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Le pas migratoire de Christine Quoiraud
«J'écris mon texte avec les pas que je fais sur la terre»
Chapeau : Danseuse nomade, Christine Quoiraud parcourt le monde vers «une nouvelle territorialité de l'être». Danser, marcher, capter des traces: un art de vivre qui lie expérience et perception.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : 12
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
Christine QUOIRAUD chorégraphe
Texte : Porter les yeux devant soi, autour. «C'est en confrontant nos corps avec l'environnement naturel, sa complexité, son imprévisibilité, son caractère direct et autonome, que nous espérons révéler et clarifier la relation de symbiose entre le corps et son environnement et trouver ainsi une danse qui aille au-delà d'une simple gestualité ou de comportements socialement acceptés». Le nomadisme est le fantasme de la danse. Son fantôme largement assigné à résidence. Christine Quoiraud réside sur terre. Ici et ailleurs. Pas dans l'obsession d'être vue, mais de parcourir. Exploratrice non conquérante, voyageuse d'horizons et de sols, chemin faisant. Incessants déplacements d'orées. Cela pourrait s'appeler: une «géo-poétique» de la danse.
Un parcours qui commence dans les esquisses d'une «météorologie du corps», au Japon, avec le danseur Min Tanaka, années 80. Cinq années loin de la langue (maternelle), des gestes appris, pour accumuler d'autres poids, d'autres sensations, d'autres textures du mouvement présent à soi et aux autres. «Selon ce qu'on est, on transforme tout ce qu'on voit» (Ella Maillard). Et aussi: «Que fait l'humain dans la nature?». Recherche de «feed-back» entre «l'environnement» et soi. Une articulation interactive que Christine Quoiraud a nommée: Corps / Paysage.
Lauréate du programme Villa Médicis Hors les Murs de l'AFAA (Association Française d'Action Artistique) en 2000, elle a pu développer ce projet itinérant, du désert australien au chemin de Saint-Jacques de Compostelle, des bords de la rivière Tiso en Hongrie, à l'île de Yakushima, au Japon, des étendues californiennes au centre de Londres. «Capter des traces visuelles, sonores, établir des cartes, reconnaître un terrain, définir le temps imparti à un parcours». Développer «l'attention spontanée». «Établir une nouvelle territorialité de l'être. Ainsi l'on déborde du concept de l'appartenance spécifique à une catégorie humaine ou artistique. On est «incorporé» dans un processus de connaissance qui a à voir avec l'errance, le troc. On relève des signes dans la réalité pour modifier une destination, ajuster un comportement, s'exprimer». Intersection de l'expérience et des perceptions, temps du corps et temps du paysage, trajet de l'échange. «Rêve d'un espace «dé-centré», dont le centre échappe, se déplace, se multiplie». «À quel moment le danseur se «dé-possède»-t-il de lui-même pour donner une charge d'inconnu à l'espace?».
Traces. Un spectacle dans l'envol des oiseaux. Une exposition de photographies. Un livre en chantier. Mais l'essentiel, bien sûr, n'est pas de «produire». Transmettre, oui. Rencontrer, en chemin, d'autres nomades: danseurs, artistes visuels, écrivains, scientifiques; «autres solitaires» formant une «communauté de passage» en charge, peut-être, d'une liberté d'aller que même les 35 heures ne font qu'effleurer, très loin.
Dans «l'esthétique» du projet Corps / Paysage, la seule chose qui puisse «arriver», c'est de continuer. Christine Quoiraud continue. De ci, de là. Aujourd'hui, demain, elle marche, sac au dos, vers l'objet de la marche lui-même. Seule, en compagnie, en stage. Marche livrée à sa seule fin, délivrée des «rythmes perdant toute humanité», danse du monde en sa respiration climatique. Acte artistique migratoire dont les chemins sont la scène ouverte.
Date de publication : 01/04/2001
Mots-clés : marche, voyage, écriture, perception
Inséré le : 20/04/2001 00:00
Thèmes : danse,