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Plus la culture est populaire, plus elle est contrôlée
Chapeau : L'Etat chinois continue à exercer un contrôle sélectif sur la culture, plus serré pour la production cinématographique que pour la littérature ou les beaux-arts, alors qu'un nombre croissant d'artistes ne dépendent plus du gouvernement pour vivre.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Apparence :
Texte : Pékin, le 3 novembre.
Wang Jinsong, un peintre d'avant-garde de 39 ans, enseigne à l'Institut des beaux-arts à Pékin mais n'a «jamais exposé dans un cadre officiel, car sinon, il faut se plier aux exigences du gouvernement». «En étant indépendant, je peux créer en fonction de mes idées personnelles, j'organise mon temps comme je le désire et j'utilise les méthodes que je veux», explique-t-il. Venu pour la première fois en Europe en 1993 pour une exposition à Berlin, Wang a vu depuis ses oeuvres exposées dans de nombreux pays, mais aussi en Chine dans des galeries privées.
La liberté accordée aux peintres et aux sculpteurs, dont les œuvres sont des créations individuelles et s'adressent à un public limité et souvent fortuné, n'a toutefois pas été étendue au monde du spectacle, et particulièrement au cinéma, toujours sous surveillance étroite.
Les scénarios doivent être présentés au Bureau du cinéma, qui peut les rejeter ou les amender. Les films financés en partie ou en totalité par le gouvernement sont encore contrôlés de plus près, selon Guang Chunlan, une réalisatrice qui s'apprête à tourner un film sur les oubliés de la Longue Marche. Mais la concurrence du cinéma étranger, notamment américain, fait évoluer la production chinoise. «Les films étrangers nous poussent à faire des films plus osés. Si les films chinois ne sont pas assez bons, plus personne ne veut les voir. Certains dirigeants ont compris cela et nous soutiennent», déclare Mme Guang.
D'autres dénoncent de manière radicale les abus et les tares du système. «La commission d'évaluation des scénarios est composée de conservateurs dont le niveau est nul», déclare un professionnel du milieu du spectacle. «Quant à la chaîne de cinéma CCTV 6, tout le monde sait qu'il faut payer pour voir un scénario accepté chez eux», ajoute-il. Verser un pot-de-vin de 10.000 ou 20.000 yuans (1.200/2.400 euros) permet de débloquer un budget compris entre 3 et 7 millions de yuans pour tourner un film, explique-t-il. «Certains réalisateurs ou producteurs peuvent gagner jusqu'à un million de yuans par an» en travaillant avec la chaîne, toujours selon cette source.
Récemment, la presse chinoise a rapporté l'arrestation pour corruption de Zhao An, le directeur du service culturel de CCTV. Dix millions de yuans ont été retrouvés à son domicile.
Les scénarios des pièces de théâtre sont également soumis à un examen préalable de commissions, mais celles-ci relèvent des autorités locales. D'une manière générale «le contrôle sur le théâtre est moins sévère que sur le cinéma», explique Su Yu, enseignant au Conservatoire national de théâtre: «Tant qu'elle ne remet pas en question la direction du parti communiste, il n'y pas de raison que votre pièce soit censurée».
Ces dernières années, des troupes d'étudiants ont également donné des représentations sans autorisation préalable, ajoute M. Su.
Les concerts ou spectacles d'artistes étrangers en Chine restent réservés aux plus riches ou à ceux qui sont invités, une place pour une représentation à Pékin ou à Shanghai coûtant en général plus cher qu'en Europe.
Quant au rock, s'il est toléré par les autorités dans le cadre de clubs au public restreint, les grands concerts restent pour l'instant l'exception pour cette musique encore jugée subversive, notamment à la télévision. Le premier «Woodstock» chinois s'est tenu cet été dans la province du Yunnan, à des milliers de kilomètres de tous les grands centres urbains. De quoi assurer que l'événement ne ferait pas trop de vagues.
Boris CAMBRELENG, dépêche AFP
Date de publication : 06/11/2002
Mots-clés : censure
Inséré le : 06/11/2002 00:00
Thèmes : politique générale,