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Arriver au bout de la route, c'est en trouver le début

Chapeau : La rencontre avec le Japonais Min Tanaka a scellé, au début des années 80, un parcours hors des formes conventionnelles de danse. De la «météorologie du corps» au paysage de la marche, Christine Quoiraud développe son engagement nomade.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien (Mots-clés : )

Genre Ressource : entretien

Apparence :

Rubrique : 12

Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
Christine QUOIRAUD chorégraphe
Min Tanaka chorégraphe

Texte : Qu'est-ce qui vous attiré, au départ, vers le travail de Min Tanaka?
Christine Quoiraud: De fil en aiguille, dans les années quatre-vingt, je pratique intensément la technique Cunningham, pour sa rigueur. À cette époque, je croise le groupe Ma, constitué autour de Yano, danseur japonais. C'est le premier éveil à une sensibilité qui me convient. Peu après, je découvre une photo de Min Tanaka, dansant nu, à Paris. L'impact fut radical. Particulièrement, après avoir participé à une performance, dirigée par lui, à Bourg-en-Bresse. Nous étions quarante. L'expression était minimale, puissante. Après cela, abandonnant la sécurité de mon travail à Paris, le voyage est devenu mon mode de vie. J'ai créé le laboratoire ambulant Body Weather, constituant un réseau de recherches et de performances. Cette voie d'exploration d'une pensée en relation au corps me captivait; elle continue aujourd'hui encore de me satisfaire. C'est un entraînement extrêmement complet qui a à voir avec tout un art de vivre. . .


Le travail de Min Tanaka est rattaché au Butô, qui a pris racine au Japon au début des années 60. Son fondateur, Tatsumi Hijikata, souhaitait questionner le corps japonais, notamment dans sa relation à un certain esprit de la nature. Comment appréhendiez-vous, avec Min Tanaka, ces spécificités?
Je suis prudente à l'égard du mot «nature». Quand Min Tanaka a créé ce concept de «météorologie du corps», il disait volontiers que «le corps naturel n'existe pas». Au départ, lui-même ne s'intéressait guère à ce que l'on peut appeler «le corps japonais». En revanche, il a toujours confronté son corps et celui de ses danseurs au monde extérieur. Fin 1985, il crée une ferme dans la montagne, hors de Tokyo. J'ai participé à la construction de la ferme et aux programmations, in situ, d'un festival trans-disciplinaire. Nous étions le premier groupe de «dancer-farmers». L'activité de la ferme n'est pas une vue de l'esprit! Il ne s'agit pas d'aller métaphoriquement puiser dans le travail de l'agriculture une inspiration corporelle; c'est une implication constamment mêlée, qui a également une résonance économique et philosophique. Min a accumulé une connaissance du travail paysan et élargi la conception de la fonction de l'artiste.
(. . .)
Le projet que vous menez depuis quelques années est un projet migratoire. Vous écrivez ainsi: «Je suis danseuse, jusqu'au boutiste nomade, ne pouvant me dérober à la poésie, aux mouvements du monde».
J'y tiens beaucoup; le fait d'être nomade permet d'explorer de nouvelles voies de pensée au contact des rencontres humaines ou avec des lieux; et également d'orienter une démarche. Sur la route, il y a toujours des choix à faire à tout moment. C'est l'instant qui compte: si tu n'es pas vigilant, tu perds ta route.


Ce nomadisme revendiqué est totalement à rebours des lieux où une démarche artistique tend à se «fixer». Quels sont les réseaux, les soutiens qui vous permettent de poursuivre ce projet? Et comment peut-il se développer?
Le premier réseau est celui d'amis artistes, dans le monde entier. Comme beaucoup sont sédentaires, c'est moi qui me déplace pour aller vers eux. À l'époque où je disposais d'une ferme dans le Sud-Ouest, j'avais créé des résidences d'artistes, et des liens se sont tissés. Grâce à l'une de ces rencontres, par exemple, j'ai été invitée à l'université des Beaux-Arts de Camberra, en Australie. Aujourd'hui, ce sont les étudiants du département de sculpture, en «performance», qui cherchent à me faire revenir. Le thème que je développe actuellement, «Corps / Paysage, marche et danse», trouve de lui-même des résonances. Ainsi, lorsque je suis allée à Londres, on m'a très vite conseillé de rencontrer d'autres artistes (un chorégraphe, une vidéaste, un paysagiste-architecte. . .) qui «marchent» eux aussi. Ce ne sont plus nécessairement des lieux de danse qui m'invitent : récemment, c'est un scientifique qui m'a demandé de rejoindre une marche particulière dans le désert. J'ai à mon tour pu inviter Pamela Lofts, une artiste visuelle australienne avec qui j'ai déjà travaillé. Il y a peu, j'

Date de publication : 01/04/2001


Mots-clés : nomade, paysage, marche, voyage, performance
Inséré le : 20/04/2001 00:00
Thèmes : danse, arts plastiques,