que cela donnait une base puissante.


E. H: Hier, tu as dit que l'improvisation déjoue les hiérarchies habituelles, la notion d'auteur. Qui est l'auteur d'un spectacle d'improvisation?


J. H: Je peux dire que j'organise un contexte qui permet à d'autres d'improviser. Je suis l'auteur de la situation. En ce sens, je pourrais recevoir des droits. Mais concernant le mouvement dans un groupe d'improvisateurs, il est impossible de désigner un auteur, un porteur de l'autorité car chacun l'exerce.


E. H: Quelle est la spécificité de ton travail de «director»?


J. H: Diriger veut d'abord dire choisir les personnes qui constituent le groupe. C'est déjà un choix important. Ensuite, je donne un titre. Je ne décide d'aucun mouvement pour les autres. J'ai décidé de ne pas décider. Je porte cette responsabilité. J'essaie d'éduquer, raffiner et stimuler les individus et le groupe. J'assume toutes les minutes de leur improvisation et pas seulement celles qui me plaisent. Cette confiance est un support qui exige d'eux une responsabilité.

Date de publication : 01/09/1998


Mots-clés : expérimentation, mouvement, imagination
Inséré le : 20/04/2001 00:00
Thèmes : improvisation, danse,