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Friction des formes et des pensées
La Génisse et le pythagoricien
Fructueuse collaboration entre Jean-François Peyret et Alain Prochiantz, au Théâtre de Gennevilliers et aux éditions Odile Jacob.
On dit de son théâtre qu'il est à part, que sa démarche est atypique. C'est que Jean-François Peyret ne met pas seulement des textes en scène; il y convoque l'acteur, l'image, l'espace, la pensée, comme autant de composantes, protagonistes qui se mettent à leur tour à parler. À faire du théâtre. Et cela laisse flotter un étrange parfum de perplexité.
Fin d'une mise en scène hégémonique? Peyret adresse sans doute l'un des signaux les plus nets de ce qui pourrait venir demain au théâtre. Loin de la solitude éclairée du démiurge, son travail est d'abord celui de la conversation. Avant-hier avec Jean Jourdheuil, pour des spectacles mémorables; hier avec le biologiste Jean-Didier Vincent, aujourd'hui avec un autre biologiste, Alain Prochiantz. Entre-temps il s‘intéresse aux nouvelles technologies, et s'entoure du regard précieux d'un vidéaste, lui-même metteur en scène, Benoît Bradel. Chacune de ces rencontres est finalement prétexte à une scène. Une scène intellectuelle.
Dans le dernier spectacle présenté à Gennevilliers, ce sont les Métamorphoses d'Ovide qui offrent le point de départ. Après la trilogie du Traité des passions, ce travail inaugure un nouveau cycle, le Traité des formes. Mais plutôt qu'un habile montage d'Ovide, Peyret laisse les textes se faire bousculer par le corps étranger du discours de la biologie. Au plus loin de la tendance interdisciplinaire, Peyret et Prochiantz partent de la fable d'Ovide (avec la célèbre métamorphose de la jeune et belle Io en génisse), pour la confronter aux réflexions de la science sur cette fameuse frontière prétendument hermétique entre l'homme et l'animal. Friction des formes et des pensées; Peyret et Porchiantz laissent les questions de la science rôder dans les champs du théâtre, corrodant nos idées et textes reçus. À lire leurs échanges et conversations, à paraître aux éditions Odile Jacob (Traité des Formes I), on reste perplexe devant cette évidence. La science, bien plus que la poésie, a transformé le monde moderne, et le théâtre n'en a jamais vraiment bien rendu compte, du moins depuis la Vie de Galilée (Brecht). La Génisse et le pythagoricien vient combler ce manque. À découvrir sur la scène de Gennevilliers, en attendant d'y revenir dans un prochain numéro de Mouvement.
Aux éditions Odile Jacob, de Jean-François Peyret, Trois traités des passions (au théâtre typographique), et Faust-une histoire naturelle, avec Jean-Didier Vincent. Chez ce même éditeur, Alain Prochiantz a publié, entre autres, la Biologie dans le boudoir, les Anatomies de la pensée, Machine-esprit.
Bruno TACKELS,
Publié le 2002-11-14
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre :
Thème(s) : vidéo, écriture, théâtre,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Jean-François PEYRET (metteur en scène), Alain PROCHIANTZ (biologiste), Bruno TACKELS (rédacteur),
Passage(s) : Le Théâtre, Centre dramatique national Gennevilliers 92230 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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