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Au bonheur des écritures contemporaines
Chapeau : A entendre sur les scènes parisiennes, des textes de Nicolas Genka, Christine Angot, Werner Schwab, Martin Crimp et Serge Valetti.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Apparence :
Christine ANGOT auteur
Martin CRIMP auteur
Nicolas GENKA auteur
Philippe MINYANA auteur
Werner SCHWAB auteur
Texte : Le poème à dire. La jeune fille et la mort, de Nicolas Genka.En ce mois de novembre, la maison de la poésie porte décidément bien son nom. Elle abrite et rend accessible pour une assemblée la force trop souvent solitaire du
poème à dire – ce qui est particulièrement vrai de l'écriture de Nicolas Genka, si précieuse, et malheureusement trop rare.
Le Jeune fille et la mort aurait déjà dû voir le jour, il y a vingt ans, sur la scène de Victor Garcia, prématurément disparu. Ses romans ont subi l'incroyable violence d'une censure qui ne dit même pas son vrai nom
L'Epi monstre, qui est l'un des textes les plus essentiels de la littérature du XXe siècle (voir Mouvement n°10) est toujours interdit de vente aux mineurs, même s'il a été republié par Exils en 1999. Enfin nous pouvons entendre, en plein cœur de la cité, la langue de Nicolas Genka, à la fois si simple et si puissante. C'est qu'elle n'est prise dans la tendance dominante de l'époque. Aucune volonté de coller avec l'époque et son prétendu réalisme. Juste le désir de faire naître un chant pour des corps rassemblés. Un «théâtre de cérémonie», comme le dit justement Yves Lenoir, maître d'œuvre de ce projet décidément hors du temps. Avec le chant, haute-contre, et le luth, pour redire que le théâtre et son poème sont d'abord, et essentiellement, une aventure des rythmes et des musiques à dire.
La Jeune fille et la mort prend notre civilisation à rebrousse-poils, elle en donne à voir l'envers spectral, la part d'ombre que nous prenons bien soin de tenir cachée. Quand la rage et le feu se mettent à danser dans les voix.
Bruno Tackels
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La jeune fille et la mort, ou Narimasu, de Nicolas Genka. Avec Margot Bertaud et Yves Lenoir. Maison de la poésie, jusqu'au 24 novembre 2002.
- Le livret est publié aux éditions l'Ile Verte, accompagné de l'enregistrement sonore des chansons, et du manifeste pour un théâtre de cérémonie,
Le Retour d'Ariane, d'Yves Lenoir.
Tous les corps tombent, Normalement, de Christine Angot.Au Théâtre de la Colline, Michel Didym met en scène, avec Redjep Mitrovitsa, un texte écrit «pour la danse». Avec Christine Angot, l'écriture est aux confins des genres, sans appartenance, sans l'obéissance attendue aux règles, et leur prétendue «dramaturgie». Avec Christine Angot, la littérature sort toute chamboulée. La distinction de genres littéraires ne tient plus, vraiment plus. Ni roman, ni théâtre, ces mots, normalement, étaient fait pour la danse, pour celle de la chorégraphe Mathilde Monnier. «Ecrire pour la danse». Même dit comme ça, la formule n'est pas tout à fait juste.
«Ecrire
pour la danse». Etrange formule, vraiment. Mais c'est pourtant bien ce qui se passe, dans ce texte. Tout partirait d'un corps qui veut dormir, un organisme bien vivant qui travaille à la réparation de tout ce qu'il a traversé dans le jour. Enumération du divers, Tous ces petits gestes, questions, remarques ressassées et autres micro-pensées qui n'ont l'air de rien : revisitation essentielle de tout cet ordinaire, apparent, qui nous arrive dans un jour, dans
chaque jour – ce que l'on nomme le quotidien.
Et comme ça parle, peu à peu le sol s'ouvre. Très vite remontent d'anciennes blessures. Dans l'ordinaire sourd l'exception, et dans le calme tranquille des jours qui passent, perce la hantise d'un rêve qui ne finirait plus. Comme celui-ci : et si tout, du monde, se mettait à grossir, d'un seul coup, et partout,, sans que personne ne sente que ça grossit ? Surenchère, affolement de la parole, comme si les mots simples se scindaient , coupés, démultipliés par viviparité. Plus rien ne peut plus contenir les corps : plus d'enfermement, plus de maîtrise, juste des corps qui ne se tiennent plus.
Tout le texte tiraille entre ces deux pôles, raison et folie pour toujours mêlées. Pour qu'un corps tienne, il faut bien l'enfermer. Où ? dans un corps. Et que dit le corps qu'on enferme ? Il se met à crier, il commence à dire des mots qu'il ne faudrait pas. Il sécrète des mots que l'on n'attendait pas, il répète, il ressasse, il cherche, répète. Comme un antidote pour déjouer l'ennui. Et pour trouver le sommeil. Des mots qui cherchent un léger apaisement, et qui appellent le mouvement d'un acteur. Ils ne manqueront pas de le trouver dans celui de Redjep Mitrovitsa...
B. T.
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Normalement, de Christine Angot, mis en scène par Michel Didym au Théâtre de la Colline, du 5 au 23 novembre 2002.
Deux colombiers pour Werner Schwab. Des pièces de l'auteur autrichien, pardon, européen, à la Comédie Fançaise et au théâtre du Colombier, à Bagnolet.La troupe de la Comédie-Française crée en France, du 6 novembre au 7 décembre, une pièce de l'Autrichien Werner Schwab,
Extermination du peuple ou mon foie n'a pas de sens, dans sa salle du Vieux-Colombier à Paris. Philippe Adrien, qui a déjà monté de ce dramaturge (mort en 1993),
Excédent de poids en 1999, signe la mise en scène de
Extermination du peuple dans un texte en français de Henri Christophe. «
Certes, dit-il,
Schwab s'inscrit dans la lignée des Bernhardt, Lebert ou Jelinek et manifeste lui-aussi son dégoût de la société ultra catholique autoritaire et fascisante de l'Autriche. Mais, poursuit-il, pourquoi tant insister sur ce caractère autrichien, régional en quelque sorte, quasi-folklorique de son théâtre ?. Ce dont parle Schwab nous concerne dans la mesure où nous sommes partie prenante de l'ensemble européen ».
Werner Schwab est également à l'honneur, jusqu'au 9 novembre, dans un « petit » théâtre qui n'hésite pas à créer des textes contemporains. Le théâtre du Colombier à Bagnolet est un de ces lieux, fragiles, trop rares, qui réconcilient avec le théâtre. Un de ces lieux qui affirment que la création dispose encore de quelques abris, incertains, sans trop de moyens, mais essentiellement centrés sur le désir de faire naître les formes nouvelles. Depuis quelques saisons, on y aura vu massivement la création de textes «contemporains»,
réellement contemporains, avant qu'ils ne soient repérés et labellisés prêts pour les Centre dramatiques ou nationaux... La saison dernière, Gérard Watkins y a trouvé refuge pour créer
Dans la forêt lointaine, avec une magnifique groupe d'acteurs, et cette année Werner Schwab est à l'honneur, avec deux pièces présentés durant tout l'automne. François-Xavier Frantz, qui n'en est plus à son coup d'essai, affronte
Ma Bouche de chien, pièce réputée injouable, où la langue s'affole jusqu'au vertige. Dans cet univers sans dehors, qui résonne de loin en loin avec celui de Novarina, seul l'acteur et son organe peut prétendre avoir le dernier mot. A partir du 24 octobre, Marie Tokova met en scène
La Ravissante ronde, où Schwab bouscule la métrique de Schintzler pour en montrer la sauvagerie larvée. Quant à la deuxième partie de la saison, elle donne envie d'aller y faire un tour. On y entendra notamment des textes de Déa Loher, Didier-Georges Gabily, Noël Casale, José Rivera, Gilles Sampieri-Buttin, Florent Meyer, Jacques Dor, Benoît Lambert. Qui a dit qu'il n'y avait plus d'auteurs vivants ?
B. T.
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La ravissante ronde. De Werner Schwab, mise en scène de Marie Tikova, au Théâtre du Colombier à Bagnolet, jusqu' au 9 novembre 2002. Téléphone 01 43 60 72 81.
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Extermination du peuple ou mon foie n'a pas de sens, ms. Philippe Adrien, au Studio du Vieux Colombier à Paris, du 6 novembre au 6 décembre.
La parole effrénée de Martin Crimp. Deux mises en scène cet hiver pour découvrir cet auteur britannique.Dialogues serrés, répliques chevauchées, rythmique alerte : chez Martin Crimp, tout se passe dans la parole. Une parole effrénée qui tisse les fils anodins de la conversation pour dessiner à tâtons la trame du drame. Une parole qui interroge, ment, feinte et finit par trahir... Il y a peu d'action dans les « pièces-enquêtes » de cet auteur anglais de 56 ans, mais il y règne une atmosphère étrange, embuée de doute, voilée d'une inquiétude diffuse, comme dans les « comédies de menace » d'Harold Pinter.
Dans
Le traitement, Anne, jeune femme qui a fui un mari amateur d'entortillement au fil électrique, vend son histoire à un couple d'agents artistiques new-yorkais en quête de vécu « vrai » pour synopsis. Viennent alors se greffer sur ses confessions pudiquement lâchées un écrivain périmé, un acteur vedette et une stagiaire ambitieuse. Ici, le langage, armature de pouvoir, entrelacs de désir, devient l'objet de toutes les convoitises : chacun des protagonistes cherche, par cruauté ou innocence, à se mettre en bouche les mots de l'autre, à le dépouiller de son identité. «
L'écriture de Martin Crimp évoque étrangement la structure géographique de New York ou d'autres grandes constructions urbaines. Il s'empare d'un langage modulé par la ville elle-même. Il superpose plusieurs niveaux de sens dans une écriture délicate et ironique, traversée par le rythme syncopé du boogie-woogie » explique la comédienne Nathalie Richard, qui signe aujourd'hui sa première mise en scène.
Avec
La Campagne, pièce écrite en 2000, soit sept ans plus tard, Martin Crimp pousse encore plus loin son jeu avec les mots. Dès la première scène, Richard et Corinne, couple de Londoniens qui vient de s'installer à la campagne, se servent de la parole comme arme et armure. Les répliques s'enchaînent, s'empiètent ou s'esquivent, chacun se dissimulant derrière le double sens des mots pour empêcher la discussion d'avancer, pour éviter d'avouer sa pensée. La réalité est-elle soluble dans le langage ?
Gwénola David
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Auf dem Land (La Campagne), mise en scène de Luc Bondy (en allemand surtitré), du 6 au 9 novembre, au Théâtre national de la Colline. Tel : 01 44 65 52 52.
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Le Traitement, mise en scène de Nathalie Richard, du 7 novembre au 7 décembre, au Théâtre national de Chaillot. Tel : 01 53 65 30 00. Les textes de Martin Crimp sont publiés par L'Arche éditeur.
Une fanfare dans un cimetière. Drames brefs, de Philippe MinyanaLe comédien et metteur en scène Etienne Pommeret revisite
Drames Brefs (1) de Philippe Minyana. Les tragi-comédies quotidiennes et cinglantes de l'auteur d'
Où vas-tu Jérémie ? se colorent et se théâtralisent jusque dans leurs derniers retranchements.
Scénographie marquée, jeu appuyé, surimpression d'images bigarrées, Etienne Pommeret prend le contre pied de l'écriture minimaliste et intérieure de Philippe Minyana. D'une certaine façon il déplace les angles d'achoppement de cette écriture de théâtre et déstabilise par un surenchérissement qui à priori n'aurait pas lieu d'être. De quotidienne elle devient féerique. D'autant que les différents coups de gouache qu'il donne ne s'ordonnent pas entre eux. Ainsi le traitement vidéographique, extrêmement contemporain, pointu, creuse les visages d'anonymes référents de chair aux personnages de ces drames alors que le décor campe une théâtralisation de farce plus rustique. Entre opérette et commedia del arte les acteurs grossissent le trait de l'écriture, l'enflent, la saturent. Une vision audacieuse, peut être trop poussée à bout, pour que se révèlent véritablement d'autres voix pour envisager la mort omniprésente de drame en drame. Ces aplats de couleurs chargés, gomment singulièrement la petite chanson ironique de l'auteur, sa comptine insolente. Apparaît une fanfare.
Hervé Pons
Drames brefs (1) de Philippe Minyana, mise en scène d'Etienne Pommeret, du 5 au 24 novembre au TEP, Théâtre de l'Est Parisien. 01 43 64 80 80
Date de publication : 07/11/2002
Inséré le : 05/11/2002 00:00
Thèmes : théâtre, écriture,