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Attendre le calme d'après tempête
Avant un mois je serai revenu et nous irons ensemble en matinée, tu sais, voir cette comédie où je t'ai promis de te conduire
Après 100% Polyester–Objet dansant à définir puis Et pourquoi pas: «Bodymakers», «Falbalas», «Bazaar», etc., etc...? Christian Rizzo poursuit une œuvre singulière, interrogeant l'artifice de la représentation en créateur hors pair.
«Une œuvre est éternelle, non parce qu'elle impose un sens unique à des hommes différents, mais parce qu'elle suggère des sens différents à un homme unique, qui parle toujours la même langue symbolique à travers les temps multiples: l'œuvre propose, l'homme dispose.»
Roland Barthes
Alors que les premiers spectateurs pénètrent dans la salle, une surface blanche, méticuleusement circonscrite, délimite sur le plateau l'étendue d'une scène encombrée de nombreux objets. Un espace désolé, habité du léger grésillement de six guitares qui attendent, dressées, marquant la verticale auprès de deux lourdes parois monochromes, blanches elles aussi.
Avant un mois je serai revenu et nous irons ensemble en matinée, tu sais, voir cette comédie où je t'ai promis de te conduire. En saisissant le mouvement de cette phrase chez Marcel Proust, Christian Rizzo semble nous dire que cet espace est tout entier voué à l'attente: en fait de comédie, il s'agit d'une promesse...
Lorsque les premiers interprètes viennent se saisir des guitares, c'est de dos qu'ils se placent pour faire résonner le tonnerre assourdissant, rompant d'emblée avec toute idée de communion ou de communication.
Pour chacune des ces créatures, les 90 minutes de représentation marquent le temps d'une errance, d'un abandon à un environnement à la fois inquiétant, mouvant et instable, en proie au délire des métamorphoses de leurs propres corps. «Un labyrinthe qui se fabrique par suppressions et disparitions pour faire émerger un relais d'apparitions singulières.»
Ni masculin ni féminin, ni sujet ni objet, les figures convoquées par Christian Rizzo traversent les apparences, chacune interrogeant son propre état de présence au travers de l'attente. Elles traversent le plateau, se changent à vue, s'hybrident et se transforment, retirant un à un les objets qui peuplent le plateau pour les remplacer, un à un, obstinément, par des sphères, blanches encore. S'appuyant sur le remarquable accompagnement de Gérôme Nox, Cathy Olive et Jean-Gabriel Periot –son, lumière et vidéo, tous trois placés à vue- poursuivent inlassablement leur œuvre, dans l'attente de cet événement imminent, resté en suspens, comme retenu au bord de l'évanouissement.
C'est alors que l'œuvre s'accomplit, révélée sous les trais d'un homme paré d'or qui marque le centre d'une constellation devenue parfaite... Tout s'efface aux alentours, Avant un mois je serai revenu et nous irons ensemble en matinée, tu sais, voir cette comédie où je t'ai promis de te conduire atteste que rien n'est vain, qu'en dépit des apparences, que tout a un sens si on sait attendre le calme d'après la tempête.
Avant un mois je serai revenu et nous irons ensemble en matinée, tu sais, voir cette comédie où je t'ai promis de te conduire a été créé en octobre dernier avec Matthieu Doze, Cédric Courtois, Wouter Krokaert, la Bourette, Eric Martin, Pascale Paoli, Pascal Quéneau et Gaël Sesboüé au à l'issue d'une résidence Quartz de Brest.
David BERNADAS,
Publié le 2001-11-13
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : installation, performance, musique, danse,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Christian RIZZO (chorégraphe), David BERNADAS (rédacteur), Matthieu DOZE (danseur), Gaël SESBOÜÉ (danseur), LA BOURETTE (performeur), Wouter KROKAERT (danseur), Pascal QUÉNEAU (acteur), Cédric COURTOIS (danseur), Pascale PAOLI (danseur), Gérôme NOX (musicien), Cathy OLIVE (éclairagiste), Eric MARTIN (danseur), Jean-Gabriel PERIOT (vidéaste),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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