Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Pas en notre nom!
Contre la guerre
Deux appels, à signer et relayer: contre la guerre en Irak, et pour le droit à l'éducation à Birzeit, en Palestine.
Plus de 16.000 intellectuels et artistes américains (parmi lesquels Robert Altman, Laurie Anderson, Noam Chomsky, Angela Davis, Terry Gilliam, Oliver Stone, Gore Vidal ou encore Alice Walker) ont signé un appel contre la guerre en Irak. Cet appel a été publié dans la presse américaine le 26 octobre, sous l'intitulé «Manifeste de conscience»:
«Qu'il ne soit jamais dit que les Etats-Unis n'ont rien fait lorsque leur gouvernement a déclaré une guerre sans limite et institué des mesures de répression draconiennes. Les signataires de ce manifeste appellent les citoyens des Etats-Unis à résister à ces nouvelles mesures et à la politique globale menée depuis le 11 septembre 2001. Celles-ci représentent de graves dangers pour tous les citoyens du monde entier. Nous croyons fermement que les peuples et les nations ont le droit de déterminer leur propre destin, à l'abri de la coercition militaire exercée par les grandes puissances. [...] Nous croyons que les hommes et femmes de conscience doivent assumer la responsabilité de ce que font leurs gouvernements respectifs. Nous nous devons tout d'abord de nous opposer aux injustices commises en notre nom. C'est pourquoi nous appelons tous les Américains à résister à la guerre et à la répression déchaînées contre le monde par l'administration de M. Bush. Elles sont injustes, immorales et illégitimes. Nous avons choisi de faire cause commune avec les citoyens du monde. Nous aussi avons été choqués par les événements terribles du 11 septembre 2001. Nous aussi avons déploré la mort de milliers d'innocents et regardé avec horreur et incompréhension les scènes de carnages -tout en nous rappelant d'autres scènes semblables à Bagdad, à Panama, et, une génération plus tôt, au Vietnam. Comme des millions d'Américains dans l'angoisse, nous nous sommes aussi demandé comment une telle chose avait pu se produire.
Pourtant, le deuil avait à peine commencé que les dirigeants du pays les plus hauts placés déchaînaient déjà l'esprit de vengeance. Ils rendirent public un message simpliste opposant "le bien" et "le mal" que des médias complaisants et intimidés ont propagé. Ils nous ont dit que se demander pourquoi de tels événements terribles s'étaient produits se rapprochaient dangereusement de la trahison. Il n'y a eu aucun débat. Il n'y avait par définition ni question morale, ni question politique. La seule réponse possible devait être la guerre hors des frontières et la répression à l'intérieur.
En notre nom, l'administration de M. Bush, fort de la quasi-unanimité du Congrès américain, a non seulement attaqué l'Afghanistan mais s'est aussi arrogée le droit, ainsi qu'à ses alliés, d'imposer la force militaire en tout lieu et à tout moment. Les répercussions brutales s'en sont fait sentir des Philippines à la Palestine, où les tanks et les bulldozers ont laissé un terrible sillage de mort et de destruction. Le gouvernement se prépare maintenant à mener une guerre totale contre l'Irak, pays qui n'a pas de lien avec les horreurs du 11 septembre 2001. Quel genre de monde adviendra-t-il si le gouvernement des Etats-Unis a carte blanche pour envoyer des commandos, des assassins et des bombes où qu'il le veuille? En notre nom, aux Etats-Unis, le gouvernement a créé deux classes de citoyens: ceux à qui on fait la promesse de droits essentiels et ceux qui semblent désormais n'avoir aucun droit. Le gouvernement a interpellé plus d'un millier d'immigrés et les a détenus au secret indéfiniment. Des centaines d'entre eux ont été déportés et des centaines d'autres se languissent toujours en prison. [...] En notre nom, le gouvernement fait peser sur notre société un voile de répression. Le porte-parole du président prévient les gens de "faire attention à ce qu'ils disent". Des artistes, intellectuels et professeurs dissidents voient leurs opinions déformées, attaquées et censurées. Le soi-disant "Patriot Act", ainsi que tout un train de mesures semblables prises au niveau de l'Etat, accorde à la police de vastes pouvoirs de fouille et de saisie sous le contrôle théorique de procédures secrètes menées dans des tribunaux secrets.
En notre nom, le pouvoir exécutif a systématiquement usurpé les rôles et fonctions des autres branches du gouvernement. Des tribunaux militaires aux procédures douteuses dans lesquels les accusés n'ont pas le droit de faire appel en cour civile ont été mis en place par simple décret. Des groupes sont étiquetés comme "terroristes" d'un coup de plume présidentielle. Il faut que nous prenions très au sérieux les dirigeants de ce pays lorsqu'ils parlent d'une guerre qui durera toute une génération et quand ils parlent d'un nouvel ordre social. Nous sommes confrontés à une politique ouvertement impérialiste envers le reste du monde et à une politique intérieure qui manufacture et manipule la peur afin de réduire les droits des personnes. Les événements des derniers mois esquissent une trajectoire fatale qu'il faut identifier pour ce qu'elle est vraiment et contre laquelle il faut résister. Trop souvent, au cours de l'histoire, les gens ont attendu jusqu'à ce qu'il soit trop tard pour lutter.
Le président Bush a déclaré: "Ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes contre nous." Voici notre réponse. Nous vous refusons le droit de parler au nom de tous les Américains. Nous n'abandonnerons jamais notre droit à la remise en question. Nous ne vous livrerons pas nos consciences en échange de promesses de sécurité qui sonnent creux. Nous vous déclarons: "PAS EN NOTRE NOM" Nous refusons de jouer un quelconque rôle dans ces guerres et nous répudions toute supposition qu'elles sont menées en notre nom ou pour notre bien. Nous tendons la main à ceux qui, à travers le monde, souffrent à cause de cette politique: nous montrerons notre solidarité par les mots et par les actes. En signant ce manifeste, nous appelons tous les Américains à se joindre à notre défi. Nous applaudissons et encourageons les actes de critique et de protestation qui ont lieu actuellement, tout en sachant qu'il en faudra beaucoup plus pour arrêter cet engrenage infernal. [...] Nous nous inspirons également des nombreux exemples de résistance et d'objection de conscience dont abonde le passé des Etats-Unis: depuis ceux qui ont lutté contre l'esclavage par la rébellion et par les réseaux clandestins d'évasion jusqu'à ceux qui se sont élevés contre la guerre du Vietnam en refusant d'obéir aux ordres, en refusant la conscription et en se joignant aux résistants par solidarité. Ne permettons pas à tous ceux qui nous regardent dans le monde de désespérer de notre silence et de notre absence de réaction. Au lieu de cela, que le monde entende notre promesse: nous résisterons à l'engrenage de la guerre et de la répression et nous rassemblerons tous ceux qui veulent agir pour l'arrêter.»
Cet appel est désormais relayé en France, à l'initiative de Jean-Pierre Barrois et François Dominique. La rédaction de Mouvement et mouvement.net appelle ses lecteurs, ainsi que les artistes et intellectuels européens à se joindre aux premiers signataires, «convaincus que cet appel émanant de citoyens américains a un poids extrêmement important pour tous ceux qui à travers le monde refusent l'engrenage de la guerre sans fin que Bush a déclaré pour des intérêts qui ne sont pas ceux du peuple américain ni d'aucun peuple du monde».
Pour toute correspondance:
Jean-Pierre Barrois, 56 av. Diderot, 94100 Saint-Maur; barrois@univ-paris12.fr
François Dominique, 74, rue de Velars, 21370 Plombières-Lès-Dijon; aseroe@wanadoo.fr
Appel pour le droit à l'éducation à Birzeit
D'autre part, plusieurs universitaires et intellectuels lancent un «appel pour le droit à l'éducation à Birzeit»: «En juillet dernier, les autorités universitaires de Birzeit –la plus ancienne et la plus prestigieuse des universités de Palestine, qui a réussi au long des années à maintenir et à développer la possibilité d'un enseignement supérieur de qualité et de relations intellectuelles internationales pour le peuple palestinien– ont lancé un appel de détresse. Le gouvernement israélien a mis en œuvre un blocus militaire, assorti de contrôles personnels vexatoires et d'obstacles matériels à la circulation, qui fait partie du système plus général d'anéantissement des possibilités de circulation et de vie sociale pour la population palestinienne, et qui interdit pratiquement l'accès à l'université. Les activités d'enseignement et de recherche sont interrompues en violation des droits proclamés par les institutions internationales, notamment pour ce qui concerne la vie civile dans des territoires soumis à une occupation militaire, et des engagements souscrits par l'Etat d'Israël lui-même. C'est l'existence de l'Université qui est menacée, comme l'est plus généralement tout le système d'éducation du peuple palestinien depuis le niveau élémentaire. Venant s'ajouter à d'autres formes de répression, cette violence morale et physique relève d'une politique d'ensemble qui refuse à la nation palestinienne le droit d'exister. [...] Reprenant les termes de l'appel lancé par nos collègues de Birzeit, nous exigeons d'Israël la levée du blocus de l'université et le rétablissement du droit à l'éducation pour les étudiants ainsi que du droit à l'activité professionnelle pour les enseignants et les chercheurs. [...] Nous lançons un appel pressant aux universitaires, enseignants, étudiants, aux organisations professionnelles, aux autorités en charge de la politique étrangère et universitaire de la France, aux autorités européennes, pour que l'appel de nos collègues, dans un domaine qui relève clairement des droits fondamentaux et inaliénables de chaque peuple, suscite les initiatives et les solidarités qui s'imposent.»
Parmi les premiers signataires de cet appel figurent notamment Maurice Aymard, Etienne Balibar, Fethi Benslama, Jacques Derrida, Jean-Pierre Kahane, Jean-Marc Lévy-Leblond, André Mandouze, Camile Mansour, André Miquel, Edgard Morin, Jean-Luc Nancy, Madeleine Rebérioux, Elias Sanbar, Pierre Schapira, Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet.
Les signatures peuvent être envoyées à Madeleine Rebérioux, 104 Boulevard Arago, 75014 Paris, ou par email: information@solidarite-birzeit.org
A l'initiative du Comité de soutien à l'université de Birzeit, une délégation d'universitaires palestiniens séjourne en France, du 7 au 15 novembre. L'un des moments forts de cette visite sera la rencontre, samedi 9 novembre au siège de l'Unesco, entre universitaires palestiniens et universitaires et chercheurs français sur le thème «L'avenir de l'enseignement supérieur palestinien».
Publié le 2002-11-06
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) : résistance, responsabilité, paix, Etats-Unis, Palestine, réseau,
Artiste(s) :
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :